« […] Reconeissi donc que laciutat de Tolosa e le borg de Sant Sarnin son exempts de quista, de tòlta, de prèst e de cavalcada comuna, a part le cas de guèrra en país tolzan.[…] »

Ramond V duc de Narbona, comte de Tolosa, marqués de Provença 6 de genièr de 1189

 

Le 6 janvier 1189,comme Gênes ou Venise, Toulouse devient une « république consulaire » qui peut être considérée comme le type le plus accompli des consulats d’Occitanie. Renouvelés chaque année, les consuls légifèrent, jugent et administrent en toute liberté. Ils promulguent des ordonnances pour organiser la police et l’entretien de la ville, pour règlementer le commerce et l’artisanat (poids et mesures, taxes, corporations). Ils prononcent les sentences en matière civile (prêts, ventes …) comme en matière criminelle (meurtres, maraudes …). Ils fixent, lèvent les impôts et gardent le trésor de la communauté.

Vers une république consulaire : la révolution de 1189

À l’automne 1188, des émeutes récurrentes entret iennent un clima t délétèr e dans les rues de Toulouse entre les partisans du Comte et ceux des consuls.

Devant la gravité de la situat ion, une négociation présidée par l’évêque de Toulous e a lieu dans l’église « Sant-Peire dels coquis », qui aboutit à une déclaration commune: le 6 janvier 1189, Raimond V abandonne toutes ses prérogatives au profit de la municipalité et ne conserve que le droit de frapper sa monnaie et celui de lever des troupes dans la ville à condition que les intérêts des Toulousains soient directement menacés, ce qui sera le cas plus tard avec Raimond VI lors de la croisade contre les Albigeois. Ains i comme Gênes ou Venise, Toulouse devient une « république consulaire » qui peut être considérée comme le type le plus accompli des consulats d’Occitanie.

Les membres élus de cette municipalité sont issus en majorité de la petite noblesse et de la bourgeoisie ma rchande ( » m e r c a t o r e s  » ). Ils constituent une oligarchie enrichie par le commer ce régional, qui cherche depuis longtemps à s’affranchir des contraintes fiscales du comte et va arracher maintenant d’authentiques libertés politiques, comme le fera, six siècles plus tard exactement, la bourgeoisie francoparisienne lors de la Révolution de 1789.

Renouvelés chaque année, ces consuls (tous égaux: il n’y a pas de maire !) légifèrent, jugent et administrent en toute liberté. Ils promulguent des ordonnances — ou « établissements » — pour organiser la police et l’entretien de la ville, pour règlementer le commerce et l’artisanat (poids et mesures, taxes, corporat ions ). Ils prononcent les sentences en matière civile (prêts, ventes…) c omme en mat ière criminelle (meurtres, maraudes…). Ils fixent, lèvent les impôts et gardent le trésor de la communauté. Leurs pouvoirs ne sont limités que par des prud’hommes, qui contrôlent les finances de la ville. Les consuls exercent auss i un pouvoir militaire important. Quand les biens et les intérêts de la bourgeoisie toulousaine sont en jeu, ils n’hésitent pas à lever une milice armée et à faire la guerre contre des seigneurs locaux. Ainsi contre Villemur-sur-Tarn, cité fortifiée à tr ente kilomètres au nord de Toulouse, à qui un traité de paix du 5 août 1202 impos e le paiement d’une indemnité de 4000 sols toulousains après une prise d’otages et la soumission au juge consulaire. Cette année-là en effet, les consuls décrètent, avec la suppression des péages et des droits sur les marchandises, la liberté tota le du transport des céréales et du vin provenant de leurs terres… ce qui ne plaît guère aux autres communautés de la région, qui en tirent de substantiels profits. D’où les nombreux c onf lits locaux qui s e concluent par une vingtaine de traités f avorab les aux Toulousains entre 1202 et 1204.

On peut dire que la « république » de Toulouse élargit sa souveraineté sur un rayon de 50 km autour de son territoire déjà vaste. Les textes parlent de la « patria tolosana », un véritable « contado » comparable aux « contadi » des grandes villes italiennes comme Florence, Pise, Gênes et Venise.

Ainsi, comme le souligne Limouzin-Lamothe dans son étude his torique sur « La commune de Toulouse et les sources de son histoire (1120-1249) », « La Commune est définitivement constituée, avec tous ses droits, et le Comte, officiellement la reconnaît ». Et il poursuit :les citoyens « assistent aux Assemblées plénières de la Commune » […]. « Les étrangers devenaient habitants et citoyens de Toulouse et étaient soumis à la juridiction consulaire par le seul fait qu’ils entraient dans la ville ». D’autre pa rt, les Juifs « jouissaient de libertés assez grandes, contrairement aux coutumes du temps. […] L’un d’eux devint même consul ».

Pour se réunir en toute quiétude, les consuls achètent en 1190 un terrain et une maison près d’une tour romaine, juste à la jonction des deux remparts qui limi-taient d’une part l’ancienne Cité romaine et le nouveau Bourg Saint-Sernin… un emplacement assez éloigné du Château Narbonnais résidence du Comte! Ils fondent là une « Maison c ommune », qui deviendra le « Capitole » au XVIe siècle. L’Hôtel de ville de Toulouse — fait remarquable — n’a donc pas changé de place depuis plus de huit siècles.

 

La commune, base de la démocratie

La période la plus brillante de la Comuna de Tolosa s ‘étendra de 1120 à 1249. Après cette dernière date, son pouvoir et son indépendanc e s er ont mis à mal pa r le nouveau comte de Toulouse imposé par Paris, Alphonse de Poit iers frère de Louis IX, dit « Saint-Louis »: dès lors, commence pour Toulouse et le futur Languedoc comme pour l’ensemble de l’Occitanie, un processus de centralisation par la monarchie capétienne, qui ne s’arrêtera plus et qui s’amplifiera avec la Révolution française, l’Empire et la République « une et indivisible ».

Aujourd’hui, la commune reste le lieu de base où s’exerce la démocratie. C’est un territoire qui a son histoire à mettre en relation avec celle du pays, autrement que par les images d’Épinal des manuels scolaires, qui nous montrent une France messianique des prétendus Gaulois aux Fr ancs de Clovis à Jules Ferry… La commune doit développer le sentiment d’appartenance à une même communauté pour les « originaires » comme pour les  » e s t r a n g i è r s  » en montrant la continuité de notre histoire vers la démocratie, depuis l’émancipation communale de nos ancêtres occitans du XIIe siècle jusqu’aux libertés démocratiques actuelles, concrét isées par le suffrage univer sel direct pour les hommes et non sans mal pour les femmes.

Le moment est venu enfin d’un a cte fort d’une décentra lisa tion véritable, qui ne se contente pas de déconcentrer quelques compétences depuis Paris, mais qui s’appuie sur la démocratie communale pour établir des « contrepoids » au pouvoir central, en même temps que devra s’affermir un pouvoir régional réel.

Georges Labouysse

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