Les 5 € d’APL : le petit bout de la lorgnette d’un vrai problème

Oct 31, 2017

Le mois dernier Macron a suscité un débat important en annonçant sa volonté de réduire de 5 € le montant des APL. Immédiatement les réactions ont fusé. Pourtant derrière ce détail il est une question importante. Le coût du logement est élevé en France. C’est le premier poste de dépense des ménages (22 % en moyenne). Cela a une incidence sur les conditions de vie des ménages les plus modestes, sur la compétitivité de la France. L’argent consacré au loyer impacte le pouvoir d’achat et le niveau des salaires.
Un état des lieux
Dressons un rapide portrait robot du marché et des problèmes qu’il rencontre. L’état injecte 40 milliards d’aides (accession à la propriété, APL, etc) et récolte 70 milliards en droit de mutation et diverses taxes. Il y a 35 millions de logement pour 28 millions de ménages. Suffisamment pourrait-on penser mais non. Il y a près de 4 millions de mal-logés en France. Les plus modestes (premier décile) y consacrent 55 % de leur revenu disponible contre à peine 12 % pour les plus aisés. Les 5 € d’APL du départ sont importants pour les plus modestes. Les prix immobiliers ont fortement augmenté ses dernières années. Si les propriétaires ont bénéficié d’un effet richesse, les locataires peinent de plus en plus.
Malgré le phénomène des logements vides qui tend à se développer, Il manquerait en fait 1 million de logements. Il manque surtout des logements sociaux. Le parc existant est de près de 5 millions de logement, pourtant 1,5 millions de demandes sont en attentes et 100 000 sont jugées très prioritaires. On peut aussi considérer qu’il est nécessaire de faire baisser les prix dans tout le parc locatif plutôt que chercher à compenser les défaillances du marché par le logement social.
Si on estime la durée de vie d’un bâtiment a environ 100 ans, il faut construire au moins 350 000 logements par an uniquement pour renouveler le parc. Les mises en chantier de 2016 étaient d’environ 376 000 nouveaux logements. Et à chaque fois qu’un retard s’accumule, il devient de plus en plus dur de contrer l’augmentation des loyers. Dans le même temps, le foncier disponible se réduit et se renchérit. En zone tendue une solution est donc de verticaliser c’est à dire de construire des étages et des immeubles. Il faut aussi arriver à réduire le coût des logements pour les plus modestes sans appauvrir les propriétaires.
On estime que les loyers sont 30 % plus cher en France comparativement à l’Allemagne. Cela pèse sur les plus fragiles, freine la consommation des autres produits, le niveau des salaires français, et donc plombe la compétitivité. Concrètement les prix de l’immobilier ont doublé voire triplé par endroit. Cela paraît formidable mais c’est in fine un handicap pour l’économie et les ménages.
Comment peut-on faire baiser les prix ?
Tout d’abord on pourrait baisser les 70 milliards de taxes et droits de mutation mais en cette période de difficulté on voit mal l’Etat se passer de recette. On peut aussi réfléchir à la pertinence des aides à la pierre qui coûtent cher pour un gain limité en terme d’accession à la propriété. La hausse des prix doit être combattue car elle est anti-redistributive. La répartition est inégalitaire. La hausse se concentre sur les régions déjà en tension. Elle renforce les exclusions. Elle est inefficace économiquement car elle éloigne certains travailleurs des zones d’emploi.
Il faut cependant être prudent car un dégonflement d’une bulle immobilière peu provoquer une crise importante comme au Japon par exemple. C’est donc un problème qui prend du temps à régler. Analysons rapidement les causes de la hausse. Un rapport du Conseil d’analyse économique identifie des causes liées à la demande (démographie, recomposition des ménages, accès au financement plus facile, demande étrangère dynamique, etc) et des facteurs d’offre (insuffisance des constructions, hausse du coût de la construction et du foncier).
Les solutions généralement admises consistent à modifier la gestion des plans locaux d’urbanisme pour mieux gérer le foncier disponible, à mieux gérer les bailleurs sociaux et surtout à équilibrer la taxation entre locataire et propriétaire et éviter la spéculation à la hausse. Il est aussi important de regarder les coûts à la construction et de rétablir de la concurrence.
En tout cas cette question mérite mieux que les prises de positions auxquelles on a assisté ces derniers jours.
L. S.

Ne saber mai / En savoir +

Jeanne III d’Albret Reine de Navarre

Oct 31, 2017

C’était il y a 500 ans le 31 octobre 1517, le moine Luther placardait à Wittenberg en Saxe ses 95 thèses contre le trafic des indulgences pontificales. Ce fut la rupture définitive avec Rome, qui donna naissance à la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée), c’est-à-dire au Protestantisme. La reine de Navarre Jeanne III d’Albret se convertira à la Réforme, qui se répandra dans tous ses domaines.

Un caractère bien trempé.

Jeanne d’Albret est la fille d’Henri II d’Albret roi de Navarre et de Marguerite d’Angoulême sœur du roi de France François 1er . Elle naît en 1528 à Saint Germain en Laye. Elle n’a que 13 ans quand son oncle François 1er décide de la marier au duc de Clèves. Malgré son jeune âge, elle tient tête au roi et le jour de la cérémonie il faudra, dit-on, la pousser physiquement à l’autel… mais à la requête de son père, ce mariage sera annulé par le pape Paul III.
De fait, en choisissant lui-même un mari à Jeanne d’Albret, François 1er voulait entre autres éviter que ses parents ne la marient à l’infant d’Espagne, le futur Philippe II fils de Charles Quint, ce qui aurait été fort inquiétant pour le roi de France vu la proximité des domaines d’Albret avec l’Espagne.
Il faut savoir que le roi de Navarre – et après lui la reine Jeanne- possède aussi, outre la Navarre et le Béarn, le comté de Foix, les territoires des Landes à l’Agenais et du Périgord à la vicomté de Limoges.
Alors après la mort de François 1er, c’est son fils le nouveau roi Henri II qui poursuit cette même politique, malgré l’hostilité des parents de Jeanne. Mais là c’est elle-même qui choisira son époux en la personne d’Antoine de Bourbon « premier prince du sang ». Le mariage sera célébré le 20 octobre 1548 à Moulins. Le jeune couple aura cinq enfants dont deux seulement survivront: une fille Catherine et surtout un garçon Henri, le futur Henri III de Navarre puis Henri IV de France.

Jeanne reine de Navarre… et des Huguenots

Après la mort de son père Henri II, elle monte sur le trône de Navarre le 25 janvier 1555, sous le nom de Jeanne III d’Albret. Il faut rappeler ici qu’en Occitania les femmes héritaient à égalité avec les hommes, votaient et étaient éligibles comme « Cap d’ostau » dans les vallées pyrénéennes notamment, et que ce droit leur fut retiré de fait par la législation masculine des Jacobins à la Révolution!
Par sa fermeté et son énergie, elle garantira l’indépendance de son royaume. Très tôt elle favorise l’implantation de la réforme protestante, mais elle ne rompt pas dans l’immédiat avec l’Eglise catholique. Ce n’est qu’en 1560 qu’elle franchit le pas définitivement à la cour de Nérac et se convertit au protestantisme de Calvin, dont elle fait la religion de son Etat (ordonnance du 19 juillet 1561)… tandis que son mari Antoine de Bourbon affiche plutôt ses sympathies pour le catholicisme…
Après la mort de ce dernier en 1562, elle prend une série de mesures en faveur de la Réforme en Béarn dont voici quelques exemples :
– Publication du catéchisme de Calvin en béarnais (1563);
– Fondation d’une académie protestante à Orthez (1566) ;
– Rédaction de nouvelles ordonnances ecclésiastiques (1566 ; 1571) ;
– Traduction du Psautier de Marot en béarnais, par Arnaud de Salette (1568) ;
– Traduction du Nouveau Testament en basque, par Jean Liçarrague (1571) …
Mais cette politique suscite une opposition telle de la part des Catholiques, que Jeanne d’Albret finit par leur interdire le culte et à expulser leur clergé en 1570.

Femme politique habile et déterminée

Entre temps (1568), Jeanne d’Albret qui a pris la tête du parti protestant doit soutenir ses partisans contre une coalition catholique durant la 3e guerre de religion qui se déroule au nord-ouest de l’Occitania. En compagnie de son fils Henri âgé de 15 ans, elle se rend à La Rochelle qu’elle administre elle-même en toutes choses, avec l’appui de Louis 1er de Condé et de l’amiral de Coligny pour les affaires militaires. En mars 1569 Condé est tué, elle tente de conserver le soutien des princes étrangers alliés. Grâce à l’énergie communicative de Jeanne d’Albret, le parti huguenot résiste.
Mais après la bataille de Moncontour, qui voit la défaite des protestants le 3 octobre 1569, elle est contrainte d’accepter une négociation avec le parti catholique français. Ce sera alors la « paix de Saint-Germain », où par son habileté politique elle réussira non seulement à conserver La Rochelle, mais de plus elle obtiendra d’autres places comme Montauban, Cognac et La Charité, même si Jeanne devra souvent protester contre la mauvaise application de ce traité.

Ensuite elle entamera de difficiles négociations à Paris, pour unir son fils Henri à Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis. Le mariage est fixé au 18 août 1572, mais Jeanne III d’Albret meurt subitement le 9 juin et aujourd’hui encore les causes de ce décès ne sont pas clairement établies. Son fils devient le nouveau roi Henri III de Navarre. Et quelques jours après son mariage, c’est le massacre de la Saint-Barthélémy dont le futur Henri IV réchappera de justesse…

Les « Provinces Unies du Midi »

Les Protestants occitans s’organisent en communautés autonomes regroupées en synodes. Après les massacres de 1562 à Toulouse et ceux de 1572 lors de la Saint-Barthélemy qui font des centaines de victimes huguenotes, se constitue un Etat séparatiste fédéral, que des historiens appelleront les « Provinces-Unies du Midi ». La Rochelle, Montauban, Castres, Milhau, Nîmes, les Cévennes… se révoltent contre le roi de France.

En 1573 les Etats Généraux de l’Union créent un Gouvernement Général, dont la tête prend le nom de « Protecteur » ou « Général en Chef de l’Union », ce qui correspond au « Stathouder » hollandais. Henri de Condé en sera le premier titulaire, puis ce sera Henri de Montmorency-Damville et enfin Henri de Navarre.
Le « Protecteur » sera assisté d’un Conseil permanent formé de députés de chaque province membre de l’Union. Cette Assemblée Générale vote les lois et les impôts. De même, chaque ville adhérente, comme Montauban et Milhau, pourra s’ériger en une « république » communale avec deux assemblées élues et séparation des pouvoirs; celles-ci élisent les délégués pour siéger aux assemblées provinciales. C’est l’embryon d’un Etat fédéral, qui repose sur l’autonomie des pouvoirs locaux en appliquant le principe de subsidiarité.
« Une réussite totale de la politique méridionale après la Saint-Barthélemy aurait conduit les provinces du sud à des structures suisses ou néerlandaises », écrit alors un conseiller de la couronne. A noter que le terme « Huguenot » désignant les Protestants vient de l’allemand « Eidgenossen », qui veut dire « confédérés ».
Georges LABOUYSSE

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Elections allemandes : triste Europe !

Oct 31, 2017

Une fois de plus, dans un des pays où les raisons de ne plus voir leurs bras levés, ni entendre leurs injures raciste étaient, sans mauvais jeu de mots, légion, l’extrême droite xénophobe, nationaliste anti-euro et anti-immigrés réalise une spectaculaire percée électorale. Troisième force allemande, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) envoie 80 députés au Bundestag.
La France, avec un FN dont le nombre réduit d’élus ne tient qu’à un mode de scrutin majoritaire éculé, l’Angleterre avec les tenants du Brexit désormais majoritaires, l’Italie qui renoue avec la tolérance zéro en matière d’immigration, les populistes au pouvoir en Pologne et en Hongrie, et maintenant l’Allemagne, oui c’est toute l’Europe qui est touchée par une volonté de repli sur soi et de fermeture.
Chômage, terrorisme, crises multiformes, sociale, écologique, économique, difficultés à se loger, parfois à se nourrir, viennent marginaliser des franges de plus en plus importantes de la population européenne. Ainsi un citoyen sur quatre, 118 millions de personnes au total, est touché par la pauvreté ou l’exclusion sociale. On note aussi une augmentation de la pauvreté (7,8%) dans les travailleurs à plein temps ce qui indique qu’un nombre croissant de gens sont employés dans le secteur à bas salaire.
Et ces colères sociales, souvent latentes et qui peinent à trouver des solutions solidaires et internationales favorisent les populistes qui agitent les peurs, dénoncent les boucs émissaires et mettent en avant une préférence nationale et nationaliste.
Mais s’ils sont aussi écoutés c’est parce que les politiques austéritaires menées par la commission européenne depuis 2008, comme par la plupart des États, ont largement aggravé une situation totalement inégalitaire avec des pauvres de plus en plus nombreux et des riches de plus en plus riches.
Sur le plan hexagonal les lois « travail » de Macron et l’adoption du traité CETA, entre l’Europe et le Canada viennent fournir deux illustrations de ces purges libérales qui au final ne feront qu’aggraver une situation de précarité.
Qui peut sérieusement croire qu’on embauche en fonction d’un barème d’indemnités prudhommales ? L’emploi est fonction du carnet de commandes, du volume de services à fournir. En satisfaisant les vieilles revendications du MEDEF, Macron va concentrer un peu plus d’argent dans des mains qui n’en n’ont nul besoin. En affaiblissant, le mot est insuffisant, les droits des salariés le pouvoir central va accroître le nombre de temps partiels subis et considérablement augmenter le nombre de travailleurs pauvres. Des populations entières qui, surtout cheznous, rencontrent les pires difficultés à se loger et à vivre décemment.
TAFTA/CETA qui entendent organiser les échanges marchands, en bien précisant que tout est marchand pour les concepteurs de ces traités, viennent directement menacer les services publics, comme la distribution de l’eau.
Bien commun souvent fournie en régie, elle échappe, pour les consommateurs qui résident dans des communes qui ne l’ont pas privatisée, aux grands groupes industriels. Demain les collectivités récalcitrantes, déjà sujettes à d’insupportables lobbyings, seront directement sous la menace de sanction pour non respect de la concurrence. Car oui, ces accords sont faits pour tout soumettre à la concurrence. Ils viennent, de facto, fragiliser le rempart social du service public et s’inscrire dans la logique inverse des circuits courts, du consommer local, du produire au pays. Des engagements qui fondent notre action publique et guident nos choix politiques totalement opposés à cette logique libérale de mondialisation et d’acculturation effrénée.
Mais nous devrions aussi en Europe avoir des raisons de nous réjouir. En Écosse, en Catalogne, les peuples font entendre leur volonté, par la voie démocratique, de redéfinir l’engagement européen. Mais que dire de cette Europe muette alors qu’elle devrait accompagner la volonté des Écossais qui refusent le Brexit ! Et comment tolérer son mutisme devant la dérive autoritaire de l’État espagnol quand la Catalogne veut faire vivre un droit reconnu par l’ONU : le droit à l’autodétermination ? Comment admettre qu’on puisse se taire quand, rappelant des régimes d’un autre temps, c’est par la force qu’on veut empêcher tout un peuple de voter.
L’Europe des États, c’est, nous l’avons dit, l’Europe en mauvais état ! L’Europe des libéraux, c’est celle de la mondialisation, du chômage et de la misère.
Alors oui, Pauvre Europe, mais aussi indispensable Europe qu’avec nos frères catalans, basques, écossais, corses, bretons… des peuples et des régions solidaires nous avons hâte de réinventer.
Hervé GUERRERA

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Magazine Occitania – Juillet/Août 2017

Août 29, 2017

 

Sommaire :

° Dossier : Au forum citoyens! La Dintrada se debanarà a Narbona lo 16 septembre 2017.

° Femmes d’Occitanie : Simone Weil.

° Eleccions : entre lassitge e macronita.

° Code du travail : un biais libéral marqué.

° Sciença e environament : perque cal barrar la centrala nucleara de Fessenheim.

E totas las rubricas abitualas….

Abonament : 24,5 euros de mandar a ADEO 21 bis camin de Matens 81 600 GALHAC.

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