Jeanne III d’Albret Reine de Navarre

Oct 31, 2017

C’était il y a 500 ans le 31 octobre 1517, le moine Luther placardait à Wittenberg en Saxe ses 95 thèses contre le trafic des indulgences pontificales. Ce fut la rupture définitive avec Rome, qui donna naissance à la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée), c’est-à-dire au Protestantisme. La reine de Navarre Jeanne III d’Albret se convertira à la Réforme, qui se répandra dans tous ses domaines.

Un caractère bien trempé.

Jeanne d’Albret est la fille d’Henri II d’Albret roi de Navarre et de Marguerite d’Angoulême sœur du roi de France François 1er . Elle naît en 1528 à Saint Germain en Laye. Elle n’a que 13 ans quand son oncle François 1er décide de la marier au duc de Clèves. Malgré son jeune âge, elle tient tête au roi et le jour de la cérémonie il faudra, dit-on, la pousser physiquement à l’autel… mais à la requête de son père, ce mariage sera annulé par le pape Paul III.
De fait, en choisissant lui-même un mari à Jeanne d’Albret, François 1er voulait entre autres éviter que ses parents ne la marient à l’infant d’Espagne, le futur Philippe II fils de Charles Quint, ce qui aurait été fort inquiétant pour le roi de France vu la proximité des domaines d’Albret avec l’Espagne.
Il faut savoir que le roi de Navarre – et après lui la reine Jeanne- possède aussi, outre la Navarre et le Béarn, le comté de Foix, les territoires des Landes à l’Agenais et du Périgord à la vicomté de Limoges.
Alors après la mort de François 1er, c’est son fils le nouveau roi Henri II qui poursuit cette même politique, malgré l’hostilité des parents de Jeanne. Mais là c’est elle-même qui choisira son époux en la personne d’Antoine de Bourbon « premier prince du sang ». Le mariage sera célébré le 20 octobre 1548 à Moulins. Le jeune couple aura cinq enfants dont deux seulement survivront: une fille Catherine et surtout un garçon Henri, le futur Henri III de Navarre puis Henri IV de France.

Jeanne reine de Navarre… et des Huguenots

Après la mort de son père Henri II, elle monte sur le trône de Navarre le 25 janvier 1555, sous le nom de Jeanne III d’Albret. Il faut rappeler ici qu’en Occitania les femmes héritaient à égalité avec les hommes, votaient et étaient éligibles comme « Cap d’ostau » dans les vallées pyrénéennes notamment, et que ce droit leur fut retiré de fait par la législation masculine des Jacobins à la Révolution!
Par sa fermeté et son énergie, elle garantira l’indépendance de son royaume. Très tôt elle favorise l’implantation de la réforme protestante, mais elle ne rompt pas dans l’immédiat avec l’Eglise catholique. Ce n’est qu’en 1560 qu’elle franchit le pas définitivement à la cour de Nérac et se convertit au protestantisme de Calvin, dont elle fait la religion de son Etat (ordonnance du 19 juillet 1561)… tandis que son mari Antoine de Bourbon affiche plutôt ses sympathies pour le catholicisme…
Après la mort de ce dernier en 1562, elle prend une série de mesures en faveur de la Réforme en Béarn dont voici quelques exemples :
– Publication du catéchisme de Calvin en béarnais (1563);
– Fondation d’une académie protestante à Orthez (1566) ;
– Rédaction de nouvelles ordonnances ecclésiastiques (1566 ; 1571) ;
– Traduction du Psautier de Marot en béarnais, par Arnaud de Salette (1568) ;
– Traduction du Nouveau Testament en basque, par Jean Liçarrague (1571) …
Mais cette politique suscite une opposition telle de la part des Catholiques, que Jeanne d’Albret finit par leur interdire le culte et à expulser leur clergé en 1570.

Femme politique habile et déterminée

Entre temps (1568), Jeanne d’Albret qui a pris la tête du parti protestant doit soutenir ses partisans contre une coalition catholique durant la 3e guerre de religion qui se déroule au nord-ouest de l’Occitania. En compagnie de son fils Henri âgé de 15 ans, elle se rend à La Rochelle qu’elle administre elle-même en toutes choses, avec l’appui de Louis 1er de Condé et de l’amiral de Coligny pour les affaires militaires. En mars 1569 Condé est tué, elle tente de conserver le soutien des princes étrangers alliés. Grâce à l’énergie communicative de Jeanne d’Albret, le parti huguenot résiste.
Mais après la bataille de Moncontour, qui voit la défaite des protestants le 3 octobre 1569, elle est contrainte d’accepter une négociation avec le parti catholique français. Ce sera alors la « paix de Saint-Germain », où par son habileté politique elle réussira non seulement à conserver La Rochelle, mais de plus elle obtiendra d’autres places comme Montauban, Cognac et La Charité, même si Jeanne devra souvent protester contre la mauvaise application de ce traité.

Ensuite elle entamera de difficiles négociations à Paris, pour unir son fils Henri à Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis. Le mariage est fixé au 18 août 1572, mais Jeanne III d’Albret meurt subitement le 9 juin et aujourd’hui encore les causes de ce décès ne sont pas clairement établies. Son fils devient le nouveau roi Henri III de Navarre. Et quelques jours après son mariage, c’est le massacre de la Saint-Barthélémy dont le futur Henri IV réchappera de justesse…

Les « Provinces Unies du Midi »

Les Protestants occitans s’organisent en communautés autonomes regroupées en synodes. Après les massacres de 1562 à Toulouse et ceux de 1572 lors de la Saint-Barthélemy qui font des centaines de victimes huguenotes, se constitue un Etat séparatiste fédéral, que des historiens appelleront les « Provinces-Unies du Midi ». La Rochelle, Montauban, Castres, Milhau, Nîmes, les Cévennes… se révoltent contre le roi de France.

En 1573 les Etats Généraux de l’Union créent un Gouvernement Général, dont la tête prend le nom de « Protecteur » ou « Général en Chef de l’Union », ce qui correspond au « Stathouder » hollandais. Henri de Condé en sera le premier titulaire, puis ce sera Henri de Montmorency-Damville et enfin Henri de Navarre.
Le « Protecteur » sera assisté d’un Conseil permanent formé de députés de chaque province membre de l’Union. Cette Assemblée Générale vote les lois et les impôts. De même, chaque ville adhérente, comme Montauban et Milhau, pourra s’ériger en une « république » communale avec deux assemblées élues et séparation des pouvoirs; celles-ci élisent les délégués pour siéger aux assemblées provinciales. C’est l’embryon d’un Etat fédéral, qui repose sur l’autonomie des pouvoirs locaux en appliquant le principe de subsidiarité.
« Une réussite totale de la politique méridionale après la Saint-Barthélemy aurait conduit les provinces du sud à des structures suisses ou néerlandaises », écrit alors un conseiller de la couronne. A noter que le terme « Huguenot » désignant les Protestants vient de l’allemand « Eidgenossen », qui veut dire « confédérés ».
Georges LABOUYSSE

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Elections allemandes : triste Europe !

Oct 31, 2017

Une fois de plus, dans un des pays où les raisons de ne plus voir leurs bras levés, ni entendre leurs injures raciste étaient, sans mauvais jeu de mots, légion, l’extrême droite xénophobe, nationaliste anti-euro et anti-immigrés réalise une spectaculaire percée électorale. Troisième force allemande, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) envoie 80 députés au Bundestag.
La France, avec un FN dont le nombre réduit d’élus ne tient qu’à un mode de scrutin majoritaire éculé, l’Angleterre avec les tenants du Brexit désormais majoritaires, l’Italie qui renoue avec la tolérance zéro en matière d’immigration, les populistes au pouvoir en Pologne et en Hongrie, et maintenant l’Allemagne, oui c’est toute l’Europe qui est touchée par une volonté de repli sur soi et de fermeture.
Chômage, terrorisme, crises multiformes, sociale, écologique, économique, difficultés à se loger, parfois à se nourrir, viennent marginaliser des franges de plus en plus importantes de la population européenne. Ainsi un citoyen sur quatre, 118 millions de personnes au total, est touché par la pauvreté ou l’exclusion sociale. On note aussi une augmentation de la pauvreté (7,8%) dans les travailleurs à plein temps ce qui indique qu’un nombre croissant de gens sont employés dans le secteur à bas salaire.
Et ces colères sociales, souvent latentes et qui peinent à trouver des solutions solidaires et internationales favorisent les populistes qui agitent les peurs, dénoncent les boucs émissaires et mettent en avant une préférence nationale et nationaliste.
Mais s’ils sont aussi écoutés c’est parce que les politiques austéritaires menées par la commission européenne depuis 2008, comme par la plupart des États, ont largement aggravé une situation totalement inégalitaire avec des pauvres de plus en plus nombreux et des riches de plus en plus riches.
Sur le plan hexagonal les lois « travail » de Macron et l’adoption du traité CETA, entre l’Europe et le Canada viennent fournir deux illustrations de ces purges libérales qui au final ne feront qu’aggraver une situation de précarité.
Qui peut sérieusement croire qu’on embauche en fonction d’un barème d’indemnités prudhommales ? L’emploi est fonction du carnet de commandes, du volume de services à fournir. En satisfaisant les vieilles revendications du MEDEF, Macron va concentrer un peu plus d’argent dans des mains qui n’en n’ont nul besoin. En affaiblissant, le mot est insuffisant, les droits des salariés le pouvoir central va accroître le nombre de temps partiels subis et considérablement augmenter le nombre de travailleurs pauvres. Des populations entières qui, surtout cheznous, rencontrent les pires difficultés à se loger et à vivre décemment.
TAFTA/CETA qui entendent organiser les échanges marchands, en bien précisant que tout est marchand pour les concepteurs de ces traités, viennent directement menacer les services publics, comme la distribution de l’eau.
Bien commun souvent fournie en régie, elle échappe, pour les consommateurs qui résident dans des communes qui ne l’ont pas privatisée, aux grands groupes industriels. Demain les collectivités récalcitrantes, déjà sujettes à d’insupportables lobbyings, seront directement sous la menace de sanction pour non respect de la concurrence. Car oui, ces accords sont faits pour tout soumettre à la concurrence. Ils viennent, de facto, fragiliser le rempart social du service public et s’inscrire dans la logique inverse des circuits courts, du consommer local, du produire au pays. Des engagements qui fondent notre action publique et guident nos choix politiques totalement opposés à cette logique libérale de mondialisation et d’acculturation effrénée.
Mais nous devrions aussi en Europe avoir des raisons de nous réjouir. En Écosse, en Catalogne, les peuples font entendre leur volonté, par la voie démocratique, de redéfinir l’engagement européen. Mais que dire de cette Europe muette alors qu’elle devrait accompagner la volonté des Écossais qui refusent le Brexit ! Et comment tolérer son mutisme devant la dérive autoritaire de l’État espagnol quand la Catalogne veut faire vivre un droit reconnu par l’ONU : le droit à l’autodétermination ? Comment admettre qu’on puisse se taire quand, rappelant des régimes d’un autre temps, c’est par la force qu’on veut empêcher tout un peuple de voter.
L’Europe des États, c’est, nous l’avons dit, l’Europe en mauvais état ! L’Europe des libéraux, c’est celle de la mondialisation, du chômage et de la misère.
Alors oui, Pauvre Europe, mais aussi indispensable Europe qu’avec nos frères catalans, basques, écossais, corses, bretons… des peuples et des régions solidaires nous avons hâte de réinventer.
Hervé GUERRERA

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Magazine Occitania – Juillet/Août 2017

Août 29, 2017

 

Sommaire :

° Dossier : Au forum citoyens! La Dintrada se debanarà a Narbona lo 16 septembre 2017.

° Femmes d’Occitanie : Simone Weil.

° Eleccions : entre lassitge e macronita.

° Code du travail : un biais libéral marqué.

° Sciença e environament : perque cal barrar la centrala nucleara de Fessenheim.

E totas las rubricas abitualas….

Abonament : 24,5 euros de mandar a ADEO 21 bis camin de Matens 81 600 GALHAC.

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Au forum citoyens!

Août 28, 2017

L’occitanisme est arrivé à la croisée des chemins. C’est la raison pour laquelle nous faisons évoluer La Dintrada en un véritable forum citoyen occitan ouvert à toutes les sensibilités de l’occitanisme. Cet évènement abordera les trois problématiques suivantes :

  • Tout d’abord, le choix des habitants du Midi Pyrénées et de Languedoc Roussillon de baptiser la nouvelle grande région « Occitanie ». Cette irruption imprévue et impensée d’une région Occitanie appelle à une révision du logiciel sur lequel fonctionnaient les principales associations et mouvements occitans.
  • D’autre part la place de plus en plus importante du numérique et de l’internet impacte de manière forte les comportements culturels, professionnels et aussi sociaux. Ayant conscience de ce phénomène plusieurs opérateurs (TVOC, Lo Cirdoc, Lo Congrès…) travaillent à la présence de la langue et la culture occitane sur ces nouveaux espaces. Mais est ce suffisant ? Et le numérique peut il remplacer les échanges traditionnels ?
  • Enfin, un autre facteur vient transformer les régions occitanes : il s’agit de la démographie. En effet le nombre d’habitants de nos régions ne cesse d’augmenter, principalement dans les métropoles, alors que les zones éloignées des grands axes de circulation se dépeuplent. La principale raison de ce boum démographique est l’arrivée régulière et importante de personnes en provenance du nord de la France, ainsi que d’autres pays. La marginalisation institutionnelle de l’occitan rend difficile sa transmission, alors même que les nouveaux arrivants ont parfois plus d’appétit que les « locaux » pour la « lenga nòstra » ! Comment transmettre notre culture ? L’occitanie est elle en train de devenir multiculturelle ?

Voilà planté le décor ! Voilà les problèmes qui se posent à nous et que les occitans doivent aborder s’ils ne veulent pas passer à la trappe de l’histoire ! C’est pourquoi nous avons fait évoluer le concept de La Dintrada qui était jusqu’à présent une université d’été politique. Il me paraît aujourd’hui indispensable de s’adresser à la nouvelle génération d’occitans et de leur proposer un lieu et un temps pour prendre à bras le corps leur avenir !

La Dintrada devient donc un forum de discussion, de réflexion et d’élargissement des thématiques autour de l’occitan. Tout un chacun est le bien venu dans cet espace d’échanges qui se veut pédagogique, neuf, sans pré-requis Nous poserons des questions sur notre avenir à échelle régionale au sein d’une communauté européenne voire mondiale où la question de l’identité reste très importante. Comment vivre ensemble avec ce qu’on a autour de nous ? Comment faire valoir les spécificités de nos régions ? Comment créer un socle identitaire et culturel dans lequel nouveaux et migrants se sentiront chez eux ? Qu’est ce que l’Occitanie et qu’a-t-elle à nous donner aujourd’hui et demain ?

Grâce à une journée de présentations et d’échanges, nous voulons montrer et mettre en relation une diversité d’expériences et de points de vue pour créer un espace d’objectivité. Le but que nous nous fixons est de dépasser des clivages actuels issus de l’histoire de l’occitanisme : éducation nationale/calandreta, Languedoc/autres régions, culturel/politique, connecté/traditionnel, droite/gauche, jeunes/vieux, etc… Pour créer le point de départ d’une avancée théorique et technique vers un occitanisme conscient des enjeux du XXIème siècle.

Vous pouvez consulter le programme, découvrir les invités, et vous inscrire sur le site http://ladintrada.eu/

L’inscription est gratuite, mais indispensable pour choisir les ateliers auxquels vous souhaitez participer, et… réserver votre repas!

Uc Jourde

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