N°193 – Convivencia e « partatge » (Lo Cebier 138)

Juin 18, 2014

Et un dessin sur la pauvreté, pourquoi pas ?

A la fin de l’année 2013, nous nous sommes lancées dans une belle aventure : notre participation à la Maison Commune de Cavaillon (Vaucluse) qui regroupe trois associations : le Village, les Restos du cœur et le Secours populaire français. Ce projet qui n’a apparemment rien d’occitaniste l’est en réalité totalement dans son esprit, d’où notre titre. Ces trois associations, bien que différentes dans leur fonctionnement, travaillent ensemble, en parfaite harmonie, se «partageant» le public accueilli. Projet unique en France, il n’est pas né sans difficultés et ce n’est qu’au bout de trois longues années de tractations qu’il s’est enfin concrétisé. Si les Restos du cœur et le SPF sont bien connus de tous, il n’en va pas de même du Village qui est une structure tout à fait originale.

Le Village est un lieu de vie où l’on accueille un public fragile et en grande difficulté. Il dispose d’atouts majeurs tels qu’offrir sur un même lieu de l’hébergement et du logement associés à des activités de production : l’atelier maraîchage qui emploie en tout une vingtaine de personnes et propose à ses adhérents des paniers de légumes frais, cultivés de manière biologique et la fabrication de briques en terre crue. Avec la Maison Commune, le Village a ouvert un second lieu qui fonctionne en accueil de jour (thé, café, écoute, douche, machine à laver, sèche-linge et bagagerie). Le but serait que ce lieu devienne une maison où l’on puisse briser une situation d’isolement et où l’on se sente bien. Certains résidents du village participent à l’aménagement de la Maison Commune par un chantier solidaire et écologique.

Le règlement et le fonctionnement prennent en compte la grande diversité des publics accueillis et leur problématique afin de retrouver les conditions de la sociabilité. Les rencontres quotidiennes permanentes entre les personnes accueillies : ouvriers sur les chantiers, résidents, équipe des permanents et plus irrégulièrement : partenaires, anciens résidents, membres du CA, visiteurs … rendent ce lieu bien vivant et convivial. Ce n’est pas une micro société mais un espace d’échanges permettant une vraie valorisation de chacun. Il évite les principaux écueils que sont le repli sur soi et le sentiment de stigmatisation… Et… ça fonctionne !

En ce qui nous concerne, nous tenons un «vestiaire» de vêtements d’occasion, remis en état et présentés «façon boutique». Nous avons constaté que l’aspect commercial est très vite passé au second plan pour nos nombreux «clients». La plupart viennent maintenant ici surtout pour un bonjour, un sourire et… trouver des oreilles attentives. Ces échanges reposent sur un véritable partage, nous donnons, sans doute, mais nous recevons encore plus.

De nombreuses femmes isolées socialement, voire linguistiquement nous disent venir chez nous parce qu’elles y trouvent un espace où racisme et xénophobie sont absents et que c’est leur seule sortie, leur bouffée d’oxygène. Une femme apporte du pain marocain, une autre des pâtisseries, il y a même un homme réduit à vivre dans sa voiture qui nous donne des vêtements devenus trop petits.

A propos d’exclusion linguistique, nous ne pouvons qu’encore témoigner que la connaissance de l’occitan permet de communiquer avec certains migrants de pays latins, comme notamment cette catalane qui ne parle pas français et avec qui nous tenons des conversations émaillées de sacrés fou-rires ! Finalement les créateurs de la Maison Commune ont mis en application, sans en être conscients, les valeurs de la civilisation occitane classique «Convivéncia e paratge».

 

(1)     Coexistence, et jeu de mot sur « partatge » pour paratge, noblesse ; pris ici au sens éthique.

 

                                                              Bernadette Racouchot et Françoise Salice-Schmitt

Ne saber mai / En savoir +

N°193 – François Alfonsi n’est plus le député européen de R&PS et de la Corse (Lo Cebier 138)

Juin 18, 2014

C’est ce que nous lisons dans le dernier Arritti (29/05) qui fait une analyse lucide des conditions de cette campagne : un clip invisible dans le choix et la répartition des temps de parole, un résultat victime du vote populiste (28,8% contre 8,5) et de l’abstention en hausse. Situation rappelée par François Alfonsi dans son dernier éditorial : « (…)black-out total qui a étouffé dans l’œuf nos espoirs de réaliser un score significatif sur le continent. Nous avons dû nous contenter d’y tisser un réseau de contacts qui lui aussi s’est montré très motivé, mais qui n’a pas pu dégager un résultat électoral sortant de « l’épaisseur du trait », sauf ponctuellement, autour de candidats actifs, dans le Var- à Collobrières dans les Maures et dans le pays de Bandol-, (pays de Sud Ste-Baume plus exactement, ndlr) dans la vallée de la Roya en Alpes maritimes, à Orange dans le Vaucluse, ou encore autour de Joyeuse en Ardèche. Mais pour nos alliés, fédérés par Régions et Peuples Solidaires, la persévérance s’avèrera payante à terme.»

 

Le vote de la diaspora corse.

Nous espérions que la diaspora corse relève le gant et vote de façon significative pour notre candidat commun François Alfonsi. Si les résultats en Corse sont une réponse partielle (une partie des nationaliste n’a pas appelé à voter pour lui), force est de constater que la diaspora corse sur le continent s’est diluée dans les autres candidatures ou l’abstention. Nos amis corses de R&PS en conviendront, la dimension européenne et la revendication démocratique pour la prise en compte des territoires en tant que tels a été bel et bien ignorée. Notre travail commun d’explication et de terrain doit redoubler. Nous avons du pain sur la planche !

Ne saber mai / En savoir +

N°193 – FR3, I A PRON ! Ou la « conscience professionnelle » de l’audio-visuel parisien (Lo Cebier 138)

Juin 18, 2014

La façon scandaleuse dont se déroule la campagne pour les Européennes est à l’avenant du système audio-visuel français: pour d’autres élections, la campagne officielle commence plusieurs semaines avant le scrutin, de façon à ce que les électeurs aient le temps de s’y intéresser. De plus, il n’y a aucune occasion pour les candidats des petites listes de présenter leur programme dans les médias, les « spots » sont diffusés à des horaires où personne ne les voit ; France 3 National ne trouve rien de mieux que d’inviter Marine Le Pen à son magazine politique du dimanche midi (18 mai) comme si les médias ne lui faisaient déjà pas assez de publicité. Le FN pourra se targuer d’être le premier parti de France, c’est normal qu’on invite sa représentante ! Pour le moins curieuse cette « anticipation professionnelle » ?

Même conscience professionnelle sur Radio Bleu : une journaliste  disait que les médias avaient peu relayé la campagne (il y aurait d’ailleurs des protestations officielles) mais qu’on devait les comprendre parce qu’ils ne voulaient pas lasser les spectateurs, avec une campagne où il va y avoir  60 % d’abstentions; cette journaliste aurait pu remarquer que si les médias relayaient mieux la campagne, il y aurait moins d’abstentions!

Bref, à part quelques courts reportages qui ont permis à Larrouturou de faire entendre une autre voix, il n’y a de place dans les médias que pour les anti-européens, souverainistes de droite et de gauche confondus… Et ces journalistes ne manquent pas de clamer que cette élection n’intéresse pas les électeurs, histoire d’enfoncer le clou, de déculpabiliser ceux qui n’ont pas envie d’aller voter ! Je passe sur cette journaliste qui s’obstinait à dire que les élections sont dans deux semaines, ce qui montre à quel point elle était concernée ; elle aurait pu comprendre que si les médias relayaient mieux la campagne, il y aurait eu peut-être moins d’abstentions !

Sylviane Franzetti

Ne saber mai / En savoir +

N°193 – Analisi dei resultats deis elecciens europencas au niveu regionau (Lo Cebier 138)

Juin 18, 2014

Vaquì çai-sota, d’elements d’analisi sus lo comportament de la regien Provença-Aups CA (e non pas sus la circonscripcien «sud-est») dins les elecciens europencas. Aquesta chausida dins l’amira de se projetar sus les elecciens regionalas que vènon.

 

I – Evolutions par rapport à celles de 2009

 

On peut tout d’abord noter que le nombre de voix exprimées a progressé avec 197407 voix supplémentaires.

Les partis gagnants sont dans l’ordre décroissant le FN, le Modem/UDI, le front de gauche.

Les partis perdants sont dans l’ordre décroissant EELV (et RPS), l’UMP et le PS.

En valeurs relatives, le FN triple quasiment son influence (en passant de 10,5 à 33 %) tandis qu’EELV s’écroule en perdant la moitié de son électorat (de 16,5 à 7,75 %).

L’UMP connait un recul spectaculaire en passant de 30,5 % à 23,5 % et le PS se tasse un peu plus en passant de 13,5 à 10,5 %.

A l’inverse, le Modem est le seul mouvement pro-européen à résister avec même une très légère progression de 0,5 %. Le FdG continue à mobiliser son électorat mais reste stable dans son influence (6,5 %) malgré un petit gain de voix.

 

II – Répartition par département

 

Le département de force du FN reste le 84 (36,5%) mais les progressions les plus spectaculaires se font dans les 2 départements ruraux où le FN quadruple son influence. Il persiste malgré tout un contraste entre les départements urbains et les ruraux où les scores sont environ 5 à 6 % inférieurs.

On peut noter que la mouvance de droite extrême (de Villiers) dans le 84 ne réédite pas sa performance de 2009 et on peut légitiment penser que cet électorat a été absorbé par le FN.

 

L’UMP est en gros recul partout et surtout dans le 83 avec une perte de 9,5 %. Deux hypothèses: soit non mobilisation, soit absorption de son électorat extrême par le FN (cette dernière hypothèse étant la plus probable).

 

Le PS qui était déjà assez faible, recule également partout de façon homogène et montre même une certaine résistance dans le 06 où il a probablement atteint son niveau d’étiage à 9 %.

 

EELV s’écroule complètement et paie sans doute son attitude de compromission et l’abandon de ses combats dans le gouvernement socialiste. Comme en 2009, il réalise sa meilleure performance dans le 05 où il passe de 20 à 12,5 %. Les habituelles barrières médiatiques et des raisons internes ne permettent pas à R&PS de faire des scores significatifs.

 

Le FdG connait des performances homogènes dans toute la région et conforte son assise dans le 04 (de 7,5 à 8,5 %).

 

Comme en 2009, c’est dans les départements ruraux que la gauche est la moins faible. Toutefois, le NPA ne réédite pas ses performances de 2009 (de 5,5 à 6 %) et visiblement cet électorat ne se reporte pas sur les listes progressistes.

 

Enfin, le Modem/UDI reste globalement stable partout; il a apparemment bien mobilisé son électorat et même un peu plus; on peut également penser que son électorat n’est pas aspiré par le vote FN.

 

 

III – Les dynamiques

 

Toutes ces dernières années, nous avons noté une participation insuffisante aux divers scrutins à l’exception de l’élection présidentielle (même si cette élection européenne a montré un recul de l’abstention). Ce qui est nouveau, c’est que le FN est dorénavant la force la plus importante parmi le peu de gens qui votent.

Cette double condition de faiblesse quantitative du vote et de la prépondérance du vote fasciste fait peser une grave menace sur la démocratie.

Elément agravant: la fulgurance de la progression du vote FN avec + 22,5 % en 5 ans.

 

Un peu de politique fiction maintenant: si l’on considère la dynamique de l’électorat entre 2009 et 2014, les résultats des régionales en 2010 et les habituels reports de voix, on peut estimer le résultat des élections régionales de 2016 (si toutefois elles ont lieu en 2016).

Au 2ème tour, le FN prendrait la région avec entre 45 et 46 %, loin devant la gauche avec entre 32 et 33 % et reléguant la droite à 23 % maximum.

 

IV – Que faire ?

 

Il faut absolument comprendre les raisons principales des citoyens qui ne votent pas ou qui ne s’emparent pas des possibilités de choix alternatifs qui leur sont proposées.

On voit classiquement avancer des raisons liées aux conditions matérielles et sociales. Pour ma part, elles ne me convainquent pas et je crois qu’il faut y voir des raisons bien plus profondes liées à la morale politique.

Mais n’ayant pas la science infuse, je propose la démarche suivante:

1) établir un questionnaire fermé (réponses par oui/non) avec 1 seule question ouverte (quelle autre changement vous ferait retourner voter?) afin de savoir ce qui ferait déplacer les gens pour voter.

2) le diffuser autour de nous et recueillir les réponses de manière anonyme.

3) exploiter les réponses

4) Se tourner vers tous les partenaires démocrates pour échanger avec eux et établir une plate-forme de pression pour faire évoluer les pouvoir exécutif et législatif.

 

Dans tous les cas, il y a urgence et moins de 2 ans pour que les dirigeants français réagissent.

 

Pascal Recotillet

Secrétaire adjoint de Région Provence.

 

Ne saber mai / En savoir +

N°193 – Lo bilhet de Joan Pau Martin (Lo Cebier 138)

Juin 18, 2014

Ròcabruna dins son mirau

    Comme tous les villages des pays d’Oc, Roquebrune, petit village situé aux pieds des Maures, vivait encore dans les années soixante-dix de l’agriculture. Une véritable bascule s’est réalisée depuis 40 ans avec des bouleversements profonds : changement d’économie, explosion démographique -les « insèrtas »- en déplacement quotidien vers les agglomérations régionales, en recherche d’emplois tertiaires, perte de la langue. L’anonymat engendré par le mode de vie individualiste et consumériste a changé les relations que connaissaient nos communautés villageoises.

Ai pron sovent ausit dins de discutidas qu’ai emé de Rocabrunencs, « se lei vièlhs revenián, que pensarián dau Ròcabruna d’ara? »  En 1971, aviáu vint ans, lo vilatge se revilhava emé lei còps de martèu sus l’enclumi dau manescau, Sénher Penal. L’i aviá un anar-venir de tractors sus la rota despartamentala que partián dins lei bens. Quauqua ren m’aviá marcat a la debuta deis annadas setentas, d’insertas (1), coma disiá Joanòt Blangero, se planhèron que l’i aviá tròp de bruch quand lei paisans partián travalhar lèu de matin !

Pensi a una reflexien qu’un jorn, a l’escasença d’un filmatge per Vaqui (2), Joan Pèire Belmont aviá facha : « me soveni qu’a la debuta deis annadas setentas, Ròcabruna èra encara un vilatge paisan.» Lo vilatge viviá un pauc au ritme de l’escobilhier que ramassava lei bordilhas emé sa muela e son tombaréu. Mai çò qu’espantariá ara lo mai, es lo nombre de veituras, n’i a quasi de’n pertot, dins lei carrieras, sus lei plaças ! En 1943 Ròcabruna comptava un pauc mai de 2000 estatjans (2050), sabèm que l’i aviá 520 familhas d’agricultors (lo regime de Vichei l’i agradava de faire d’enquistas !). A la debuta deis annadas nonenta, Jacques Charonat escriviá dins un article (« De l’agriculture au tourisme, 1945-1990 ») pareissut dins una revista d’istòria locala (Lei Cronicas de SANTA CANDI) (3) que l’ i aviá pas mai de 191 agricultors en 1980. En quaranta ans lo vilatge a perdut mai de seissanta dau cent de sei paisans.

Fin finala, Ròcabruna es devengut una brava vilòta, es pus un vilatge, leis envans (lòtjas), que servián per l’agricultura, se son mudats en ostaus ! Un carcul qu’ai pron sovent entendut dins la boca de mon paire : « lo progrès a tuat l’òme ». Me siáu longtemps demandat çò que voliá dire, deviá pensar a la despartida dei cavaus e a l’arribada de vins e de fruchas forestieras qu’an fach despareisser lei pichòtei proprietats. Se parlava p’encara de mondialisacien !

Un sovenir d’enfança tòrna : ai vist un jorn quauqu’un se bandir per ramassar de bosas qu’aviá laissar un cavau que passava per carriera, simplament per metre dins son jardin. Despuei quauqueis annadas la comuna a fach installar de « Toutounets », çò que fasiá dire a quauqu’un : « siam pus dins un monde agricòla, mai dins un monde de la vila ».

Ròcabruna exportava sa frucha, lei paisans portavan lei caissas de pessegas, de melons, de rasins a un expeditor que lei mandava a Niça. En 2013, la cròta cooperativa dau vin fuguèt debastida per ne’n faire d’ostalàs ! Es un vilatge bastit au pè dei Mauras !  

                                                                                           

————

1) Lei insèrtas èran lei novèus Ròcabrunencs, en francès les « néo-villageois ».

2) VAQUĺ, emissien filmada en 2006.

3) Un village dans la tourmente des années 40, Roquebrune, J-M GUILLON, csc, 1986.

Ne saber mai / En savoir +
Le site utilise des cookies pour son bon fonctionnement. En poursuivant l'utilisation du site, vous acceptez cette utilisation des cookies.
Accepter