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Magazine Occitania – Juillet/Août 2017

Août 29, 2017

Sommaire :

  • Dossier : Au forum citoyens! La Dintrada se debanarà a Narbona lo 16 septembre 2017.
  • Femmes d’Occitanie : Simone Weil.
  • Eleccions : entre lassitge e macronita.
  • Code du travail : un biais libéral marqué.
  • Sciença e environament : perque cal barrar la centrala nucleara de Fessenheim.
  • E totas las rubricas abitualas….

Abonament : 24,5 euros de mandar a ADEO 21 bis camin de Matens 81 600 GALHAC.

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Au forum citoyens!

Août 28, 2017

L’occitanisme est arrivé à la croisée des chemins. C’est la raison pour laquelle nous faisons évoluer La Dintrada en un véritable forum citoyen occitan ouvert à toutes les sensibilités de l’occitanisme. Cet évènement abordera les trois problématiques suivantes :

  • Tout d’abord, le choix des habitants du Midi Pyrénées et de Languedoc Roussillon de baptiser la nouvelle grande région « Occitanie ». Cette irruption imprévue et impensée d’une région Occitanie appelle à une révision du logiciel sur lequel fonctionnaient les principales associations et mouvements occitans.
  • D’autre part la place de plus en plus importante du numérique et de l’internet impacte de manière forte les comportements culturels, professionnels et aussi sociaux. Ayant conscience de ce phénomène plusieurs opérateurs (TVOC, Lo Cirdoc, Lo Congrès…) travaillent à la présence de la langue et la culture occitane sur ces nouveaux espaces. Mais est ce suffisant ? Et le numérique peut il remplacer les échanges traditionnels ?
  • Enfin, un autre facteur vient transformer les régions occitanes : il s’agit de la démographie. En effet le nombre d’habitants de nos régions ne cesse d’augmenter, principalement dans les métropoles, alors que les zones éloignées des grands axes de circulation se dépeuplent. La principale raison de ce boum démographique est l’arrivée régulière et importante de personnes en provenance du nord de la France, ainsi que d’autres pays. La marginalisation institutionnelle de l’occitan rend difficile sa transmission, alors même que les nouveaux arrivants ont parfois plus d’appétit que les « locaux » pour la « lenga nòstra » ! Comment transmettre notre culture ? L’occitanie est elle en train de devenir multiculturelle ?

Voilà planté le décor ! Voilà les problèmes qui se posent à nous et que les occitans doivent aborder s’ils ne veulent pas passer à la trappe de l’histoire ! C’est pourquoi nous avons fait évoluer le concept de La Dintrada qui était jusqu’à présent une université d’été politique. Il me paraît aujourd’hui indispensable de s’adresser à la nouvelle génération d’occitans et de leur proposer un lieu et un temps pour prendre à bras le corps leur avenir !

La Dintrada devient donc un forum de discussion, de réflexion et d’élargissement des thématiques autour de l’occitan. Tout un chacun est le bien venu dans cet espace d’échanges qui se veut pédagogique, neuf, sans pré-requis Nous poserons des questions sur notre avenir à échelle régionale au sein d’une communauté européenne voire mondiale où la question de l’identité reste très importante. Comment vivre ensemble avec ce qu’on a autour de nous ? Comment faire valoir les spécificités de nos régions ? Comment créer un socle identitaire et culturel dans lequel nouveaux et migrants se sentiront chez eux ? Qu’est ce que l’Occitanie et qu’a-t-elle à nous donner aujourd’hui et demain ?

Grâce à une journée de présentations et d’échanges, nous voulons montrer et mettre en relation une diversité d’expériences et de points de vue pour créer un espace d’objectivité. Le but que nous nous fixons est de dépasser des clivages actuels issus de l’histoire de l’occitanisme : éducation nationale/calandreta, Languedoc/autres régions, culturel/politique, connecté/traditionnel, droite/gauche, jeunes/vieux, etc… Pour créer le point de départ d’une avancée théorique et technique vers un occitanisme conscient des enjeux du XXIème siècle.

Vous pouvez consulter le programme, découvrir les invités, et vous inscrire sur le site http://ladintrada.eu/

L’inscription est gratuite, mais indispensable pour choisir les ateliers auxquels vous souhaitez participer, et… réserver votre repas!

Uc Jourde

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L’Occitanie au féminin : Simone Weil

Août 28, 2017

La philosophe engagée

Simone Weil est née en 1909 dans une famille très cultivée, d’origine juive agnostique. Dès son plus jeune âge, elle manifeste sa solidarité avec tous les « opprimés »: à six ans, elle s’abstient de manger du sucre quand on lui dit que les soldats en sont privés dans les tranchées! Elle a dix ans, quand sa mère la retrouve dans un défilé de grévistes chantant l’Internationale en 1919… Elle est très liée à son frère aîné André qui deviendra un des grands mathématiciens du XXe siècle. Ensemble ils s’enthousiasment pour les différentes sources de civilisation, en particulier pour la civilisation grecque avec Pythagore et Platon. A douze ans André apprend seul le grec ancien, qu’il enseigne à sa sœur, ce qui leur permet de discuter entre eux sans que personne ne puisse les comprendre autour d’eux!

A seize ans elle obtient le bac philo au lycée Victor Duruy de Paris, où elle a suivi les cours du philosophe René Le Senne. Entrée au lycée Henri IV en octobre 1925, elle suivra les cours du philosophe Alain. En 1926 à la Sorbonne, elle rencontre Simone de Beauvoir , qui raconte : « Elle m’intriguait, à cause de sa réputation d’intelligence et de son accoutrement bizarre… Une grande famine venait de dévaster la Chine, et l’on m’avait raconté qu’en apprenant cette nouvelle, elle avait sangloté : ces larmes forcèrent mon respect plus encore que ses dons philosophiques ».

 Agrégée de philosophie en 1931, elle va enseigner au Puy pour être plus proche d’un milieu ouvrier: elle provoque un scandale en se solidarisant avec les syndicats de mineurs et en rejoignant le mouvement de grève contre le chômage et les baisses de salaire. Elle écrit dans les revues « L’Ecole émancipée » et « La Révolution prolétarienne » et prône l’unification syndicale. A partir de 1932, elle milite au « Cercle communiste démocratique » de Boris Souvarine tout en luttant contre le Stalinisme.

Elle passe l’été 1932 en Allemagne, pour essayer de comprendre les raisons de la montée du nazisme. Revenue en France, elle écrit plusieurs articles où elle exprime ses sentiments lucides et son scepticisme sur l’avenir de l’Europe dans ce contexte.

Le 31 décembre 1933, l’ancien chef de l’armée rouge Trotski pourchassé par Staline est invité avec sa femme Nathalie chez les Weil à Paris. Simone ose s’opposer à lui sur la condition ouvrière en Russie: Trotski soutient en effet que le régime soviétique serait globalement positif pour le prolétariat dès lors que l’industrie appartient à l’Etat et non à un propriétaire privé. Simone Weil lui rétorque sèchement que le travail épuisant à la chaîne, les cadences imposées et l’obéissance aveugle aux petits chefs sont les mêmes en Russie comme en France; elle lui montre que l’important réside dans les conditions de travail des ouvriers et non dans le statut juridique de l’entreprise… Trotski conclura: « Vous êtes l’Armée du Salut?« 

Comme Olympe de Gouges en son temps, Simone Weil pense que les actes concrets valent mieux que des discours. Alors toujours avide de comprendre la vie du peuple, elle quitte pour un temps sa carrière d’enseignante et elle s’engage chez Alsthom en 1934-1935 comme ouvrière sur presse. On la retrouve ensuite dans un travail à la chaîne à Boulogne-Billancourt chez Renault et aux établissements « Carnaud et Forges de Basse-Indre ». Elle consignera ses impressions dans son « Journal d’usine ».

De santé fragile, elle quitte l’usine et reprend l’enseignement de la philosophie, tout en distribuant une partie de son traitement, comme l’écrit un de ses biographes E. Piccard en 1960 : « Décidée à vivre avec cinq francs par jour, comme les chômeurs du Puy, elle sacrifiait tout le reste de ses émoluments de professeur à la Caisse de Solidarité des mineurs ».

La Résistante insoumise

Elle participera logiquement aux grèves de 1936 et elle s’engagera dans la « Colonne Durruti » lors de la guerre civile espagnole contre Franco. En 1937 elle écrit dans les «Nouveaux cahiers», une revue économique et politique qui prône une collaboration économique franco-allemande. En effet, elle a bien compris, comme le disait Anatole France en 1919 lors du diktat de Clemenceau avec le traité de Versailles, que si l’Allemagne est empêchée de se relever économiquement « l’Europe en périra si, enfin, la raison n’entre pas dans ses conseils« .

Voici la guerre qu’elle avait redoutée. Sans illusion sur le sort de l’Europe et sur celui des Juifs, elle se réfugie à Marseille le 13 juin 1940 avec sa famille. Elle va rédiger alors ses « Cahiers » sur la philosophie grecque. Elle contacte aussi la revue littéraire « Les Cahiers du Sud », à laquelle elle collabore sous le pseudonyme d’Emile Novis. Elle se rapproche de plus en plus du Christianisme. Elle entre dès le début de l’Occupation dans un réseau de Résistance et distribue la revue « Cahiers du Témoignage Chrétien », qui sera vite mis à l’index par Vichy et l’épiscopat…

Dans l’été 1941, elle rencontre le philosophe Gustave Thibon, qui la fait embaucher en Ardèche comme ouvrière agricole. L’année suivante, elle met ses parents en sécurité aux Etats-Unis, puis gagne la Grande Bretagne où elle entre au service de la « France Libre » comme rédactrice. Mais son intransigeance la pousse à démissionner de l’organisation de De Gaulle en juillet 1943. Désireuse de rejoindre les réseaux de résistance dans l’hexagone, elle en est empêchée par Schumann et André Philip, qui craignent à juste titre qu’elle soit vite identifiée comme juive par la police de Vichy et déportée en Allemagne.

Atteinte de tuberculose, aggravée peut-être par les nombreuses privations qu’elle s’imposait, elle meurt au sanatorium d’Ashford le 24 août 1943 à 34 ans.

De la conquête capétienne de l’Occitanie

Peu de temps avant sa mort, Simone Weil écrit deux textes en 1943 sur la conquête des pays occitans par la France et sur les atrocités commises alors par les armées capétiennes, qu’elle n’hésite pas à comparer à la situation vécue sous l’occupation allemande contemporaine. L’un a été publié dans les « Cahiers du Sud » sous le pseudonyme d’Emile Novis, voici un extrait du second dans « L’enracinement » :

« On peut trouver dans l’Histoire des faits d’une atrocité aussi grande, mais non plus grande, sauf peut-être quelques rares exceptions, que la conquête par les Français des territoires situés au sud de la Loire, au début du XIIIe siècle. Ces territoires où il existait un niveau élevé de culture, de tolérance, de liberté, de vie spirituelle, étaient animés d’un patriotisme intense pour ce qu’ils appelaient leur langage (Lengatge); mot par lequel ils désignaient la patrie.

Les Français étaient pour eux des étrangers et des barbares, comme pour nous les Allemands. Pour imprimer immédiatement la terreur, les Français commencèrent par exterminer la ville entière de Béziers, et ils obtinrent l’effet cherché. Une fois le pays conquis, ils y installèrent l’inquisition…

Depuis qu’ils ont été conquis, ces pays ont apporté à la culture française une contribution assez faible, alors qu’auparavant ils étaient tellement brillants. La pensée française doit davantage aux Albigeois et aux troubadours du XIIe siècle, qui n’étaient pas français, qu’à tout ce que ces territoires ont produit au cours des siècles suivants…

Quand on a pris l’habitude de considérer comme un bien absolu et clair de toute ombre cette croissance au cours de laquelle la France a dévoré et digéré tant de territoires, comment une propagande inspirée exactement de la même pensée, et mettant seulement le nom de l’Europe à la place de la France, ne s’infiltrera-t-elle pas dans un coin de l’âme?

Les collaborateurs actuels (nous sommes en 1943!) ont à l’égard de l’Europe nouvelle que forgerait une victoire allemande l’attitude qu’on demande aux Provençaux, aux Bretons, aux Alsaciens, aux Francs-Comtois d’avoir, quant au passé, à l’égard de la conquête de leur pays par le roi de France.»

Georges LABOUYSSE

PS : Ne pas confondre Simone Weil à laquelle est consacré cet article, et Simone Veil personnalité tout autant exceptionnelle nous ayant quitté cet été 2017.

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Michel ONFRAY et le centralisme français

Juil 3, 2017

Michel Onfray semble ouvrir un nouveau chapitre socio-politique de sa réflexion. Si le titre est involontairement provocateur –à moins que les « provinces » ne soient un nouvel euphémisme pour « régions »?-, Il reprend le titre d’un texte de Michel Rocard écrit en 1966. Mais pourquoi ne pas analyser directement l’axe régional d’une pensée critique et contemporaine, aujourd’hui banalisée par les gouvernements successifs, socialistes en tête ? M. Rocard, lui, connaissait bien les écrits dont il s’est inspiré – « La révolution régionaliste » et « Autonomie, de la région à l’autogestion » de Robert Lafont-. M. Onfray ne les a sans doute pas lus, ainsi que les nombreux essais qui ont suivi. Aussi, sa référence aux Lip dès le 1er chapitre (« Créer mille Lip ») des années soixante-dix, (si elle fait peut-être allusion aux marches sur le Larzac qu’il n’a sans doute pas connues), est mise en opposition à un Marx centralisateur dont il a sans doute oublié les Manuscrits de 1844 qui abordent aussi l’autonomie (ouvrière). Mais il n’est pas le seul, la vulgate marxiste ayant vite fait de passer à ses écrits économiques, laissant de côté ses écrits idéologiques de jeunesse. Ses polémiques avec plus d’un socialiste d’alors est pourtant révélatrice d’une pensée anti-centraliste, à mille lieux de ce qu’il considère comme étant « le penseur de l’Etat centralisateur jacobin ».  Soit dit en passant, pour dépasser les oppositions faciles que les commentateurs du « socialisme d’Etat », Staline et les poststaliniens européens, n’ont fait que renforcer. Dont acte.

 

En contrepoint, celles-ci prospèrent, notamment dans cette opposition Proudhon-Marx mises en avant. P-J Proudhon est le premier théoricien socialiste français à employer le terme d’anarchie comme doctrine politique. Sans entrer dans l’analyse des principales contradictions qui traversent le mouvement ouvrier, la fracture tient surtout à la question de l’Etat (fin ou dépérissement ?), à l’usage de la violence révolutionnaire (Proudhon est contre), à l’actionnariat ouvrier (Marx dénonce des rapports économiques « éternels »). C’est tout cela qui n’est pas dit dans cette introduction de M. Onfray qui préfère ne retenir qu’une partie des contradictions et surtout l’échec d’une pensée utopique se réclamant du communisme, dévoyée dans le cours de ses manifestations historiques. M. Onfray insiste surtout sur la non gouvernance d’un pouvoir « tombé du ciel » opposé à « un gouvernement qui monte de la terre ». En ce sens, l’expérience des Lip est une réussite contre les constructions intellectualistes, bref, le bon sens en acte et le mieux partagé. Mais laissons de côté la critique faite aux versions du socialisme contemporain et ses reniements. On doit les apprécier face à la version d’un socialisme libertaire dont l’auteur se réclame, après avoir pourfendu les Jacobins contre les Girondins. Soit, mais le problème est que cette opposition, historiquement datée, ne répond que partiellement aujourd’hui aux enjeux imposés par la mondialisation et par la recomposition des blocs gauche-droite tels qu’ils ont été vécus et subis par le citoyen. Et si l’idée fédérale n’a été pour les Girondins qu’un moyen de repenser l’organisation de l’Etat (des départements égaux face à Paris), elle porte encore une vertu transformatrice qu’il faut repenser dans la période que nous vivons, malgré les effets toujours dévastateurs de la constitution bonaparto-gaulliste.

 

Pourtant cette idéologie centralisatrice continue de coller à la peau de toutes les équipes en place à Paris. M. Onfray rappelle avec raison que cette « vision totalitariste du réel » est toujours en action, que ses racines conventionnelles ont porté le culte de l’Un dans tous les domaines,  idéologiques, culturels et linguistiques. L’abbé Grégoire, cité, témoigne de cette longue maladie qui constitue «  le bréviaire des ethnocides linguistiques ». Heureux le lecteur qui a lu ses positions antérieures qui faisaient dans l’œcuménisme linguistique avec l’esperanto rassembleur et la mise à mort de Babel (la diversité) contre Yavé (l’universel), une autre version réactionnaire de l’universalisme revendiqué contre les langues de pays, potentiel de division et de racisme. Tant Mieux, on peut changer et dans le bon sens.

 

Sa critique du jacobinisme mérite qu’on s’y arrête, ne serait-ce que parce que le « communalisme » : « devrait permettre que les lois qui régissent un marché de village ou de ville moyenne ne relèvent plus des bureaux de Bruxelles mais de décisions locales ou départementales. » (p113) Pire, il « a exporté son schéma centralisateur et étatique partout sur la planète(…) Les Etats africains conçus par des politiques formatés à l’idéologie parisienne coupent des ethnies en morceaux. » Outre le fait que M. Onfray ne remet pas en question le mille-feuille juridico-politique (les départements relais du pouvoir central) on voit mal comment les communes peuvent jouer un rôle d’initiatives citoyennes dans le contexte de la métropolisation hyper-centralisatrice qui devient le b-a-ba du système. Quant au fait colonial qu’il dénonce justement, il  reprend à son compte la réponse humaniste de  A. Camus qui militait alors « pour une Algérie constituée par des peuplements fédérés, et reliés à la France. » Diable, le système colonial amendé en fédéralisme à la française, il fallait y penser et surtout cinquante-cinq ans après la fin de ce conflit colonial ! Là, M. Onfray dépasse toute réflexion politique critique acceptable pour ceux qui ont connu les exactions et les génocides colonialistes de l’Etat français. Et la « petite république fédérative » de Kabylie » rêvée par A. Camus n’a rien à voir avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, surtout en plein conflit colonial. Ne rêvons pas, passons.

Si M. Onfray critique le centralisme français confronté au système fédéral suisse, il y en a pourtant d’autres en Europe qu’il ne cite pas. Son retour au communalisme proudhonien semble anachronique quand il en fait la base d’un fédéralisme, voire d’un confédéralisme actuels. Pourtant l’autonomisme qu’il revendique à ce niveau pourrait être appliqué à l’ensemble des niveaux de gestion régionaux. Ils n’ont pas place dans sa réflexion.

L’ambition avouée de M. Onfray est de transformer son université populaire de Caen en « Parlement des idées (…) afin d’en finir avec l’oligarchie jacobine centralisée à Paris.» (p127) Si l’idée est porteuse, disons que le centralisme français ne pourra être ravaudé par  un schéma communaliste proudhonien même actualisé ; il n’est que la partie d’une construction globale dont ont besoin les peuples de France. Sortons d’un nouveau régionalisme à la française et réfléchissons dans la dimension « monde ».  Et si l’on veut parler d’Europe autrement, c’est un fédéralisme global qui posera les conditions d’une supranationalité que les Etats-nations d’Europe ne sont pas prêts à reconnaître. Le fédéralisme moderne est cette utopie réalisante qu’il faut inventer et construire.

Gerard TAUTIL, à propos du livre de Michel Onfray « Décoloniser les provinces. Contribution aux présidentielles»

Les éditions de l’Observatoire. Fév. 2017.

 

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Toujours plus vite, toujours plus cher !

Avr 20, 2017

Alors que le LGV entre Paris et Bordeaux sera mise en service dès juillet 2017 on sait déjà qu’elle coûtera de l’argent à la SNCF. Les prix des billets seront environ 10% plus chers. Ce sera la première ligne gérée par le privée et en partie financée par l’argent public. Une bonne affaire pour tous ? Pas sûr en ce qui concerne le contribuable ; pas sûr pour les usagers du train du quotidien.

C’est fait ! On s’est bien fait couilloner mais on était averti parce que ce n’est pas faute de l’avoir dit et redit. La ligne TGV (très grande vitesse) entre Bordeaux et Paris est donc ouverte dans sa totalité(1) après plus de 7 milliards d’euros d’investissement qui auront été payés en partie par le privé mais aussi par des collectivités territoriales, même par celle qui n’ont pas la ligne sur leur territoire, c’est à dire les collectivités du sud de l’Aquitaine (départements, communautés de communes et d’agglomération). L’arnaque est simple : vous payez parce que la ligne arrive à Bordeaux et donc cela vous rapproche de Paris ! Le Graal !

La pub a été lancée ces jours derniers et la communication sur le sujet marche à plein. Pour les premières semaines la SNCF casse les prix mais cela ne durera pas. C’est la fête dans les premiers mois. La facture viendra un peu plus tard.

Aller plus vite à Paris et en revenir plus vite ! Pas la peine de donner des arguments pour dire que cela vaut de l’or. Ça tombe sous le sens d’un centralisme têtu que nous vivons et entretenons en France. « Il faut être à Paris en trois heures » me disait un jour un haut fonctionnaire à qui je demandais des arguments pour justifier cette ligne LGV. Rien que ça était censé vous clouer le bec ! Personne n’est pourtant arrivé à prouver que la très grande vitesse avait le moindre impact économique sur les territoires (création d’activités et d’emploi) mais ça ne fait rien. L’essentiel c’est que les entreprises situées en « province » puissent envoyer leurs dirigeants et leurs cadres plus vite auprès des « donneurs d’ordre qui se trouvent à Paris » comme le disait un député du Béarn qui n’a pour horizon que le passage sous les quatre heures pour faire Paris-Pau. Et nous n’y sommes pas encore parce que pour ce faire il faudrait aligner quelques milliards de plus au sud de Bordeaux. Mais là le privé ne tient pas à investir. Ce n’est pas assez juteux. Alors si le projet voit le jour c’est qu’on aura fait payer le contribuable français ou européen et bien entendu aussi les collectivités à qui on reviendra vendre la très grande vitesse et le rapprochement avec Paris. Le projet a du plomb dans l’aile mais les vieux fanas du TGV a 300km/h sont à la manoeuvre(2). Pourtant les rapports sur le risque du tout TGV se sont empilés sur les bureaux des ministères et de la Cour des Comptes. Mais rien n’y fait. Nous ne sommes plus dans le rationnel. Ceux qui décident ne prennent pas le train, celui du quotidien, celui qui est en retard parce que les voies ne sont pas entretenues depuis des décennies. Ils ne prennent pas le train qui vous fait arriver au travail chaque matin (ou qui devrait vous y faire arriver à l’heure).

Billet plus chers pour des bénéfices au privé

C’est donc fait ! On voyagera de Paris à Bordeaux en un peu plus de deux heures à partir du mois de juillet. Mais ce sera plus cher de 10% . C’est le prix de la très grande vitesse pour tous. Mais ne vous inquiétez pas, parce que même si vous payez votre billet plus cher vous participerez aussi au déficit de la SNCF qui prévoit déjà de perdre de l’argent dès cette année sur la nouvelle liaison rapide. En effet elle va payer cher les sillons (les droits de passage) sur cette ligne qui seront perçus par Lisea, la société fondée autour de Vinci. Il y a fort à parier que l’opérateur privé ne perdra pas d’argent et que tout est prévu pour qu’il en gagne.

Tout cela coute bien cher par minute gagnée et rien n’indique que ce temps gagné se transformera en nouvelle énergie pour les territoires hors Paris. La transformation de l’hexagone en grande banlieue se poursuit. Le repliement sur le territoire hexagonal aussi. Il faut toujours plus de trois heures et vingt minutes pour aller de Toulouse à Barcelone en train ! Et encore en période d’été parce qu’en hiver il n’y a pas de direct et il faut plus de quatre heures.

On nous promet que sur la ligne nouvelle Bordeaux-Paris il y aura des billets moins chers. Il faudra les prendre très à l’avance. Ce sera pour les gens de base et bien sûr ces trains iront un peu moins vite et circuleront en pleine journée. Alors « gagner du temps » entre 11h et 16h quand on fait le voyage une fois de temps en temps ne vaut certainement pas l’investissement gigantesque et l’impact écologique d’une LGV. Notons aussi que la bataille a fait rage pour que les TGV s’arrêtent dans les villes le parcours. Un TGV qui ne s’arrête nulle-part était difficile à faire payer à certaines villes et par certains départements. Un train qui ne s’arrête pas ne se remplit pas non plus. Cependant un TGV qui s’arrête trop est une train qui roule moins vite.

Alors même que le trafic TGV et ses bénéfices s’essouflent, alors même que dans les autres pays on a revu la copie en privilégiant les trains à grande vitesse (jusqu’à 220 km/h sur lignes classiques) rien n’est trop beau pour sauver notre modèle centralisé. On fait payer les territoires et leurs habitants. C’est la double peine voire la triple peine. Ils payent par leurs collectivités, ils ont des prix de billets qui augmentent et l’argent englouti dans ces projets n’est pas là pour moderniser les voies classiques, modernisation que l’on fait payer aux collectivités qui y engloutissent beaucoup d’argent.

Équilibre du territoire ?

La nouveauté c’est aussi que les lignes TET (Trains d’Équilibre du Territoire) (3) sont pour certaines abandonnées ou confiées aux régions. Pour l’Occitanie restent dans ces lignes deux grands axes qui seront toujours financés par l’État et c’est encore heureux : à savoir Toulouse-Limoges-Paris et Bordeaux-Toulouse-Marseille. On a quand même jugé que ces lignes étaient utiles. On y a ajouté Toulouse-Hendaye. C’est la seule bonne nouvelle ferroviaire que le sauvetage de ces trois lignes qui devraient d’ailleurs bénéficier de matériel neuf d’ici 2025. Pour les autres on proposera aux régions de les prendre en charge. Par exemple Béziers-Clermont-Ferrand ou Nimes Clermont-Ferrand. La présidente de la région Occitanie avait d’ailleurs fait savoir qu’elle n’était pas preneuse dès le mois de juillet dernier. C’est à l’État de payer. L’ancienne ministre sait sans doute par expérience que quand l’État donne à gérer un nouveau problème à une région la dotation spéciale qui l’accompagne ne compense jamais les coûts réels.

D’autres lignes comme Nantes-Lyon et Nantes-Bordeaux pourront elles aussi être modernisées. Il est vrai que ce n’est pas difficile puisqu’entre Bordeaux et Nantes une partie du voyage se fait à 50 km/h ce qui vous laisse le temps d’admirer le paysage pendant une heure et vous met Bordeaux à plus de quatre heures de Nantes. Il suffira de refaire la voie qui n’a pas été entretenue depuis des lustres. Mais ça traine et les usagers sont mécontents.

Les sacrifiés de l’affaire sont les trains de nuit. Si le Paris-Rodez et le Paris-La Tour de Carol pourront sauver leur peau il risque d’en être autrement pour le Paris-Hendaye. Il y a trente ans que l’on a pas modernisé cette offre pourtant intéressante et on s’étonne que les clients ne s’y précipitent pas.

Visiblement nos décideurs ne prennent pas le train. C’est une évidence pour beaucoup d’élus régionaux qui connaissent mal les trains qu’ils financent. C’est vrai pour les élus et décideurs qui sont à Paris qui ont bien du mal à comprendre ce qu’est un TER et à imaginer combien c’est agaçant de voir des trains supprimés chaque jour. Visiblement nos décideurs ne regardent pas non plus ce qui se passe ailleurs en Europe. Il y a des trains qui roulent, qui sont à l’heure et il y a même par dessus le marché un vrai trafic de marchandises. Chez nous c’est la préhistoire du frêt. Mais nous avons la vitrine du TGV. Peut-être que nous allons dans le mur…mais on y va vite.

(1)Les premiers billets seront vendus pour les premiers jours de juillet mais le voyage inaugural a été fait il y a une dizaine de jours.

(2) Officiellement les projet Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse de LGV sont toujours prévus mais il n’y a pas d’argent pour cela. Mais cela n’empêche pas les présidents de régions d’en parler encore et de chercher de l’argent européen. Quant aux dates elles restent floues.

(3) On les appelle aussi les Intercités

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Femmes d’Occitanie : Catarina Segurana

Avr 20, 2017

Quand on parle des personnages qui « ont fait » l’Histoire dite « de France », on voit surtout des hommes, rois ou présidents. Et pourtant en Occitanie, des femmes ont marqué à des titres divers leur époque, depuis les Vénus préhistoriques de Brassempouy dans les Landes de Gascogne et de Lespugue en Comminges, jusqu’à la figure emblématique de la Montalbanaise « fédéraliste » Olympe de Gouges, dont le buste vient d’entrer au Parlement français le 20 octobre 2016 juste en face celui de l’Albigeois Jean Jaurès, après un combat associatif mémorable contre certains députés jacobins misogynes!…

Nous évoquerons ici brièvement les traits essentiels de quelques-unes de ces figures de l’ «Occitanie au féminin », qui se sont affirmées dans le contexte de leur siècle respectif, à commencer par la niçoise Catarina Segurana.

 L’attaque franco-turque

Nous sommes le 15 août 1543. Dès les premières heures du jour, cent-vingt galères franco-turques commandées par l’ottoman Barberousse sortent de la rade de Villefranche et se placent en position devant les remparts de Nice et son château. Quatre batterie ciblent la ville, les troupes françaises et ottomanes donnent l’assaut à la porte Pairolière et à la tour Sincaïre.

C’est alors que, d’après certains, surgit une jeune lavandière Catarina Segurana suivie de plusieurs soldats niçois au sommet des remparts: elle brandit un battoir à linge à la main et assomme violemment l’enseigne turc, dont elle brise le drapeau au croissant. Elle parvient ainsi à galvaniser les troupes niçoises. On raconte même qu’elle aurait montré son « postérieur » aux troupes ennemies: une provocation insupportable! Toujours est-il que les envahisseurs renonceront provisoirement à leur entreprise.

Ils reviendront à l’assaut le 22 août: la ville basse tombe, mais la forteresse résiste toujours. Pendant ce temps dans le Piémont, le duc de Savoie Charles III réunit une armée qui marche sur Nice pour la délivrer. Les troupes franco-turques, prises en étau entre les Piémontais et la résistance niçoise, pillent la ville, emmènent des habitants en esclavage et se replient de l’autre côté du Var. Le 8 septembre Nice est libérée: pour la première fois depuis longtemps, des armées réputées invincibles seront battues, grâce bien sûr à l’intervention de l’armée piémontaise, mais surtout par l’intrépidité d’une femme du peuple, qui a su insuffler un esprit de résistance déterminant à la population de Nice.

Mais pourquoi cette alliance entre « la fille aînée de l’Eglise » et le croissant turc, qui paraît contre nature?

Un souffle d’indépendance

Depuis le milieu du XVe siècle, le duché de Savoie et le comté de Nice sont, à leur corps défendant, sous le protectorat du royaume de France. Or Charles III de Savoie, qui cherche à s’émanciper de cette tutelle, rompt ses relations avec les Français en 1521 et il épouse à Nice la belle-sœur de Charles Quint l’adversaire de François 1er.

Plus de vingt ans après, Charles Quint occupe Milan et en février 1543 le roi de France envahit la Savoie et le Piémont jusqu’à Turin. Charles III fuit alors pour Nice avec toute sa famille. François 1er est bien résolu à prendre la ville et il s’allie avec les Turcs qui lui apportent leurs navires de guerre. En juin les armées des deux alliés feront jonction à Marseille. On recense alors cent vingt navires et vingt mille soldats du côté franco-turc et seulement trois mille hommes du côté niçois pour défendre la ville. On connaît la suite…

Mythe ou réalité?

Certains biographes comparent parfois Catarina Segurana à d’autres mythes féminins et interprêtent sa figure comme un symbole de l’idéal féminin guerrier. Ils remarquent que son nom viendrait du verbe occitan « segar » qui signifie « faucher » ou « hacher », qui rappellerait Jeanne Hachette!

On remarquera dans un premier temps que la fuite des assaillants ressemble fort à un miracle. D’ailleurs les deux dates du 15 août -assaut repoussé par notre héroïne-, et du 8 septembre -libération de Nice- sont deux fêtes en l’honneur de la Vierge Marie.

Certains universitaires, comme Angelo de Gubernatis au début du XXe s., pensent que Catarina Segurana appartiendrait au mythe de la vierge guerrière que l’on rencontre dans toutes les civilisations, comme les Amazones dans la mythologie grecque ou les Walkyries dans la mythologie germanique. Le journal « Le Petit Niçois » du 23 septembre 1902 écrit que « les romanceiros de la péninsule ibérique, les ballades des troubadours basques et provençaux, les chansons populaires du Piémont nous ont transmis les gestes de ces jeunes filles au cœur viril, qui gardent à travers les dangers et les séductions des camps, la fleur de leur virginité ». Une chanson piémontaise de Constantin Nigra publiée en 1888 dans ses Canti popolari del Piemonte évoque aussi Segurana en parlant de ce mythe.

A ceux qui contestent l’existence de Segurana du fait qu’aucun témoin oculaire n’aurait relaté ses exploits, d’autres font remarquer que lors de l’annexion de Nice et de la Savoie par la première république française en 1793, les archives municipales et religieuses ont été dispersées voire éliminées. Toutefois le nom « seguran » figure sur plusieurs registres paroissiaux du XVIe siècle.

En 1877, l’archiviste des Alpes Maritimes a publié un extrait d’un document censé dater de 1543 et relatant le fameux siège de Nice où figure le nom de Segurana: « Du côté de terre, même cannonade: les turcs et les françoys mêlés ensemble donnaient trois assaults à la brèche du bastion de la Peyrolière jusqu’au-delà de la tour des Cinq Quayre ou Quinquangle, où combattait Ségurana, et si terriblement, que sans l’aide de Dieu qui ne voulait pas laisser répandre le sang de ses fidèles par de tels chiens, il est à croire que facilement ils fussent entrés »

Le 30 août 1608, le maire de Nice, dont les parents ont vécu le siège de 1543, prononce un discours sur Catarina Segurana à la cathédrale de Nice devant des citoyens niçois qui ont connu ces événements directement ou par leurs familles. On peut donc penser que l’exploit de Segurana n’est pas dénué de tout fondement.

De plus, lors de l’annexion définitive du comté de Nice imposée par la France de Napoléon III, le nom de Catarina Segurana incarnera le symbole de la fidélité à la Maison de Savoie. Des dizaines de poèmes, de chansons, de pièces de théâtre lui sont consacrés. La « Bugadièra » est devenue, dans la mémoire collective niçoise, une figure mythique de liberté et de résistance à toute oppression.

Georges LABOUYSSE

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Hôpital, aïe, aïe, aïe!

Avr 20, 2017

Voici deux témoignages très différents sur la vie en milieu hospitalier ou en EHPAD. Nous vous les livrons tels quel, sans commentaires, bruts de décoffrage !

Tout d’abord le témoignage de Gilabert, abonné à Occitania, qui nous a écrit une longue lettre, en occitan, 6 pages !  Voici un extrait de son courrier :

Cal plan veire que lo meu testimoniatge s’apieja sus la vida a l’espital « Pelegrin » de Bordèu, l’espital de Lengon, l’espital de Cadilhac, e a l’espital de Pont del casse en Olt e Garona. Quand vèsi vòstre article « urgence à l’hôpital », sabi pas se vosautres jornalistas, avetz fach vertadièrament lo torn dels espitals, o si avetz sonque ausit los sindicalistas ! ieu i soi dempuèi quinze annadas e vesi plan çò que se pòt passar. Lo matin 6 oras trenta, arriban dins lo servici e alavetz la primièra causa que fan totes los fonccionaris es d’agafar un cafè ont las parladissas van plan. Parlan de lors problemes, cadun de sa vida, puèi van legir e ausir tot çò que s’es passat dins la nuèit. A 7 oras trenta cal balhar los remèdis als malauts, e ensajar de far los relevats. Uèch oras, cal balhar de que minjar al monde embarrats aicí. Puèi a 9 oras lor cal far la pausa sindicala, prevista dins los textes per 20 minutas. Mas eles, infirmièrs, ajuda suenhants, agent de susfacia demòran a taula fins a 10 oras. E òc son ja fatigats d’aver pas fach grand causa ! A detz oras trenta, mai d’un còp, van s’assetar dabans un fenestron e seguisson çò que se pòt passar aicí e non pas dins lo servici. I a un moment ont lor cal esser revelhat es quand lo metge passa, mas aquò dura pas pro de temps…[] Cal plan veire tanben, lo temps passat a fumar o a legir e consultar lo siá telefonet o la siá tableta pendent lo temps de trabalh. Tot aquò o cal vertadièrament veire per poder testimoniar. Avetz marcat « Aqueste jornal es vòstre » ! E ben vaquí lo meu testimoniatge sus çò que se pòt passar a l’espital. Al plaser de vos legir, al plaser de testimoniar la vertat e non pas los planhs e lo clam de qualques unes !

 

Voici maintenant le témoignage de Laetitia aide soignante dans l’Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) de St Sulpice (Tarn). C’est au cours d’une manifestation organisée le mardi 7 mars à l’appel des syndicats que notre reportrice Sophie a pu interviewer Laetitia.

Occitania : Pouvez vous nous décrire dans quelles conditions vous travaillez ?

Laetitia : Il s’agit d’un EHPAD qui accueille 82 résidents qui ne sont pas autonomes. Environ 70 personnes y travaillent : des infirmières, aides soignantes, psychologue, médecin, etc…

Occitania : Comment s’organisent vos journées de travail ?

Laetitia : Il existe des postes différents, parfois nous travaillons la journée continue, mais à d’autres moments j’ai un poste en coupé. C’est-à-dire que je commence le matin de 8h à 13h, puis je reviens le soir de 17h30 à 20h30. Ce sont des horaires particuliers qui ne facilitent pas la vie de famille !

Occitania : Mais pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Laetitia : Par vocation ! J’aime ce métier, j’aime m’occuper des personnes âgées, notamment celles atteintes de la maladie d’Alzheimer. Mais aujourd’hui il y a un décalage entre la réalité de mon travail et ce que j’imaginais. On est obligé de faire vite, c’est épuisant moralement et physiquement. Parfois les résidents ne sont pas pris en compte dans leurs besoins fondamentaux.

Occitania : C’est pour cette raison que vous manifestez aujourd’hui ?

Laetitia : oui ! Et en plus c’est la première fois que je fais grève ! A St Sulpice les conditions de travail se sont dégradées depuis que la direction a privilégié l’agrandissement de l’établissement plutôt que le personnel. Le soir nous sommes seulement trois pour s’occuper de tous les résidents, ça fait en théorie 4 minutes pour chacun ! Mais nous n’y arrivons pas, c’est impossible ! Il faut savoir qu’au coucher les résidents ressentent beaucoup d’angoisses, on n’a pas le temps de bien les accompagner. Et puis franchement j’ai souvent peur : comment faire s’il y a une urgence vitale ? Et quand je rentre chez moi ça continue à me tarauder : j’ai peur d’avoir oublié un résident !

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Magazine Occitania – Janv/Fev 2017

Mar 23, 2017

Coberta–208  Au sommaire de ce numéro :

* Recompausicion a l’esquerra (oc).

* Une campagne étonnante et détonante (économie, fr).

* Urgencias a l’espital (oc).

* Le mythe du mot république (fr).

* Lo bigal : arma de destruccuion massiva (oc)

Et comme toujours : nouvelles d’Europe, édito de David Grosclaude, l’articlòt par Bernard Vernhières, gastronomia ambe Mirelha Braç, etc…

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Urgences à l’hôpital

Fév 24, 2017

Plusieurs conflits ont concerné le domaine de la santé ces derniers mois. C’est tout d’abord la clinique de l’Ormeau à Tarbes où les conditions de travail et les rémunérations furent au centre d’un conflit particulièrement long. La grève a duré plus de deux mois ! Le personnel se plaignait notamment de ses conditions de travail et d’une « marchandisation des soins », avec les salaires les plus bas du groupe Médipôle partenaires qui possède l’établissement.

Après des négociations entre la direction et les syndicats, le personnel a obtenu une augmentation de 2,63 % des salaires et une prime annuelle pour tous de 700 euros bruts.

Sur les conditions de travail, « c’est une grande victoire, nous avons obtenu la totalité de nos revendications », s’est réjouie Aurélie Chuburu, infirmière, évoquant notamment le temps de travail de nuit, l’intégration des agents de service aux équipes soignantes, ou encore les temps de pause.

Autre situation particulièrement délicate : la maternité de Decazeville. Au mois d’octobre 2016 un dramatique accident s’est produit dans cet établissement entrainant la mort d’une femme et de son bébé. L’ARS a lancé une enquête, et a pris la décision de fermer le service dans l’attente des conclusions. Le rapport définitif a été remis, le mercredi 7 décembre au directeur de l’hôpital de Decazeville Jean-Pierre Pavone qui a ensuite informé le maire de Decazeville François Marty, également président du conseil de surveillance de l’hôpital. Il semble que de sérieux disfonctionnements ont été identifiés. Mais depuis tout ce temps la maternité est encore fermée contraignant les femmes enceintes à de longs trajets vers d’autres maternités !

Du coup, face aux menaces pesant sur l’avenir, et face à l’insécurité menaçant les futures mamans obligées de rejoindre une maternité à plus de 45 mn (depuis le 6 octobre, deux bébés sont nés aux urgences de Decazeville et quatre parturientes ont été conduites en urgence absolue par les secours jusqu’à Rodez), le collectif « Tous Ensemble » a décidé d’agir, en organisant par exemple une manifestation le 28 janvier.

C’est dans un contexte tendu que le gouvernement vient de mettre en place des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT). Selon la communication ministérielle : « c’est l’une des mesures les plus structurantes et les plus ambitieuses […] pour garantir l’accès aux soins de tous. »

En théorie chaque GHT devait être mis en place dans un territoire de santé avec des distances acceptables pour les patients et les professionnels. Dans la réalité on peut dire qu’il en va bien autrement : Albi est par exemple relié à … St Pons de Thomières (soit 95km et une bonne heure et demie de route) !!

L’idée du gouvernement est d’élaborer un projet de territoire avec des complémentarités entre hôpitaux. Les craintes du personnel sont bien évidemment les mutualisations de services.  Explication : imaginons qu’un service de l’hôpital d’Albi ne fasse pas assez d’actes (d’autant plus qu’à Albi se trouvent 2 grosses cliniques concurrentes!) et que cette même spécialité fonctionne bien à l’hôpital de Castres, conséquence : on ferme le service d’Albi ! Le personnel sera recasé  à Castres, et si un patient d’Albi veut aller dans le public pour cette spécialité il faudra qu’il aille à Castres! Bonjour le progrès! On nous dira que la qualité du soin sera meilleure car le service faisant beaucoup d’actes est plus compétent. Mais est ce bien certain ? Il ne faudrait pas confondre quantité et qualité ! La relation humaine compte aussi dans les processus de guérison, il ne faudrait pas l’oublier ! Avec cette réforme le devenir des petits établissements n’est pas rose, on va plutôt assister à une concentration au profit des grosses structures jugées plus rentables. Est-ce la mission première d’un hôpital d’être rentable? Les soins de qualité pour tous deviennent de plus en plus compromis par cette politique comptable.

Une fois de plus avec ces GHT, c’est la ruralité qui risque d’y laisser des plumes. Comment feront les personnes âgées qui ne conduisent pas ? Comment feront les personnes qui ne pourront pas payer les dépassements d’honoraires pratiqués dans les cliniques ?

Toutes ces questions restent hélas sans réponses. Les politiques de santé menées depuis Paris ont démontré leur inefficacité. Il serait temps de régionaliser ce secteur pour répondre enfin aux besoins de la population.

Jordil.

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