Magazine Occitania – Lo Cebier mai-juin 2018

Mai 31, 2018

Au sommaire du magazine Occitania : un dossier sur mai 68 avec une évocation inoubliable de Daniel Rifà, la vie d’un jeune étudiant à Toulouse en mai 1968. La cité U comme si vous y étiez!

Et puis

  • « ALE un partit europeu per portar la paraula dels pòbles » de David Grosclaude.
  • « Moins d’élu-e-s c’est plus de centralisation et plus de technocrates » d’Hervé Guerrera »
  • « Le conflit à la SNCF : privatisation ou défense d’un service public? » de S.F.
  • « Nanomaterials, pertot presents mas ambe quin risques per la santat e l’environament? » de Fernand Vedel
  • « Et si les salariés se révoltaient? » de Loïc Steffan

Et de nombreux autres articles encore!

Ne saber mai / En savoir +

Joli mois de mai 68

Mai 31, 2018

Avant

Fils d’ouvriers né en 1947 à Castres, j’ai fait mes études au lycée Jean Jaurès de la 6ème à la Terminale (Math-Elem). La proportion d’enfants d’ouvriers et d’agriculteurs est plutôt faible. Comme tous ces parents, les miens ont consenti un effort financier important pour mes études. Je leur en suis infiniment reconnaissant de ce privilège. C’était un lycée de garçons, blouse grise obligatoire pour les internes, les blue jean’s seront interdits lorsqu’ils commenceront à arriver sur le marché, les pions s’apparentaient à des gardes qui devaient faire, entre eux, des concours de nombre d’heures de colle et on faisait presque dans la culotte si on était convoqué chez les surveillants généraux. Et je ne parle pas d’aller chez le proviseur ! D’ailleurs, sa seule apparition à la sonnerie annonçant le début des cours, créait une ruée d’ensemble des élèves (« Pet, le Djo ! ») qui se mettaient illico en rang 2 par 2 devant leur classe. Silence de mort, mieux qu’à Lansdowne Road (Eire) au moment de la transformation.

La répression étant l’engrais de la rébellion, on n’était pas en reste et on avait compris la force du collectif même si la note était salée. Muette collective (bruit sourd, bouche fermée), chaise pourrie au bureau du prof pour qu’il s’achoule en s’asseyant, clous arrachés au tableau pour ne pas pouvoir pendre les cartes en histoire-géo, craies volées, chahuts organisés, chouingom chauffé sur le poêle et étiré en l’air pour que le prof prenne son visage dans cette sorte de toile d’araignée,claquements des anneaux de classeurs à la sonnerie de fin de cours et même départ en masse de la classe, … .

Les punitions collectives pleuvaient. D’ailleurs, aller en colle multipliait les (mal)chances d’en sortir avec une autre pour le jeudi suivant, le pion épiant le moindre chuchotement. Un exemple de sanction : pour avoir séché en fin d’année et en groupe une heure de Physique en Terminale un lundi de 8 à 9 h (on n’en pouvait plus du rythme de travail sachant que les horaires étaient du lundi au samedi de 8 h à 12 h et de 14 h à16 h ou 17 h mais jeudi après-midi libre sauf colle, bien sûr), le proviseur nous a tous collé un dimanche (8 h – 12 h et 13 h -18 h). Une longue quinzaine entre 4 murs.

Cette entrée en matière pour dire que la génération qui allait passer en fac avait fait sans le savoir son stage « opposition à l’autorité institutionnelle (école, armée, police, …).  D’ailleurs, il y avait eu en 1964, une journée de grève lycéenne contre le plan Fouchet sur l’Université avec piquets de grève et défilé en ville. Un des slogans était « Fouchet a-t-il perdu ces facultés ? ».

En septembre 1965, je vais à l’Université Paul Sabatier à Toulouse. Donc cité U, resto U (pas encore super U, non, mais çà viendra). Si les cours sont mixtes (quelle nouveauté) par contre dans la cité U, il y a les bâtiments pour filles et ceux pour garçons. Je rappelle qu’à cette époque, la majorité est à 21 ans. Donc on est des enfants (filles et garçons) et pas des adultes (jeunes femmes et jeunes hommes).

Les hormones aidant, le soir après le resto U,  les fauteuils et sièges du hall des bâtiments jeunes femmes sont occupés par des couples qui visiblement ne révisaient pas leurs cours (sauf, peut-être, ceux de biologie). Le veilleur de nuit, homme compréhensif et bienveillant, quittait de temps à autre son comptoir pour aller voir si le local technique fonctionnait bien (je suppose). Les couples en profitaient pour s’enfiler (dans les escaliers) et pénétrer (dans les chambres). Plus tard, le jeune homme redescendait, passait devant cet aimable veilleur qu’il saluait poliment, lequel lui souhaitait une bonne nuit réparatrice. Il était en effet interdit de monter dans les étages mais, semble-t-il, rien n’interdisait d’en descendre.

Cette comédie a duré un temps puis les étudiants se sont organisés (réunions, débats, élaboration d’un sondage sur la liberté de circulation, dépouillement, lettre au CROUS, rencontres délégués-administration, …). Bref, mon deuxième stage : comment faire bouger une administration sur un sujet apparemment immuable.

A la rentrée 1967, la libre circulation dans les bâtiments est acquise. Gros carnaval dans les couloirs pour fêter çà.

Pendant

Difficile de dire à quel moment a commencé mai 68 pour moi. Pour autant que je me souvienne, j’ai le sentiment que tout s’est mis en place relativement vite : agitation étudiante, information par la radio, discours syndicaux place du Capitole, arrêt des cours, fermeture de la fac, grève générale. L’effet de la grève fut visible rapidement : alimentations peu fournies, bureaux de tabac quasiment vidés, essence rare. Du moins à Toulouse.

L’emploi du temps était simple : le matin était affiché la liste des commissions et débats, lieu et horaire. Les thèmes fourmillaient : politique, société, art, économie, poursuite de la grève, report des examens en septembre et octobre, … . L’après-midi, AG où on reprenait les comptes rendus des commissions et débats de la veille qui avaient été imprimés et distribués à l’entrée de l’amphi. Suivaient de nombreux votes pour valider les décisions. La Gestetner chauffait ! Ça bouillonnait d’idées dans un climat enthousiaste mais sérieux, Même si certaines interventions étaient un peu délirantes. Bon, çà détendait l’amphi.

Le soir, descente en ville si des mots d’ordre avaient été lancés.

Parallèlement, des équipes de nuit patrouillaient le long de l’enceinte de la fac contre les intrusions, d’autres recueillaient des fonds pour le mouvement étudiant. Des équipes allaient dans la campagne proche chercher des légumes et autres denrées pour les redistribuer dans des quartiers comme Empalot pour soutenir les ouvriers grévistes.

Un mouvement organisé, tout de même.

Ce beau temps de mai persistant, au fil des jours, les manifestations en centre-ville ont augmenté en tension. Pas vraiment d’affrontements avec les CRS (slogan : CRS – SS) mais festival de grenades lacrymogènes. Tirées en l’air, elles retombaient à travers les branches des platanes du boulevard de Strasbourg en haut de Wilson. Le jeu consistait à ne pas les prendre sur la tête puis de les envoyer d’un coup de pied dans les égouts. Surtout ne pas les ramasser à la main car brulantes. J’ai eu ainsi la surprise de croiser le fils du chef (je connais pas les grades militaires) de la gendarmerie de Castres. Vêtu d’une blouse blanche avec une grande croix rouge dans le dos, il portait un seau d’eau bicarbonatée. On trempait le mouchoir dedans pour s’humidifier les yeux et atténuer l’effet des grenades.

Un soir, après souper, je suis allé en ville avec un copain, Joël. Arrivés à Wilson, on découvre une énorme barricade de 2 m de haut faite de pavés, de pierres, de ferrailles, qui barrait la rue Lafayette. Juste un étroit passage côté droit. Les autres rues ainsi que les boulevards de Strasbourg et Carnot étaient calmes sans CRS. Sur Wilson une foule de manifestants, peu bruyants. On a ressenti comme un malaise et on a préféré passer de l’autre côté de la barricade. La rue Lafayette est vide, jonchée de cailloux, de gros boulons et autres projectiles. Deux ou trois types font des photos dont un que je connais qui était au lycée, fils d’un charcutier à Castres. Il nous photographie. J’aime pas trop. Il me dira plus tard que les CRS lui confisqué la pellicule. J’avais raison de pas aimer.

Au fond de la rue Lafayette, vers Capitole, au niveau de la Poste, une armée noire de CRS, silencieux, immobiles. On se dirige vers Alsace-Lorraine quand une énorme clameur s’élève de l’autre côté de la barricade. Des hurlements, des coups. La charge violente des CRS qui prennent les manifestants à revers. Quelques personnes giclent du passage étroit.

En même temps, une autre clameur répond à la première. Les CRS de la poste chargent vers la barricade. On n’a pas d’autre issue que de courir vers eux et d’arriver à tourner à droite dans Alsace-Lorraine avant la marée noire. On court dans Alsace-Lorraine comme des dératés (c’est beau d’être jeune). Plus loin, on essaie d’ouvrir des portes. Fermées. Les bourgeois assurent leur tranquillité. Les CRS ne nous ont pas poursuivi ayant besoin de faire de l’exercice devant la barricade après leur longue immobilité.

On décide de rentrer à pied (pas de bus) à Rangueil en contournant la place du Capitole. Et on tombe nez à nez sur un fourgon de CRS qui, aussi sec, nous tombent dessus. Joël prend un coup de matraque sur une pommette et l’arcade. Il fléchit sous le choc. L’officier crie « Ne frappez pas ! » En face de moi, un gros moustachu (genre le beauf de Cabu, si vous voyez) gueule « Un coup, chef, juste un coup ! » La trouille m’a chopé. Le chef crie de nouveau « Ne le frappez pas !». J’ai vu beaucoup de frustration dans la moustache. Sans ménagement, ils nous font monter à l’arrière de fourgon. Je plonge carrément dedans pour éviter le coup de Ranger au cul mais il est plus rapide que moi. Moins frustré, peut-être ?

Dans le fourgon, il y a 3 ou 4 types un peu plus âgés que nous. Le fourgon démarre et remonte Alsace-Lorraine vers Esquirol. 2 ou 3 fois, il va s’arrêter pour nettoyer de petites barricades et se dégourdir les jambes et le gourdin. A l’une d’elles, ils attrapent un homme d’une trentaine d’années et le fourrent violemment dans une sorte de cage du fourgon. Il a la veste totalement déchirée et le visage en sang. Un CRS dit  «  Le salaud voulait donner un coup de pioche dans le dos de Machin. Heureusement que j’arrivais. ».

Terminus, le rempart St Etienne. On descend et on passe dans une haie d’honneur faite de CRS et de policiers. « Mains en avant tournées vers le haut ». Si elles sont sales ou calleuses, c’est que tu as jeté des pierres donc tu ramasses des coups. Logique imparable bien que sommaire. Je serre les fesses mais rien ne m’arrive. Sale temps pour les travailleurs.

On nous entasse dans une salle. On doit être une petite centaine. On ne peut pas tous s’asseoir en même temps. De temps en temps, des types en civil viennent chercher quelques gars par paquet de 2 ou 3. Avec Joël, on se met près de la porte. Un civil arrive, on lui dit qu’on est ensemble. Il nous prend. Il demande à Joël de raconter sa soirée. On s’était mis d’accord sur une petite histoire d’étudiants gentils, propres sur eux. On était allé au cinéma, puis à la sortie on rentrait à Rangueil à pied (pas de bus) quand on a été pris. Voilà, Monsieur l’Agent. Il nous ramène. La salle est enfumée. Un policier dit « Arrêtez de fumer, çà devient irrespirable, ici ». Du coup, on en profite pour en griller une mais on les économise car on n’en a pas beaucoup et on ne sait pas si ça va durer longtemps. Un peu avant l’aube, le civil revient et nous amène vers une pièce. Sur la porte, je lis DST. Un autre civil en sort et dit « Arrêtez de m’en amener, je n’ai plus de plaques photos » On refait le chemin à l’envers. Au bout de quelques pas, le civil stoppe et demande à Joël de raconter à nouveau sa soirée. Il me revient maintenant que Joël avait tendance à accrocher les mots en parlant mais ça ne m’a pas fait rire à ce moment-là. L’autre suivait sur son rapport. A la fin, il nous regardé puis : « Vous pouvez partir. Mais écoutez-moi bien. Si on vous rechope, çà va aller très mal pour vous. Compris ? ». D’ailleurs, l’année suivante, en me renseignant sur la prolongation de mon sursis à Compans-Caffarelli, je comprends vite que mon fichage me suit et que l’armée m’attend de pied ferme. Grâce à un empilement de dossiers médicaux, plutôt complaisants, j’arrive à me faire exempter lors de la sélection des 3 jours à Auch.

Il nous a escorté jusqu’à la sortie. On s’est retrouvé au petit matin dans la rue. L’air avait une odeur agréable et légère. Je pense que c’était l’odeur de la liberté. On est allé prendre un café, avec la mine d’une nuit blanche et Joël un énorme cocard. L’animation dans la rue était normale. On a pris le bus qui roulait normalement. Alsace-Lorraine était normalement nettoyée et animée. Il s’était passé quelque chose la nuit dernière ?

Après

Je suis resté quelques jours encore à Paul Sabatier. Le mouvement s’essoufflait, les étudiants quittaient la fac, l’enthousiasme retombait.

J’ai dit au concierge du tripode que j’avais réservé la chambre pour la rentrée (çà m’évitait de la vider), j’ai fait mon sac et je suis allé à Matabiau avec mon Solex prendre le train pour Castres. Ne me restait plus qu’à trouver un boulot d’été mais ce n’était pas difficile à dénicher à l’époque si on prenait ce qui se présentait (vendeur, bâtiment, fromagerie, fabrique de meubles, volaille en gros, …).

Cohn-Bendit est expulsé le 21 mai mais revient incognito en France une semaine après.

Le 29 mai, de Gaulle va discrètement à Baden-Baden (Allemagne) pour rencontrer Massu. Voir extrait du Monde du 22/05/2008 ci-dessous. Le 30 mai, il annonce qu’il ne se retirera pas (une blague circulait : Tante Yvonne se demandait si cette décision concernait aussi leur couple). Cette annonce est suivie d’une énorme manif de costard-cravate et tailleurs en soutien à Charlot avec, en tête, Malraux et Debré totalement hystériques.

La Vème République a bien tremblé mais elle s’est vite ressaisie, va ! D’ailleurs on l’a encore et elle n’a pas évolué. Bien centraliste, bien jacobine, bien nucléaire, bien policière.

Danièl Rifà, març de 2018.

 

[…] Il semble que le président de la République a rencontré des chefs militaires, parmi lesquels le général d’armée Massu, commandant les forces françaises en Allemagne, et le général de corps d’armée Beauvallet, gouverneur militaire de Metz et commandant la VIe région militaire.

Toujours selon les mêmes sources, les chefs militaires ainsi consultés ont non seulement assuré le général de Gaulle de leur loyauté, mais ils ont également précisé que l’armée garantira, le cas échéant, la sécurité des élections générales annoncées le 30 mai. En même temps, un plan prévoyant en cas d’urgence l’implantation à Verdun d’un PC opérationnel a été établi au cas où des troupes françaises ramenées d’Allemagne auraient à intervenir.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2008/05/22/de-gaulle-rencontre-massu-a-baden-baden_1048083_1004868.html#2oa8h77Y29a03YcH.99

 

Le Monde-2 du 22/05/2008

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Magazine Occitania – Lo Cebier

Mar 24, 2018

Avec au sommaire un grand nombre d’articles en français et en occitan :

Nouvelles d’Europe.

Corse : un message de fermeture.

Les alsaciens se prennent en main!

Urgéncia de la transicion agroecologica.

Accueillons les migrants!

Macronades.

Television : los occitanistas s’estripan!

Toulouse, capitale des Wisigoths.

Al musèu « Te papa ».

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Non à une Ecole du désastre.

Mar 17, 2018

Les projets gouvernementaux – réformes des programmes en lycée, du Baccalauréat et de l’entrée à l’Université…- s’accumulent. Des mesures parfois positives sont prises mais restent ponctuelles, sans incidence majeure sur l’édifice ou désamorcées par d’autres: dédoublement des publics en primaire dans les établissements en difficulté, instauration de chorales, promotion de l’oral…
Face à ce que beaucoup considèrent comme une « stratégie du choc » délibérée, il importe de répondre de manière solidaire et constructive, pour une authentique promotion des services publics d’éducation et de recherche .
Pour une politique éducative inclusive
La crise du système éducatif s’inscrit dans un contexte plus large de crise (géo)-politique –celle du système démocratique- et au-delà civilisationnelle –celle du monde occidental régi sur un modèle néolibéral. Elle se traduit notamment par les phénomènes suivants : l’accroissement inquiétant des inégalités scolaires et universitaires, notamment au détriment des quartiers populaires et du monde de l’immigration , une gestion souvent technocratique des institutions, une perte d’intégrité intellectuelle et morale de l’Université et du monde enseignant, pris dans les nasses d’une gestion autoritaire et d’une violence juvénile réactionnelle (dans le secondaire).
D’une manière générale, le système scolaro-social est à bout de souffle et donne des signes d’engrenage, avec d’une part une communauté nationale d’origine qui vit souvent dans l’entre-soi et de l’autre des quartiers populaires et des établissements ghettoïsés . Ce système élitiste et discriminant est en grande partie responsable de la montée dangereuse d’un populisme réactionnaire et xénophobe, ainsi que du radicalisme religieux et du complotisme.
La société civile, grâce à des acteurs culturels et éducatifs relayés par des médias indépendants, travaille à sortir de ces clivages intercommunautaires et à faire de l’Ecole inclusive une réalité. Il reste également à résorber le hiatus interne au monde enseignant, manifesté lors de la réforme des collèges, signe de faiblesse dont profitent les pouvoirs publics. En complément des courants pédagogique et issu des neurosciences, une troisième voie est de valoriser diversité culturelle et interculturalité, d’origine et de genre, comme principes d’une politique éducative anthropologique et dialogique. Comme bases d’une formation à une citoyenneté et à une laïcité inclusives, par là même plus solidaires. L’enseignement des langues régionales y trouverait une juste place dans le dispositif.

Préconisations
-favoriser la mixité sociale à l’Ecole
-promouvoir l’enseignement des langues régionales (occitan) et de l’arabe
-Valoriser des éléments moins connus du programme d’histoire (sur les empires africains, l’esclavage, de l’Islam….), la littérature francophone et du monde, l’enseignement moral et civique sous ces aspects, la culture de l’oralité
-Comparer les programmes d’espagnol, d’anglais et de français en matière d’interculturel
– Valoriser la méthodologie comparative et contrastive en pédagogie et dans les disciplines: littérature et philosophie comparées, géo-politique comparative (en SES)…
– Faire connaître les enseignements de langue et de culture d’origine (Elco) et l’évolution de ce secteur
– Promouvoir la fête de la francophonie (le 20 mars), les projets d’établissement et de classe à partir de festivals culturels, les jumelages Nord-Sud…
-A l’image des campagnes pour l’égalité garçon-fille et pour l’inclusion du handicap, alimenter le dialogue des cultures d’origine, en étayant les concepts d’ «intersectionnalité» (ou solidarité inter-catégorielle face aux stéréotypes et discriminations de diverses natures) d’«équité» (c’est-à-dire d’égalité en droits pour des publics différenciés), d’«éducation à la paix», de «fraternité» 3e pilier républicain en réserve

Face au capitalisme cognitif, promouvons le rééquilibrage des relations interdisciplinaires

La réforme des lycées s’inscrit dans une logique d’harmonisation européenne des systèmes éducatifs, similaire à celui du supérieur lancé par le processus de Bologne en 1999. Or, le contexte de référence est celui d’une « économie de la connaissance » (ou capitalisme cognitif) qui instrumentalise la révolution numérique et qui, à ce stade spéculatif du développement socio-économique, discrimine savoirs et cultures en fonction de leur degré de rentabilité et de compétitivité. Technoscience et économicisme sont renforcés au détriment des sciences humaines et sociales (SHS), et du champ des LLA (Lettres, langues et arts), dont font partie les langues régionales. Raisons pour laquelle le courant anti-pédagogique et anti-intellectuel est aussi virulent cela au nom du « simple bon sens » et en l’absence de réponse argumentée des ESPE, raison pour laquelle est unilatérale la démarche de promotion des mathématiques , et des neurosciences (sciences cognitives issues de la biologie) dans le Conseil d’orientation de l’Education nationale . Pendant qu’un tronc commun interdisciplinaire est créé en informatique (« humanités numériques »), en SES, les sciences sociales seraient, quant à elles, séparées de l’enseignement de l’économie, jugé prioritaire . Quant aux enseignements linguistiques, ils pâtissent depuis une décennie de l’austérité budgétaire, qui a entrainé la baisse des horaires et la fin des options langues vivantes 3 en lycée. Comme les langues régionales et l’arabe, russe, italien, portugais…sont désormais des disciplines rares. Les départements universitaires de langues anciennes périclitent dangereusement. La disparition des filières risque de marginaliser davantage encore les enseignements littéraires, ceux de la filière L. Face à un tel bilan, les démissions se succèdent à la tête du Conseil supérieur des programmes, institution indépendante du ministère et dont l’avenir est compromis .
Préconisations
– Pour une législation qui protège les savoirs disciplinaires comme biens publics et éléments du patrimoine de l’humanité. Défense des disciplines minoritaires et rares, et de la recherche fondamentale
-Relations sciences/LLA-SHS-langues régionales/occitan: pour un rééquilibrage interdisciplinaire, en matière de politique éducative et de professionnalisation

La démocratisation de l’Education nationale condition de sa refondation. Cas du monde enseignant et des publics scolaires
Dans un contexte marqué par la « guerre contre le terrorisme » et la banalisation de l’état d‘urgence, la progression de l’autoritarisme administratif, celui des corps intermédiaires, est notable . À une gestion brutale de personnels hautement qualifiés, s’ajoute trop souvent également un mépris de la représentation syndicale, qui va jusqu’à l’intervention ministérielle dans une formation syndicale . La promulgation de la loi Sécurité intérieure le 30 octobre 2017 parachève ce dispositif : des fonctionnaires pourront être radié·e·s sans autre forme de procès, au motif que leur comportement ne serait pas compatible avec leurs fonctions. Le régime policier qu’inaugure cette loi correspond dans les faits à des éléments programmatiques de l’extrême droite.
L’absence de démocratisation de la gouvernance de l’Education Nationale et de promotion de ses ressources humaines est l’une des raisons du semi-échec de sa refondation (loi d’orientation et de programmation de 2013) . Dans le même temps, remise en cause des libertés académiques et censure sont menées à l’Université, singulièrement dans le champ des sciences humaines et sociales sur les sujets controversés –sur le racisme d’Etat, sur l’islamophobie, l’intersectionnalité…- . Les pouvoirs régaliens (les forces de l’ordre) ont été accrus d’une manière significative dans la même période : ces politiques institutionnelles participent du déséquilibre du pays et de l’affaiblissement de l’Etat de droit.
En l’absence de véritable remédiation aux discriminations liées aux origines et aux décrochages scolaires qui en résultent, au chômage de masse pour les jeunes, à la montée de l’extrême-droite dans l’électorat, incivilités et faits de violence de la part d’élèves se manifestent de manière toujours plus prégnante, singulièrement dans le secondaire. Ce phénomène ne peut qu’être renforcé avec les nouvelles modalités d’accès à l’Université (avec les fameux «attendus» et la plateforme Parcoursup), qui introduisent une sectorisation territoriale et une sélection dont les publics d’origine populaire paieraient le prix fort.
Préconisations
– une campagne unitaire pour la défense/promotion des métiers de l‘éducation, qui serait source de remobilisation pour les professionnels et pour l’opinion publique, sur des objectifs démocratiques et de paix civile (refus des violences administratives et sociétales)
– le renforcement des prérogatives de la Délégation ministérielle à la prévention de la violence scolaire, de la Médiation de l’Education nationale, qui doivent collaborer avec les syndicats, l’Autonome de Solidarité (sur le modèle réussi de la campagne contre le harcèlement entre élèves)
– Une orientation des lycéens et étudiants qui respecte leur droit à suivre des études en fonction de leurs vœux, et non pas en fonction des besoins des marchés et des budgets ministériels
Pour conclure, pour paraphraser l’intitulé d’un essai inspirant, c’est d’une « Ecole du désastre » que la « stratégie du choc » employée risque bel et bien d’accoucher. Désastre sur le plan des programmes et des méthodes d’enseignement, de l’orientation des publics et de la gestion des personnels…Désastre camouflé par des mesures parfois positives mais ponctuelles, sans incidence majeure sur l’édifice ou désamorcées par d’autres: dédoublement des publics en primaire dans les établissements en difficulté, instauration de chorales, promotion de l’oral… Cette « réaction sur toute la ligne » , qui s’appuie sur les limites et erreurs de la mandature précédente ainsi que sur la désorientation de l’opinion, ne pourra être endiguée sans une convergence de vues et une collaboration entre différents acteurs éducatifs, qu’ils soient pédagogues, didacticiens, spécialistes de disciplines, de l’interculturalité et des neurosciences. Seule une alternative programmatique de cet ordre sera en mesure de remobiliser l’opinion et les professionnels dans un sens progressiste, celui d’une culture scolaire et républicaine rééquilibrée et régénérée . En dépend bien sûr l’avenir de l’enseignement des langues régionales, dont l’occitan.
Martine BOUDET.

Notes :
-1- Martine Boudet, Le système éducatif à l’heure de la société de la connaissance (Coord, PUM, 2014)
http://pum.univ-tlse2.fr/~Le-systeme-educatif-a-l-heure-de~.htm
-2- 1er appel de la Coordination nationale de l’éducation/CNE, à l’initiative des organisations et associations suivantes : CGT-Ferc, FO Fnec FP, FSU, SGL, Solidaires étudiant.e.s, SUD éducation, UNEF, UNL, UNEL SD, ASES, FCPE, Sauvons l’Université ! (27 janvier 2018) http://www.sauvonsluniversite.fr/spip.php?article8028
-3- 13e rapport sur les inégalités entre les enfants des pays riches, réalisé par Innocenti pour l’Unicef (avril 2016)
https://www.la-croix.com/Famille/Education/Inegalites-entre-enfants-France-pointee-doigt-Unicef-2016-04-14-1200753311
« En matière d’égalité dans l’éducation, la France se situe au 35e rang, c’est-à-dire à deux places du dernier. Notre système éducatif est l’un des mieux lotis dans le monde, mais il semble très moyennement performant. La politique de l’éducation en France doit être plus ciblée sur les enfants en échec scolaire. D’une manière générale, le rapport montre que les politiques publiques françaises laissent de côté les plus vulnérables, en ne prenant pas en compte les spécificités de ces populations. »
Aude Martin, « Réussite scolaire et équité ne vont pas toujours de pair »(Alternatives économiques, 13/02/2018)
https://www.alternatives-economiques.fr/reussite-scolaire-equite-ne-toujours-de-pair/00083180
« La France est championne des inégalités scolaires. « Les élèves issus des milieux les plus défavorisés en France ont quatre fois plus de chances que les autres d’être parmi les élèves en difficulté (contre trois fois en moyenne dans l’OCDE) » indiquait l’OCDE dans la dernière édition de sa fameuse enquête (Pisa), publié en décembre 2015.
-4- Aurélie Gascon, « Luc Ferry, les quartiers pourris, leurs 98 nationalités et nous sur le terrain » (Bondyblog) http://www.bondyblog.fr/201711220842/luc-ferry-les-quartiers-pourris-leurs-98-nationalites-et-nous-sur-le-terrain/#.WhUtGZfjI0M

-5- Loi d’orientation pour la refondation de l’Ecole de la République (2013). Article 1er du Code de l’Education.

-6- Parmi les institutions et associations qui traitent ces questions, toutes assez marginalisées, il y a la revue Diversité-CANOPE, le réseau de lutte contre les discriminations (IFé-ENS de Lyon), le réseau international Education et Diversité/RIED, l’ISCRA, l’IRFAM (Belgique), le réseau didactique du FLE-FLS….

-7- Catherine Chabrun, Questions de classe(s), « Un ministre en marche arrière »
https://www.questionsdeclasses.org/?Un-ministre-en-marche-arriere
A l’opposé :
Jean-Paul Brighelli « Et maintenant, la formation des maîtres » Valeurs actuelles, 15 février 2018
http://www.valeursactuelles.com/societe/et-maintenant-la-formation-des-maitres-93290

-8- Cédric Villani et Charles Torossian, « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques » (rapport, février 2017)
-9- Nommé à la tête du nouveau Conseil scientifique de l’éducation nationale, le spécialiste des sciences cognitives et professeur au Collège de France, Stanislas Dehaene a un credo réducteur: « enseigner est une science ».
http://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/01/09/stanislas-dehaene-des-neurosciences-aux-sciences-de-l-education_5239132_1650684.html#HhMgE2Z7JgAlVdd3.99

« Ecole : l’utilisation des neurosciences interroge des enseignants », (Le Monde, 15 01 2018)
http://mobile.lemonde.fr/education/article/2018/01/15/neurosciences-leur-utilisation-politique-interroge-des-enseignants_5241823_1473685.htm

-10- Stéphane Beaud et Thomas Piketty , « Eloge des sciences économiques et sociales » ( Alternatives économiques, 13 février 2018), http://www.sauvonsluniversite.fr/spip.php?article8101
Philippe Watrelot, « Les cinq malédictions des SES » http://philippe-watrelot.blogspot.fr/2018/02/les-cinq-maledictions-des-ses_11.html
-11- Après celle du président Michel Lusson, celle de la vice-présidente Sylvie Plane a donné lieu à ces articles :
http://www.liberation.fr/france/2018/02/04/education-nationale-le-conseil-superieur-des-programmes-a-ete-depossede-de-ses-missions_1627450
http://www.liberation.fr/france/2018/02/04/le-conseil-superieur-des-programmes-a-ete-depossede-de-ses-missions-denonce-son-ex-vice-presidente_1627403
-12- Debarbieux Eric, Ne tirez pas sur l’école !… Réformez-la vraiment (Armand Colin, 2017)
http://www.armand-colin.com/ne-tirez-pas-sur-lecole-reformez-la-vraiment-9782200620042
https://alerteconditionenseignante.wordpress.com/2018/02/07/eric-debarbieux-ne-tirez-pas-sur-lecole/

-13- Dossier sur l’affaire du stage de Sud Education 93 et le ministre Blanquer (Questions de classes) http://www.questionsdeclasses.org/?Dossier-sur-l-affaire-du-stage-de-Sud-educ-93-et-le-Ministre-Blanquer

-14- Blog collégial https://alerteconditionenseignante.wordpress.com/
https://alerteconditionenseignante.wordpress.com/2017/12/01/alerte-defense-de-la-condition-enseignante-et-des-professionnels-de-leducation-nationale/

-15- Jérôme Valluy, « Libertés académiques bafouées, il faut réagir » (octobre 2017)
https://blogs.attac.org/commission-enseignement-recherche/article/libertes-academiques-bafouees-il-faut-reagir

-16- Klein Naomi, La stratégie du choc ou la montée d’un capitalisme du désastre, Actes Sud, 2008

-17- Grégory Chambat, L’École des réac-publicains -La « Pédagogie noire » du FN et des néo-conservateurs-(Libertalia, 2016).
Voir cette démarche unitaire à l’initiative du SNUIPP, pour la défense de toutes les sciences de l’éducation:
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2017/11/24112017Article636471050766421253.aspx
Le Snuipp lance un appel pour que le ministère soutienne toute la recherche
« Il y a un parti pris du ministre en faveur des neurosciences. On sait qu’elles sont importantes mais on n’a pas affaire à des cerveaux de laboratoire mais à des enfants vivants ». A l’issue d’un colloque sur la difficulté d’enseigner, le 23 novembre, Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp, annonce le lancement d’un appel à diffuser toute la recherche dans la formation continue des enseignants. Une cinquantaine de chercheurs soutiennent l’appel, par exemple E. Gentaz, B. Cyrulnik, M. Duru Bellat. R. Goigoux ou P. Meirieu.
« C’est pourquoi on réalise un appel déjà signé par 55 chercheurs pour dire qu’on a besoin de toute la recherche pour progresser. C’est comme cela que l’école va avancer ».
Pour F Popineau, des courants ne sont pas assez reconnus, « ceux qui sont traités de pédagogistes », alors « qu’ils apportent des choses importantes en terme de didactique ou de réflexion sur le métier »

Le texte appelle le ministère à « développer et diffuser la recherche dans tous les domaines intéressant l’école par le biais de la formation… pour construire une école capable de réduire les inégalités ».

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Corsega, França e Occitània

Jan 8, 2018

Superba victòria dels « naciòs » còrsas, ambe mai de 56% de las voses a las eleccions territorialas del 10 de decembre passat. Aquel escòre remirable lor balha una confortabla majoritat dins la novèla collectivitat unenca que prendrà la plaça de l’anciana region (CTC) e dels dos ancians despartaments. La temptativa d’implantacion de La Republica En Marcha faguèt fogassa ambe a pena 12,6%, un escòre identic a la dreita Los Republicans que fan tanben 12,6%. Fin finala l’opausicion mai consistenta serà la dels regionalistas de dreita qu’obtenguèron un pauc mai de 18%.
Causa novèla : tre la resulta coneguda, lo primièr ministre Edouard Philippe telefonèt a Gilles Simeoni lo futur president de la collectivitat per lo felicitar, e li dire que lo govern èra prest a discutar. Mas discutar de qué ? Es aquí la question ! L’isla de beautat es acarada a un fais de problèmas que van d’una pauretat fòrta, a una pression toristica e imobilièra que va crescendò. Los autonomistas e nacionalistas còrses avián clarament marcat dins lor programa la co-oficialitat de la lenga còrsa, la negociacion sus un estatut d’autonomia, la question dels presoniers politic… Aprep l’eleccion de 3 deputats nacionalistas al mes de junh, la resulta del 10 de decembre confirma la volontat del pòple còrse de cambiar las causas. Jamai los nacionalistas son estats dins una posicion tan fòrta per negociar. Mas mèfi : París demòra París ! Lo president, lo govern, e los mediàs parisencs son dins una autra logica : per eles França es una super poténcia que vòl jogar un ròlte dels bèls sus l’empont internacional. Per eles Corsega es pas qu’una pichona region demest las autras, ensajaràn de minimisar al maximum la portada d’aquelas eleccions… Sustot vòlon gardar la constitucion, e lo sistème jacobin centralisat que noirís de longa la supremacia parisenca…
E d’aquel temps qué pensa lo pòble de l’exagòne ? De tot aquò, lo francés mejan se’n trufa ! La politica passiona pas mai. Doas explicas a mon vejaire : d’un costat la fin de l’utopia marxista que porgissiá una vertadièra cresença, un esper cap a una societat egalitaria. Las nombrosas decepcions cap a l’esquerra fan que lo « pòble d’esquerra » s’es evaporat. D’un autre costat las afars de corupcion an acabat de desgostar lo monde. Cossí creire encara un politician ? Resulta : l’abstencion puja regularament, illustrant lo desinteres per la causa publica. En mai aquel « desencantament » a una autra consequéncia : la societat se redusís a l’aglomeracion de personas, e las personas se limitan a esser d’agents economics. Aquela vision assimila la societat a una « maquina » freja, sens ama. Pas estonant se per la pilotar los electors causisson doncas de tecninians, capables de reglar coma cal los mecanismes de la societat. Aital Macron apareis coma un « super tecnician » que mestreja melhor que los autres los roages de la CSG, de las cotisacions socialas, de la finança, eca… Es un pauc mercés a n’aquò qu’es estat elegit.
Los còrses eles, son pas dins aquesta androna. An saput se ramosar per portar un projecte que balha un sens a la collectivitat, que reafirma l’existéncia d’un pòble, de sa cultura, que federa las energias e que parla a totas las generacions. E nosautres occitans : ont ne sem del projecte nòstre? Se deviái qualificar la societat occitana uèi, parlarai de societat « explosada » ! En Occitània, l’esperit de cloquièr es de mal trespassar ! Alara qu’es me sembla sa mission primièra, lo Partit Occitan a pas prepausat d’organisacion territoriala clara, precisa e seriosa pel país. Resulta : los occitanistas subisson las decisions dels autres sens jamai prepausar res. Nos condemnan aital a demorar de romegaires per las batestas de reire garda. Aprep las disputas sul nom de la region « Occitanie », aprenem ara que la region PACA se va apelar « Sud » ! Me demandi se los niçarts que vòlian pas del nom de Provença seràn contents ?! La federacion provençala del partit occitan reagiguèt fòrt logicament, veirem se l’est occitan capita a se mobilisar, a far calar sas divergéncias, per obtener un nom digne e portaire d’esper.
Vos poriai tanben parlar de las calandretas qu’ensajan de negociar lo manten dels emplecs ajudats de lor costat, mentre que los ensenhaires del public peticionejan contra la manca de pòstes, e que d’autres manifestan per mai d’occitan a la tele ! Vesetz : los occitans son plan empetagats coma los franceses dins aquela logica mecanista. Nos manca encara un suplement d’ama per qu’un pòble occitan se lève !
Jordil

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1917 / 2017 : Lo « camin de las damas »

Jan 8, 2018

Lo centenari de la batalha del Camin de las Damas : lo camin de la mòrt es devengut un camin de memòria

Las commemoracions del centenari de la primièra guèrra mondiala nos remembran lo chaple monstruós que faguèt prèp de dètz milions de mòrts entre los combatents e encara mai de nafrats e de mutilats, venguts de totes los continents. Gaireben cada familha francesa es estada tocada, de tot biais, per la Granda Guèrra de 1914-1918. Entre los grands camps de batalha de la guèrra, lo del Camin de las Damas (CD), en 1917, se trapa plan sovent al rèireplan dins los libres d’escòla. S’agís d’un episòdi solombrós de l’istòria de França que fa pas encara partida de la memòria collectiva, alara que vegèt, dins de condicions afrosas, combatre e morir un grand nombre de « peluts », dont dos aujòls meus.

Situacion del CD

Lo CD es una linha d’acrin entre la valada d’Aisne e la valada d’Ailette dins lo departament d’Aisne. Sa situacion e sas peirièras sosterranhas, nomenadas « creutes » en dialècte picard, ne fan una fortalesa vertadièra. Al long dels sègles, aquela linha d’acrin d’un trentenat de quilomètres, orientada d’èst a oèst, foguèt lo luòc de mantun eveniments. En 57 abans JC, las legions de Juli Cesar i afrontèron 100 000 galléses. En 437, nasquèt a Cerny-en-Laonnois, Remesi, futur evesque de Reims que batejèt Clovis lo rei dels Francs, los barbars que faguèron plegar lo reiaume visigòt de Tolosa. En 1429, Joana d’Arc e lo rei Carles VII èran a Corbeny après lo sacre. En 1784, lo nom mitic de Camin de las Damas, foguèt donat a la via que las filhas del rei Loïs XV prenián per anar visitar Madama de Narbona al castel de la Bôve, prèp de Vauclair. En 1814, Napoleon ganhèt sa darrièra batalha a Craonne contra Russas e Prussians. En setembre de 1914, après la batalha de Marna, los alemands reculèran fins a aquelas nautors tresplombant las doas valadas. Tenguèron tot lo CD exceptat lo sector enrodant la bòria de la granda creute que conquistèron lo 25.01.1915. Las tropas alemandas occupèron la granda peirièra, que serviguèt a l’Edat Mejana per bastir l’abadiá de Vauclair, e l’agençèron pendent dos ans e mièg amb punt d’aiga, pòst de secors, capèla, grop electrogèn, cosinas. Alara que l’intrada de la peirièra èra del costat sud, fàcia als soldats franceses, los ocupants trauquèron un tunèl del costat nòrd, cap a la valada d’Ailette, per s’assegurar d’un avitalhament permanent. La granda creute nomenada la « Drachenhöhle » pels alemands, devenguèt « la Cavèrna del Dragon » pels peluts de 1917 (1).

La batalha del CD

A la debuta de 1917, lo novèl cap de las armadas francesas, Nivelle, creguèt poder trencar lo front per una granda ofensiva. Un milion d’òmes, mantun milièrs de tonas de material, de centenas de canons, de desenas de balons d’observacion, de milièrs de cavals, foguèron amolonats a la debuta d’abrial al sud del CD. Amb aquel bolegadis gigant, lo plan d’ataca escapèt pas als alemands. Lo 16.04.1917, los peluts se lancejèron a l’assaut, quitant las trencadas per s’arrapar cap al CD, dins lo freg, la pluèja-nèu e jol fuòc de las mitralhièras alemandas a l’abric dins las creutes. Al ser del 16 d’abrial, l’escac foguèt terrible amb de perdas espantosas, alara que sul platèu, la primièra linha alemanda èra totjorn en plaça. L’ofensiva francesa reprenguèt a la debuta de mai de 1917: cada mètre carrat al torn de Craona (Craonne) foguèt l’objècte de combats terribles, e lo platèu de California (nòrd de Craona) pleguèt jos l’orror d’un deluvi d’artilhariá, de combats murtrièrs de còrs a còrs e a la granada. Craona, « aquò’s Verdun, mas en pièjer », escriviá alara Albert Londres. Del 16.04 al 10.05.1917, jol comandament de Nivelle, las pèrdas francesas atengèron 271 000 soldats tuats, nafrats, desapareguts e presonièrs (2). Pendent l’ofensiva, 30 milions d’obuses (533/ha) foguèron tirats, contaminant lo jos-sòl per de sègles. L’escac de l’ofensiva provoquèt dins lo sen de l’armada francesa un grand movement de « motinarias ». Fàcia al desastre, lo 15.05.1917, los politics remplacèron Nivelle per Petain, que practiquèt una repression sevèra: 400 soldats condemnats a mòrt e 27 fusilhats. La batalha del CD s’acabèt après la conquista de la Cavèrna del Dragon lo 25.06 e la del « Fòrt de la Malmaison » lo 23.10.1917.

La canson de Craona

Lo centenari de la Granda Guèrra, foguèt l’ocasion de descobrir dins quinas condicions, mon grand oncle Francés (fraire de ma grand mairala) e mon oncle Abèl (l’ainat de mon paire), joves agricultors del Segala d’Avairon, perdèron la vida à Craona en 1917. Francés aviá 24 ans quand foguèt tuat lo 3.05.1917, dins lo « bosc de Beau Marais » al sud de Craona, alara qu’Abèl desapareguèt a 22 ans, lo 9.05.1917 sul platèu de California, amb 79 autres peluts (3, 4). L’estiu passat, mon esposa e ièu anèrem sul CD per un omenatge a totes los soldats qu’i perdèron la vida. S’agís d’una tèrra de memòria tresviranta amb mantun cementèris militars dels milièrats de tombas cadun, (coma lo de Pontavert ont se troba la tomba de Francés), perfèctament alinhadas e entretengudas, una granda diversitat de monuments, mantuna traças de traucs d’obuses e de trencadas a l’airal del vièlh Craona e sul platèu de California. La Cavèrna del Dragon es devenguda lo Musèu del CD qu’es estat reagençat e agrandit per la commemoracion del centenari lo 16.04.2017, pel President Hollande, primièr cap d’Estat francés a venir sul CD per una celebracion.
Lo remembre de la batalha del CD de 1917 es estat perpetuat per la canson de Craona del refranh celèbre:
« Adieu la vida, adieu l’amor, adieu totas las dònas,
Es plan finit, es per totjorn d’aquela guèrra infama,
Es a Craona sul platèu, que cal daissar sa pèl,
Que sèm totes condemnats, sèm los sacrificats »
Compausada en 1915, la canson prenguèt lo nom de canson de Craona après l’escac de l’ofensiva Nivelle, en 1917. Foeteja politics, caps militars e rics qu’amodèron la guèrra, tanlèu Joan Jaurès assassinat. Longtemps interdita, foguèt cantada pel primièr còp pendent una ceremonia oficiala, lo 16.04.2017 sul CD, en preséncia del President.

La Der de las Der…

Mon grand mairal, Joan Peire, agricultor del Segala el tanben, pelut de Verdun d’agost a decembre de 1916, tot còp cantava la canson de Craona e contava un pauc de sa guèrra a sos felens. Sortiguèt miraculosament vivent de la batalha de Verdun, e çò pus important de sa vidassa dins las trencadas foguèt l’amistat entre peluts occitans, agricultors e vinhairons. La Granda Guèrra menèt al grand chaple dels païsans; aital, entre los 15 000 roergats mòrts (10 per jorn) entre 1914 et 1918, 9 271 èran païsans (5).
Pels subrevivents coma mon grand, lor guèrra deviá èsser la « Der de las Der »; ailàs, dempuèi cent ans, es estada seguida per un fum de conflictes un pauc pertot dins lo mond, dels mejans de destruccion totjorn pus poderoses, podent anar dusca suprimir tota vida umana sus Tèrra.
Dempuèi mai de setanta ans, ça que la, l’Union Europenca nos a aparats de la guèrra entre païses europencs, mas ara, se deu implicar al pus lèu, per encabestrar lo nacionalisme encara viu dels vièlh Estats coma Espanha, que uèi refusa democracia e libertat al pòble catalan.

Fernand Vedel
Referencias
(1) La Caverne du Dragon-Musée du Chemin des Dames: www.caverne-du-dragon.fr
(2) S. Audoin-Rouzeau et A. Becker (2013), 1917, l’année terrible. La Grande Guerre 1914-1918, Découvertes Gallimard (Histoire, 357).
(3) Libre d’aur dels soldats de la primièra guèrra mondiala, mòrts per França. Archius del Departament d’Avairon (Rodés).
(4) Mémoire des Hommes, Journaux des Marches et Opérations, 26N605/13 pour le 32 ème RI (extrait du 01.01 au 30.06.1917); 26N770/3 pour le 413 ème RI (extrait du 01.01 au 08.07.1917).
(5) Garric Y. (2014), « 10 par jour », film de 1h35, Association Mondes et Multitudes (Conques).

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Catalogne / Espagne : le bras de fer continue

Jan 8, 2018

La victoire des partis indépendantistes aux dernières élections en Catalogne indique que rien n’est réglé. Le gouvernement Rajoy a une lourde responsabilité dans cette crise. Il n’a pas hésité à brandir l’article 155 de la Constitution pour suspendre l’autonomie. Il semblerait bien que le premier ministre, en hystérisant la crise catalane, soit en train de détruire l’ensemble de la société espagnole et aussi de fragiliser l’Europe. Les réactions des exécutifs européens ont été bien timides. L’économie espagnole ressent déjà le contrecoup de cette décision. Depuis quelques années, chaque demande d’autonomie ou d’avancée dans les statuts de la Generalitat de Catalunya a été rejetée par le gouvernement central. Une forme d’autisme qui a rendu le dialogue presque impossible et amène le renforcement du sentiment d’identité catalane. Celle-ci est légitime et s’ancre dans l’histoire de cette région depuis au moins le Xe siècle. La langue n’est pas un dialecte ni une sous-langue. C’est une langue romane qui a connu ses heures de gloire dès le Xe siècle, alors que le français balbutiait encore. Le référendum d’indépendance de la Catalogne a donné lieu à des publications « surprenantes » en France lorsqu’on connaît a minima les régionalismes et leur histoire. Je ne compte plus les publications à charge. Étonnant de voir des intellectuels accepter comme un seul homme l’argument un peu court que cette volonté d’indépendance ne serait dictée que par un égoïsme fiscal et économique. Que le référendum ne serait qu’une consultation illégale. Chez nous, la parole est donnée aux opposants au référendum mais jamais aux 600 auteurs de langue catalane qui ont signé un manifeste. En France, les Français semblent ignorer la Catalogne. Seule l’Espagne existe. Essentiellement comme lieu de villégiature pour nos vacances. Dans un pays de tradition jacobine, il est difficile de concevoir que les Corts catalanes existent depuis le XIIème siècle et qu’ils perdureront jusqu’au XVIIIème. La langue a survécu à la répression voulue par Franco. La structure régionale renaîtra plusieurs fois au XXème siècle et fonctionne normalement depuis les institutions mises en place en 1980 après la fin de la dictature franquiste en 1977. L’impasse actuelle vient de l’intransigeance de Madrid depuis 2010.

Revenons rapidement sur les événements récents
Depuis le 27 octobre, la Catalogne a proclamé son indépendance. Carles Puigdemont est en exil à Bruxelles alors qu’une partie des dirigeants catalans sont emprisonnés. C’est la conséquence du référendum du 1 octobre (90 % de oui avec 43 % de participation). Il a été fortement perturbé par le gouvernement central et a été jugé illégal par le tribunal constitutionnel espagnol basé à Madrid, alors qu’il est légal selon la loi catalane. Alors que la Constitution est l’argument central du gouvernement Rajoy contre le mouvement indépendantiste, nombre de commentateurs omettent de dire que cette même Constitution précise explicitement ceci : « La Constitution est fondée sur l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols. Elle reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre elles. » Ce référendum avait été décidé le 6 septembre 2017. Le roi a parlé de trahison des responsables catalans. La crise est ancienne. En 2006, les parlements catalan et espagnol réussissent à s’accorder sur un nouveau statut d’autonomie de la Catalogne pour remplacer celui de 1980. Après quarante ans de dictature franquiste, ce dernier avait permis de rétablir la Généralité – nom de l’entité politique catalane – qui avait existé de 1932 à 1939. Mais en 2010, le Tribunal constitutionnel invalide 14 des 223 articles du nouveau statut. Au nom de « l’indissoluble unité » de l’Espagne, les juges refusent que l’expression de « nation catalane » y soit inscrite et que le catalan devienne la langue de référence de l’administration. Ce fut le début de la crispation. Après cette décision, vécue par beaucoup de Catalans comme une humiliation, les revendications pour un « droit à décider » se multiplient et l’idée d’un référendum s’impose dans l’opinion publique. Nous sommes donc au bout d’un processus qui n’est pas un égoïsme des élites catalanes, comme nous le disent les médias français.
La situation est préoccupante de manière générale en Espagne
Elpido Silva, ancien juge de la 9ème chambre d’instruction de Madrid, dénonce le « coup d’Etat » de Madrid et appelle à rien de moins que la dissolution du Partido Popular (PP) ainsi qu’à l’incarcération de ses dirigeants. Il explique que la dérive du pouvoir espagnol est telle que ce n’est pas la Catalogne, mais toute l’Espagne qui s’effrite, non pas sous les coups de boutoir des indépendantismes, mais du fait de la corruption. Le système ne tiendrait désormais plus que par le retour d’un autoritarisme d’un autre temps. Désormais avocat, puisqu’il dit avoir été forcé à renoncer à ses fonctions, il affirme que c’est le gouvernement de Mariano Rajoy qui est sorti de la légalité. Il précise que les élus catalans emprisonnés le sont sur des bases non motivées. Si Elpidio Silva a raison, l’Espagne est aux portes de la dictature. C’est pourquoi je m’étonne de l’unanimité de la presse. Il me revient à l’esprit une réflexion. L’unanimité invalide la sentence. Elle est le procédé des totalitarismes les plus fous. En France, le régionalisme a le tort de poser la question de l’identité. Débat difficile depuis que Nicolas Sarkozy a instrumentalisé cette thématique de la culture et des racines. La question est mal posée en France. Le problème n’est donc pas de savoir si la Catalogne est un pays, question qui ne peut agiter que ceux qui pensent l’Espagne avec seulement le modèle français en tête, mais – et c’est là une question ouverte – s’il est pertinent que ce pays s’incarne dans un État. Le problème présent est que, si on peut estimer de bon droit que la solution étatique n’est pas pertinente, il s’avère que l’assimilation permanente du nationalisme catalan à des régionalismes d’extrême-droite est une contre-vérité absolue.

L’économie catalane
Avec 16 % de la population, la Catalogne représente 20 % du PIB espagnol, au même niveau que Madrid. Elle est la quatrième région la plus riche d’Espagne derrière Madrid, le Pays basque et la Navarre, mais largement au-dessus de la moyenne espagnole (28 600 € de PIB par habitant contre 24 000 € en moyenne en Espagne). Le taux de chômage est 4 points inférieur à la moyenne nationale (13 % contre 17 %). C’est de très loin la région qui exporte le plus avec un tiers des ventes de marchandises à l’étranger et 50 % de l’activité à forte valeur ajoutée. Elle draine aussi 14 % des investissements étrangers, loin derrière Madrid (64 %), mais très loin devant toutes les autres régions. De nombreux grands groupes ont leur siège à Barcelone et la région bénéficie de grands pôles logistiques. La région est très dynamique. Des hôpitaux de pointe et des universités réputées (3 des 5 universités les mieux classées au classement de Shanghai sont catalanes) irriguent l’économie. La recherche y est forte (pharmacie, biosciences, etc.). La Catalogne est la première destination touristique avec 18 millions de visiteurs (un quart des étrangers). Barcelone et les plages de la Costa Brava expliquent ce succès. Son aéroport est le deuxième du pays (44 millions de passagers). Les Catalans considèrent que chaque année 8 % de leur PIB disparaît (16 milliards d’euros, alors que d’autres méthodologies donnent 10 milliards, soit 5 %). C’est un chiffre, systématiquement brandi par les séparatistes (mais contesté par certains économistes), qui correspond au « déficit fiscal » c’est-à-dire la différence entre ce que la Catalogne apporte au budget de l’État et ce qu’elle reçoit en échange. Un regard rapide sur le fonctionnement du notre voisin ibérique permet de voir que l’État ne joue pas son rôle. Il confond les intérêts de l’État avec ceux de Madrid et a une vision radiale et centraliste du pays. On peut citer pêle-mêle les millions d’euros engloutis dans des lignes de TGV désertes qui relient Madrid à toutes les villes de Castille, les aéroports vides et les autoroutes en faillite autour de la capitale espagnole. Les autoroutes sont gratuites, sauf en Catalogne, pourtant premier contributeur du pays. Ces infrastructures ne répondent à aucune logique économique et dans le même temps le couloir méditerranéen n’est pas achevé (une ligne ferroviaire de voyageurs et de marchandises entre le sud de l’Espagne et Barcelone, qui rejoindra ensuite le réseau français et européen via Perpignan).
Les Catalans vivent mal que leur dynamisme économique soit freiné par des infrastructures obsolètes quand dans le même temps des infrastructures sont construites en pure perte.

Les conséquences si le processus est conduit à son terme
Le débat fait rage entre les pro et anti-indépendance, qui basent souvent leurs chiffres sur des méthodologies et des hypothèses différentes. Selon le ministre espagnol de l’Économie, une Catalogne indépendante sortirait de l’Union européenne, son PIB chuterait de 25 à 30 % et le chômage doublerait. D’autres économistes, estimant au contraire que le nouvel État se maintiendrait dans l’UE, calculent que son PIB resterait à peu près stable à court terme et augmenterait de 7 % à long terme.
Cependant c’est toute l’Espagne qui est touchée puisque les autorités tablent sur une baisse de 60 % de la croissance prévue à cause de la crise. Le débat reste ouvert mais ce qui est sûr, c’est que la gestion de la crise et l’intransigeance de Madrid laisseront des traces profondes dans la société espagnole et notamment en Catalogne.
Loïc Steffan

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Bienvenue à la nouvelle République catalane !

Oct 31, 2017

Le Referendum du 1er octobre 2017 en Catalogne est inscrit dans l’Histoire par un SÍ massif à l’indépendance de la Catalogne mais plus encore par la victoire du peuple catalan et de ses institutions démocratiques. N’oublions pas que la Catalogne a été le premier pays d’Europe à mettre en place un régime parlementaire avec les Corts Catalanes que le décret de Nova planta a balayé lors de l’occupation par les Bourbons dès 1714.
Depuis le peuple catalan a réaffirmé son indépendance notamment lors de la proclamation de la République catalane en 1931 par Francesc Macià puis en 34 par Lluis Companys.
Aujourd’hui, après des années de propositions de négociations au gouvernement de Madrid qui n’a eu de cesse de les refuser et d’imposer de drastiques coupes dans le statut d’autonomie de la Catalogne, malgré la violence inénarrable des forces de police espagnoles, les Catalans ont clamé haut et fort leur volonté de vivre dans une République. Tous les républicains doivent s’en féliciter et célébrer l’apparition d’un nouvel état, républicain et laïque. Se détacher de l’état espagnol corrompu par les affaires, qui traine comme un boulet une monarchie obsolète, décorative et inutile est la seule réponse au gouvernement complètement sourd du Partido Popular et du PSOE. Les Républicains, les Démocrates, ne peuvent que se féliciter de cette nouvelle venue dans le concert des nations modernes.

Il faut déplorer la politique de Mariano Rajoy et de ses sbires, qui ont fermé la porte au dialogue et sont entrés dans une logique dictatoriale niant la liberté d’expression et d’association notamment en fermant les sites web, en saisissant du matériel de communication, en s’attaquant à des organisations politiques démocratiques, en instillant le mensonge, en instaurant un climat de peur et surtout en utilisant une force d’une brutalité inouïe. On a pu voir la Guàrdia civil et la Policia frapper des gens pacifiques qui ne demander qu’à exercer un droit de vote !

Le peuple catalan est sorti grandit de ces journées de lutte et en particulier de ce jour de vote. Tout était minutieusement préparé et elles se sont déroulées dans des conditions parfaites de transparence, de démocratie. Listes électorales, bulletins, urnes, etc, tout permettait d’assurer un référendum dans les règles d’une démocratie. Des observateurs étaient dans tous les bureaux de vote. La seule chose a déplorer est l’intervention des forces armées qui ont brisé des écoles, emporté quelques urnes et matraqué un peuple pacifique. Aujourd’hui, devant les images que la police espagnole a données d’elle-même c’est l’indignation générale dans la presse mondiale. C’est une condamnation sans appel du gouvernement de Mariano Rajoy. Il doit assumer ses décisions et démissionner. Quant au parti socialiste, comment peut-il soutenir le premier ministre ? Parce que c’est l’homme qu’il ont fait élire ? Ou parce qu’ils approuvent la politique répressive, sourde, aveugle qui consiste à frapper et à refuser le dialogue ? Dans les rangs des gens qui allaient pacifiquement voter le 1er octobre, de nombreux socialistes étaient présents mais je peux vous dire qu’ils ont choisi de ne plus manger de cette soupe là.
Il fallait les voir les Catalans ! Tout d’abord ces milliers de jeunes qui dès la veille au soir se sont installés pour dormir sur les lieux de vote, dans la rue, devant les locaux. Oui ce sont les jeunes qui défendent la démocratie. En Catalogne, la jeunesse est très investie. Puis on les a vus aider les gens les plus âgés ou handicapés à se déplacer, leur fournir un siège pour attendre de pouvoir enfin glisser un bulletin libérateur dans l’urne avec une émotion que de profonds souvenirs faisaient remonter. Il fallait les voir ces grands-mères porter qui à boire, qui à manger, dans les files interminables. Il fallait les voir, sur les visages, ces sourires de gens exaspérés par Madrid qui voulaient se débarrasser de vieux démons.
Ce premier octobre 2017, c’est un peuple digne, fier de sa culture, qui a affirmé au monde entier, sa volonté d’exister, de faire renaître une République, sa volonté d’être. Vive la République catalane !
Joan Thomàs

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Les 5 € d’APL : le petit bout de la lorgnette d’un vrai problème

Oct 31, 2017

Le mois dernier Macron a suscité un débat important en annonçant sa volonté de réduire de 5 € le montant des APL. Immédiatement les réactions ont fusé. Pourtant derrière ce détail il est une question importante. Le coût du logement est élevé en France. C’est le premier poste de dépense des ménages (22 % en moyenne). Cela a une incidence sur les conditions de vie des ménages les plus modestes, sur la compétitivité de la France. L’argent consacré au loyer impacte le pouvoir d’achat et le niveau des salaires.
Un état des lieux
Dressons un rapide portrait robot du marché et des problèmes qu’il rencontre. L’état injecte 40 milliards d’aides (accession à la propriété, APL, etc) et récolte 70 milliards en droit de mutation et diverses taxes. Il y a 35 millions de logement pour 28 millions de ménages. Suffisamment pourrait-on penser mais non. Il y a près de 4 millions de mal-logés en France. Les plus modestes (premier décile) y consacrent 55 % de leur revenu disponible contre à peine 12 % pour les plus aisés. Les 5 € d’APL du départ sont importants pour les plus modestes. Les prix immobiliers ont fortement augmenté ses dernières années. Si les propriétaires ont bénéficié d’un effet richesse, les locataires peinent de plus en plus.
Malgré le phénomène des logements vides qui tend à se développer, Il manquerait en fait 1 million de logements. Il manque surtout des logements sociaux. Le parc existant est de près de 5 millions de logement, pourtant 1,5 millions de demandes sont en attentes et 100 000 sont jugées très prioritaires. On peut aussi considérer qu’il est nécessaire de faire baisser les prix dans tout le parc locatif plutôt que chercher à compenser les défaillances du marché par le logement social.
Si on estime la durée de vie d’un bâtiment a environ 100 ans, il faut construire au moins 350 000 logements par an uniquement pour renouveler le parc. Les mises en chantier de 2016 étaient d’environ 376 000 nouveaux logements. Et à chaque fois qu’un retard s’accumule, il devient de plus en plus dur de contrer l’augmentation des loyers. Dans le même temps, le foncier disponible se réduit et se renchérit. En zone tendue une solution est donc de verticaliser c’est à dire de construire des étages et des immeubles. Il faut aussi arriver à réduire le coût des logements pour les plus modestes sans appauvrir les propriétaires.
On estime que les loyers sont 30 % plus cher en France comparativement à l’Allemagne. Cela pèse sur les plus fragiles, freine la consommation des autres produits, le niveau des salaires français, et donc plombe la compétitivité. Concrètement les prix de l’immobilier ont doublé voire triplé par endroit. Cela paraît formidable mais c’est in fine un handicap pour l’économie et les ménages.
Comment peut-on faire baiser les prix ?
Tout d’abord on pourrait baisser les 70 milliards de taxes et droits de mutation mais en cette période de difficulté on voit mal l’Etat se passer de recette. On peut aussi réfléchir à la pertinence des aides à la pierre qui coûtent cher pour un gain limité en terme d’accession à la propriété. La hausse des prix doit être combattue car elle est anti-redistributive. La répartition est inégalitaire. La hausse se concentre sur les régions déjà en tension. Elle renforce les exclusions. Elle est inefficace économiquement car elle éloigne certains travailleurs des zones d’emploi.
Il faut cependant être prudent car un dégonflement d’une bulle immobilière peu provoquer une crise importante comme au Japon par exemple. C’est donc un problème qui prend du temps à régler. Analysons rapidement les causes de la hausse. Un rapport du Conseil d’analyse économique identifie des causes liées à la demande (démographie, recomposition des ménages, accès au financement plus facile, demande étrangère dynamique, etc) et des facteurs d’offre (insuffisance des constructions, hausse du coût de la construction et du foncier).
Les solutions généralement admises consistent à modifier la gestion des plans locaux d’urbanisme pour mieux gérer le foncier disponible, à mieux gérer les bailleurs sociaux et surtout à équilibrer la taxation entre locataire et propriétaire et éviter la spéculation à la hausse. Il est aussi important de regarder les coûts à la construction et de rétablir de la concurrence.
En tout cas cette question mérite mieux que les prises de positions auxquelles on a assisté ces derniers jours.
L. S.

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Jeanne III d’Albret Reine de Navarre

Oct 31, 2017

C’était il y a 500 ans le 31 octobre 1517, le moine Luther placardait à Wittenberg en Saxe ses 95 thèses contre le trafic des indulgences pontificales. Ce fut la rupture définitive avec Rome, qui donna naissance à la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée), c’est-à-dire au Protestantisme. La reine de Navarre Jeanne III d’Albret se convertira à la Réforme, qui se répandra dans tous ses domaines.

Un caractère bien trempé.

Jeanne d’Albret est la fille d’Henri II d’Albret roi de Navarre et de Marguerite d’Angoulême sœur du roi de France François 1er . Elle naît en 1528 à Saint Germain en Laye. Elle n’a que 13 ans quand son oncle François 1er décide de la marier au duc de Clèves. Malgré son jeune âge, elle tient tête au roi et le jour de la cérémonie il faudra, dit-on, la pousser physiquement à l’autel… mais à la requête de son père, ce mariage sera annulé par le pape Paul III.
De fait, en choisissant lui-même un mari à Jeanne d’Albret, François 1er voulait entre autres éviter que ses parents ne la marient à l’infant d’Espagne, le futur Philippe II fils de Charles Quint, ce qui aurait été fort inquiétant pour le roi de France vu la proximité des domaines d’Albret avec l’Espagne.
Il faut savoir que le roi de Navarre – et après lui la reine Jeanne- possède aussi, outre la Navarre et le Béarn, le comté de Foix, les territoires des Landes à l’Agenais et du Périgord à la vicomté de Limoges.
Alors après la mort de François 1er, c’est son fils le nouveau roi Henri II qui poursuit cette même politique, malgré l’hostilité des parents de Jeanne. Mais là c’est elle-même qui choisira son époux en la personne d’Antoine de Bourbon « premier prince du sang ». Le mariage sera célébré le 20 octobre 1548 à Moulins. Le jeune couple aura cinq enfants dont deux seulement survivront: une fille Catherine et surtout un garçon Henri, le futur Henri III de Navarre puis Henri IV de France.

Jeanne reine de Navarre… et des Huguenots

Après la mort de son père Henri II, elle monte sur le trône de Navarre le 25 janvier 1555, sous le nom de Jeanne III d’Albret. Il faut rappeler ici qu’en Occitania les femmes héritaient à égalité avec les hommes, votaient et étaient éligibles comme « Cap d’ostau » dans les vallées pyrénéennes notamment, et que ce droit leur fut retiré de fait par la législation masculine des Jacobins à la Révolution!
Par sa fermeté et son énergie, elle garantira l’indépendance de son royaume. Très tôt elle favorise l’implantation de la réforme protestante, mais elle ne rompt pas dans l’immédiat avec l’Eglise catholique. Ce n’est qu’en 1560 qu’elle franchit le pas définitivement à la cour de Nérac et se convertit au protestantisme de Calvin, dont elle fait la religion de son Etat (ordonnance du 19 juillet 1561)… tandis que son mari Antoine de Bourbon affiche plutôt ses sympathies pour le catholicisme…
Après la mort de ce dernier en 1562, elle prend une série de mesures en faveur de la Réforme en Béarn dont voici quelques exemples :
– Publication du catéchisme de Calvin en béarnais (1563);
– Fondation d’une académie protestante à Orthez (1566) ;
– Rédaction de nouvelles ordonnances ecclésiastiques (1566 ; 1571) ;
– Traduction du Psautier de Marot en béarnais, par Arnaud de Salette (1568) ;
– Traduction du Nouveau Testament en basque, par Jean Liçarrague (1571) …
Mais cette politique suscite une opposition telle de la part des Catholiques, que Jeanne d’Albret finit par leur interdire le culte et à expulser leur clergé en 1570.

Femme politique habile et déterminée

Entre temps (1568), Jeanne d’Albret qui a pris la tête du parti protestant doit soutenir ses partisans contre une coalition catholique durant la 3e guerre de religion qui se déroule au nord-ouest de l’Occitania. En compagnie de son fils Henri âgé de 15 ans, elle se rend à La Rochelle qu’elle administre elle-même en toutes choses, avec l’appui de Louis 1er de Condé et de l’amiral de Coligny pour les affaires militaires. En mars 1569 Condé est tué, elle tente de conserver le soutien des princes étrangers alliés. Grâce à l’énergie communicative de Jeanne d’Albret, le parti huguenot résiste.
Mais après la bataille de Moncontour, qui voit la défaite des protestants le 3 octobre 1569, elle est contrainte d’accepter une négociation avec le parti catholique français. Ce sera alors la « paix de Saint-Germain », où par son habileté politique elle réussira non seulement à conserver La Rochelle, mais de plus elle obtiendra d’autres places comme Montauban, Cognac et La Charité, même si Jeanne devra souvent protester contre la mauvaise application de ce traité.

Ensuite elle entamera de difficiles négociations à Paris, pour unir son fils Henri à Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis. Le mariage est fixé au 18 août 1572, mais Jeanne III d’Albret meurt subitement le 9 juin et aujourd’hui encore les causes de ce décès ne sont pas clairement établies. Son fils devient le nouveau roi Henri III de Navarre. Et quelques jours après son mariage, c’est le massacre de la Saint-Barthélémy dont le futur Henri IV réchappera de justesse…

Les « Provinces Unies du Midi »

Les Protestants occitans s’organisent en communautés autonomes regroupées en synodes. Après les massacres de 1562 à Toulouse et ceux de 1572 lors de la Saint-Barthélemy qui font des centaines de victimes huguenotes, se constitue un Etat séparatiste fédéral, que des historiens appelleront les « Provinces-Unies du Midi ». La Rochelle, Montauban, Castres, Milhau, Nîmes, les Cévennes… se révoltent contre le roi de France.

En 1573 les Etats Généraux de l’Union créent un Gouvernement Général, dont la tête prend le nom de « Protecteur » ou « Général en Chef de l’Union », ce qui correspond au « Stathouder » hollandais. Henri de Condé en sera le premier titulaire, puis ce sera Henri de Montmorency-Damville et enfin Henri de Navarre.
Le « Protecteur » sera assisté d’un Conseil permanent formé de députés de chaque province membre de l’Union. Cette Assemblée Générale vote les lois et les impôts. De même, chaque ville adhérente, comme Montauban et Milhau, pourra s’ériger en une « république » communale avec deux assemblées élues et séparation des pouvoirs; celles-ci élisent les délégués pour siéger aux assemblées provinciales. C’est l’embryon d’un Etat fédéral, qui repose sur l’autonomie des pouvoirs locaux en appliquant le principe de subsidiarité.
« Une réussite totale de la politique méridionale après la Saint-Barthélemy aurait conduit les provinces du sud à des structures suisses ou néerlandaises », écrit alors un conseiller de la couronne. A noter que le terme « Huguenot » désignant les Protestants vient de l’allemand « Eidgenossen », qui veut dire « confédérés ».
Georges LABOUYSSE

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