Michel ONFRAY et le centralisme français

Juil 3, 2017

Michel Onfray semble ouvrir un nouveau chapitre socio-politique de sa réflexion. Si le titre est involontairement provocateur –à moins que les « provinces » ne soient un nouvel euphémisme pour « régions »?-, Il reprend le titre d’un texte de Michel Rocard écrit en 1966. Mais pourquoi ne pas analyser directement l’axe régional d’une pensée critique et contemporaine, aujourd’hui banalisée par les gouvernements successifs, socialistes en tête ? M. Rocard, lui, connaissait bien les écrits dont il s’est inspiré – « La révolution régionaliste » et « Autonomie, de la région à l’autogestion » de Robert Lafont-. M. Onfray ne les a sans doute pas lus, ainsi que les nombreux essais qui ont suivi. Aussi, sa référence aux Lip dès le 1er chapitre (« Créer mille Lip ») des années soixante-dix, (si elle fait peut-être allusion aux marches sur le Larzac qu’il n’a sans doute pas connues), est mise en opposition à un Marx centralisateur dont il a sans doute oublié les Manuscrits de 1844 qui abordent aussi l’autonomie (ouvrière). Mais il n’est pas le seul, la vulgate marxiste ayant vite fait de passer à ses écrits économiques, laissant de côté ses écrits idéologiques de jeunesse. Ses polémiques avec plus d’un socialiste d’alors est pourtant révélatrice d’une pensée anti-centraliste, à mille lieux de ce qu’il considère comme étant « le penseur de l’Etat centralisateur jacobin ».  Soit dit en passant, pour dépasser les oppositions faciles que les commentateurs du « socialisme d’Etat », Staline et les poststaliniens européens, n’ont fait que renforcer. Dont acte.

 

En contrepoint, celles-ci prospèrent, notamment dans cette opposition Proudhon-Marx mises en avant. P-J Proudhon est le premier théoricien socialiste français à employer le terme d’anarchie comme doctrine politique. Sans entrer dans l’analyse des principales contradictions qui traversent le mouvement ouvrier, la fracture tient surtout à la question de l’Etat (fin ou dépérissement ?), à l’usage de la violence révolutionnaire (Proudhon est contre), à l’actionnariat ouvrier (Marx dénonce des rapports économiques « éternels »). C’est tout cela qui n’est pas dit dans cette introduction de M. Onfray qui préfère ne retenir qu’une partie des contradictions et surtout l’échec d’une pensée utopique se réclamant du communisme, dévoyée dans le cours de ses manifestations historiques. M. Onfray insiste surtout sur la non gouvernance d’un pouvoir « tombé du ciel » opposé à « un gouvernement qui monte de la terre ». En ce sens, l’expérience des Lip est une réussite contre les constructions intellectualistes, bref, le bon sens en acte et le mieux partagé. Mais laissons de côté la critique faite aux versions du socialisme contemporain et ses reniements. On doit les apprécier face à la version d’un socialisme libertaire dont l’auteur se réclame, après avoir pourfendu les Jacobins contre les Girondins. Soit, mais le problème est que cette opposition, historiquement datée, ne répond que partiellement aujourd’hui aux enjeux imposés par la mondialisation et par la recomposition des blocs gauche-droite tels qu’ils ont été vécus et subis par le citoyen. Et si l’idée fédérale n’a été pour les Girondins qu’un moyen de repenser l’organisation de l’Etat (des départements égaux face à Paris), elle porte encore une vertu transformatrice qu’il faut repenser dans la période que nous vivons, malgré les effets toujours dévastateurs de la constitution bonaparto-gaulliste.

 

Pourtant cette idéologie centralisatrice continue de coller à la peau de toutes les équipes en place à Paris. M. Onfray rappelle avec raison que cette « vision totalitariste du réel » est toujours en action, que ses racines conventionnelles ont porté le culte de l’Un dans tous les domaines,  idéologiques, culturels et linguistiques. L’abbé Grégoire, cité, témoigne de cette longue maladie qui constitue «  le bréviaire des ethnocides linguistiques ». Heureux le lecteur qui a lu ses positions antérieures qui faisaient dans l’œcuménisme linguistique avec l’esperanto rassembleur et la mise à mort de Babel (la diversité) contre Yavé (l’universel), une autre version réactionnaire de l’universalisme revendiqué contre les langues de pays, potentiel de division et de racisme. Tant Mieux, on peut changer et dans le bon sens.

 

Sa critique du jacobinisme mérite qu’on s’y arrête, ne serait-ce que parce que le « communalisme » : « devrait permettre que les lois qui régissent un marché de village ou de ville moyenne ne relèvent plus des bureaux de Bruxelles mais de décisions locales ou départementales. » (p113) Pire, il « a exporté son schéma centralisateur et étatique partout sur la planète(…) Les Etats africains conçus par des politiques formatés à l’idéologie parisienne coupent des ethnies en morceaux. » Outre le fait que M. Onfray ne remet pas en question le mille-feuille juridico-politique (les départements relais du pouvoir central) on voit mal comment les communes peuvent jouer un rôle d’initiatives citoyennes dans le contexte de la métropolisation hyper-centralisatrice qui devient le b-a-ba du système. Quant au fait colonial qu’il dénonce justement, il  reprend à son compte la réponse humaniste de  A. Camus qui militait alors « pour une Algérie constituée par des peuplements fédérés, et reliés à la France. » Diable, le système colonial amendé en fédéralisme à la française, il fallait y penser et surtout cinquante-cinq ans après la fin de ce conflit colonial ! Là, M. Onfray dépasse toute réflexion politique critique acceptable pour ceux qui ont connu les exactions et les génocides colonialistes de l’Etat français. Et la « petite république fédérative » de Kabylie » rêvée par A. Camus n’a rien à voir avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, surtout en plein conflit colonial. Ne rêvons pas, passons.

Si M. Onfray critique le centralisme français confronté au système fédéral suisse, il y en a pourtant d’autres en Europe qu’il ne cite pas. Son retour au communalisme proudhonien semble anachronique quand il en fait la base d’un fédéralisme, voire d’un confédéralisme actuels. Pourtant l’autonomisme qu’il revendique à ce niveau pourrait être appliqué à l’ensemble des niveaux de gestion régionaux. Ils n’ont pas place dans sa réflexion.

L’ambition avouée de M. Onfray est de transformer son université populaire de Caen en « Parlement des idées (…) afin d’en finir avec l’oligarchie jacobine centralisée à Paris.» (p127) Si l’idée est porteuse, disons que le centralisme français ne pourra être ravaudé par  un schéma communaliste proudhonien même actualisé ; il n’est que la partie d’une construction globale dont ont besoin les peuples de France. Sortons d’un nouveau régionalisme à la française et réfléchissons dans la dimension « monde ».  Et si l’on veut parler d’Europe autrement, c’est un fédéralisme global qui posera les conditions d’une supranationalité que les Etats-nations d’Europe ne sont pas prêts à reconnaître. Le fédéralisme moderne est cette utopie réalisante qu’il faut inventer et construire.

Gerard TAUTIL, à propos du livre de Michel Onfray « Décoloniser les provinces. Contribution aux présidentielles»

Les éditions de l’Observatoire. Fév. 2017.

 

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Toujours plus vite, toujours plus cher !

Avr 20, 2017

Alors que le LGV entre Paris et Bordeaux sera mise en service dès juillet 2017 on sait déjà qu’elle coûtera de l’argent à la SNCF. Les prix des billets seront environ 10% plus chers. Ce sera la première ligne gérée par le privée et en partie financée par l’argent public. Une bonne affaire pour tous ? Pas sûr en ce qui concerne le contribuable ; pas sûr pour les usagers du train du quotidien.

C’est fait ! On s’est bien fait couilloner mais on était averti parce que ce n’est pas faute de l’avoir dit et redit. La ligne TGV (très grande vitesse) entre Bordeaux et Paris est donc ouverte dans sa totalité(1) après plus de 7 milliards d’euros d’investissement qui auront été payés en partie par le privé mais aussi par des collectivités territoriales, même par celle qui n’ont pas la ligne sur leur territoire, c’est à dire les collectivités du sud de l’Aquitaine (départements, communautés de communes et d’agglomération). L’arnaque est simple : vous payez parce que la ligne arrive à Bordeaux et donc cela vous rapproche de Paris ! Le Graal !

La pub a été lancée ces jours derniers et la communication sur le sujet marche à plein. Pour les premières semaines la SNCF casse les prix mais cela ne durera pas. C’est la fête dans les premiers mois. La facture viendra un peu plus tard.

Aller plus vite à Paris et en revenir plus vite ! Pas la peine de donner des arguments pour dire que cela vaut de l’or. Ça tombe sous le sens d’un centralisme têtu que nous vivons et entretenons en France. « Il faut être à Paris en trois heures » me disait un jour un haut fonctionnaire à qui je demandais des arguments pour justifier cette ligne LGV. Rien que ça était censé vous clouer le bec ! Personne n’est pourtant arrivé à prouver que la très grande vitesse avait le moindre impact économique sur les territoires (création d’activités et d’emploi) mais ça ne fait rien. L’essentiel c’est que les entreprises situées en « province » puissent envoyer leurs dirigeants et leurs cadres plus vite auprès des « donneurs d’ordre qui se trouvent à Paris » comme le disait un député du Béarn qui n’a pour horizon que le passage sous les quatre heures pour faire Paris-Pau. Et nous n’y sommes pas encore parce que pour ce faire il faudrait aligner quelques milliards de plus au sud de Bordeaux. Mais là le privé ne tient pas à investir. Ce n’est pas assez juteux. Alors si le projet voit le jour c’est qu’on aura fait payer le contribuable français ou européen et bien entendu aussi les collectivités à qui on reviendra vendre la très grande vitesse et le rapprochement avec Paris. Le projet a du plomb dans l’aile mais les vieux fanas du TGV a 300km/h sont à la manoeuvre(2). Pourtant les rapports sur le risque du tout TGV se sont empilés sur les bureaux des ministères et de la Cour des Comptes. Mais rien n’y fait. Nous ne sommes plus dans le rationnel. Ceux qui décident ne prennent pas le train, celui du quotidien, celui qui est en retard parce que les voies ne sont pas entretenues depuis des décennies. Ils ne prennent pas le train qui vous fait arriver au travail chaque matin (ou qui devrait vous y faire arriver à l’heure).

Billet plus chers pour des bénéfices au privé

C’est donc fait ! On voyagera de Paris à Bordeaux en un peu plus de deux heures à partir du mois de juillet. Mais ce sera plus cher de 10% . C’est le prix de la très grande vitesse pour tous. Mais ne vous inquiétez pas, parce que même si vous payez votre billet plus cher vous participerez aussi au déficit de la SNCF qui prévoit déjà de perdre de l’argent dès cette année sur la nouvelle liaison rapide. En effet elle va payer cher les sillons (les droits de passage) sur cette ligne qui seront perçus par Lisea, la société fondée autour de Vinci. Il y a fort à parier que l’opérateur privé ne perdra pas d’argent et que tout est prévu pour qu’il en gagne.

Tout cela coute bien cher par minute gagnée et rien n’indique que ce temps gagné se transformera en nouvelle énergie pour les territoires hors Paris. La transformation de l’hexagone en grande banlieue se poursuit. Le repliement sur le territoire hexagonal aussi. Il faut toujours plus de trois heures et vingt minutes pour aller de Toulouse à Barcelone en train ! Et encore en période d’été parce qu’en hiver il n’y a pas de direct et il faut plus de quatre heures.

On nous promet que sur la ligne nouvelle Bordeaux-Paris il y aura des billets moins chers. Il faudra les prendre très à l’avance. Ce sera pour les gens de base et bien sûr ces trains iront un peu moins vite et circuleront en pleine journée. Alors « gagner du temps » entre 11h et 16h quand on fait le voyage une fois de temps en temps ne vaut certainement pas l’investissement gigantesque et l’impact écologique d’une LGV. Notons aussi que la bataille a fait rage pour que les TGV s’arrêtent dans les villes le parcours. Un TGV qui ne s’arrête nulle-part était difficile à faire payer à certaines villes et par certains départements. Un train qui ne s’arrête pas ne se remplit pas non plus. Cependant un TGV qui s’arrête trop est une train qui roule moins vite.

Alors même que le trafic TGV et ses bénéfices s’essouflent, alors même que dans les autres pays on a revu la copie en privilégiant les trains à grande vitesse (jusqu’à 220 km/h sur lignes classiques) rien n’est trop beau pour sauver notre modèle centralisé. On fait payer les territoires et leurs habitants. C’est la double peine voire la triple peine. Ils payent par leurs collectivités, ils ont des prix de billets qui augmentent et l’argent englouti dans ces projets n’est pas là pour moderniser les voies classiques, modernisation que l’on fait payer aux collectivités qui y engloutissent beaucoup d’argent.

Équilibre du territoire ?

La nouveauté c’est aussi que les lignes TET (Trains d’Équilibre du Territoire) (3) sont pour certaines abandonnées ou confiées aux régions. Pour l’Occitanie restent dans ces lignes deux grands axes qui seront toujours financés par l’État et c’est encore heureux : à savoir Toulouse-Limoges-Paris et Bordeaux-Toulouse-Marseille. On a quand même jugé que ces lignes étaient utiles. On y a ajouté Toulouse-Hendaye. C’est la seule bonne nouvelle ferroviaire que le sauvetage de ces trois lignes qui devraient d’ailleurs bénéficier de matériel neuf d’ici 2025. Pour les autres on proposera aux régions de les prendre en charge. Par exemple Béziers-Clermont-Ferrand ou Nimes Clermont-Ferrand. La présidente de la région Occitanie avait d’ailleurs fait savoir qu’elle n’était pas preneuse dès le mois de juillet dernier. C’est à l’État de payer. L’ancienne ministre sait sans doute par expérience que quand l’État donne à gérer un nouveau problème à une région la dotation spéciale qui l’accompagne ne compense jamais les coûts réels.

D’autres lignes comme Nantes-Lyon et Nantes-Bordeaux pourront elles aussi être modernisées. Il est vrai que ce n’est pas difficile puisqu’entre Bordeaux et Nantes une partie du voyage se fait à 50 km/h ce qui vous laisse le temps d’admirer le paysage pendant une heure et vous met Bordeaux à plus de quatre heures de Nantes. Il suffira de refaire la voie qui n’a pas été entretenue depuis des lustres. Mais ça traine et les usagers sont mécontents.

Les sacrifiés de l’affaire sont les trains de nuit. Si le Paris-Rodez et le Paris-La Tour de Carol pourront sauver leur peau il risque d’en être autrement pour le Paris-Hendaye. Il y a trente ans que l’on a pas modernisé cette offre pourtant intéressante et on s’étonne que les clients ne s’y précipitent pas.

Visiblement nos décideurs ne prennent pas le train. C’est une évidence pour beaucoup d’élus régionaux qui connaissent mal les trains qu’ils financent. C’est vrai pour les élus et décideurs qui sont à Paris qui ont bien du mal à comprendre ce qu’est un TER et à imaginer combien c’est agaçant de voir des trains supprimés chaque jour. Visiblement nos décideurs ne regardent pas non plus ce qui se passe ailleurs en Europe. Il y a des trains qui roulent, qui sont à l’heure et il y a même par dessus le marché un vrai trafic de marchandises. Chez nous c’est la préhistoire du frêt. Mais nous avons la vitrine du TGV. Peut-être que nous allons dans le mur…mais on y va vite.

(1)Les premiers billets seront vendus pour les premiers jours de juillet mais le voyage inaugural a été fait il y a une dizaine de jours.

(2) Officiellement les projet Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse de LGV sont toujours prévus mais il n’y a pas d’argent pour cela. Mais cela n’empêche pas les présidents de régions d’en parler encore et de chercher de l’argent européen. Quant aux dates elles restent floues.

(3) On les appelle aussi les Intercités

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Femmes d’Occitanie : Catarina Segurana

Avr 20, 2017

Quand on parle des personnages qui « ont fait » l’Histoire dite « de France », on voit surtout des hommes, rois ou présidents. Et pourtant en Occitanie, des femmes ont marqué à des titres divers leur époque, depuis les Vénus préhistoriques de Brassempouy dans les Landes de Gascogne et de Lespugue en Comminges, jusqu’à la figure emblématique de la Montalbanaise « fédéraliste » Olympe de Gouges, dont le buste vient d’entrer au Parlement français le 20 octobre 2016 juste en face celui de l’Albigeois Jean Jaurès, après un combat associatif mémorable contre certains députés jacobins misogynes!…

Nous évoquerons ici brièvement les traits essentiels de quelques-unes de ces figures de l’ «Occitanie au féminin », qui se sont affirmées dans le contexte de leur siècle respectif, à commencer par la niçoise Catarina Segurana.

 L’attaque franco-turque

Nous sommes le 15 août 1543. Dès les premières heures du jour, cent-vingt galères franco-turques commandées par l’ottoman Barberousse sortent de la rade de Villefranche et se placent en position devant les remparts de Nice et son château. Quatre batterie ciblent la ville, les troupes françaises et ottomanes donnent l’assaut à la porte Pairolière et à la tour Sincaïre.

C’est alors que, d’après certains, surgit une jeune lavandière Catarina Segurana suivie de plusieurs soldats niçois au sommet des remparts: elle brandit un battoir à linge à la main et assomme violemment l’enseigne turc, dont elle brise le drapeau au croissant. Elle parvient ainsi à galvaniser les troupes niçoises. On raconte même qu’elle aurait montré son « postérieur » aux troupes ennemies: une provocation insupportable! Toujours est-il que les envahisseurs renonceront provisoirement à leur entreprise.

Ils reviendront à l’assaut le 22 août: la ville basse tombe, mais la forteresse résiste toujours. Pendant ce temps dans le Piémont, le duc de Savoie Charles III réunit une armée qui marche sur Nice pour la délivrer. Les troupes franco-turques, prises en étau entre les Piémontais et la résistance niçoise, pillent la ville, emmènent des habitants en esclavage et se replient de l’autre côté du Var. Le 8 septembre Nice est libérée: pour la première fois depuis longtemps, des armées réputées invincibles seront battues, grâce bien sûr à l’intervention de l’armée piémontaise, mais surtout par l’intrépidité d’une femme du peuple, qui a su insuffler un esprit de résistance déterminant à la population de Nice.

Mais pourquoi cette alliance entre « la fille aînée de l’Eglise » et le croissant turc, qui paraît contre nature?

Un souffle d’indépendance

Depuis le milieu du XVe siècle, le duché de Savoie et le comté de Nice sont, à leur corps défendant, sous le protectorat du royaume de France. Or Charles III de Savoie, qui cherche à s’émanciper de cette tutelle, rompt ses relations avec les Français en 1521 et il épouse à Nice la belle-sœur de Charles Quint l’adversaire de François 1er.

Plus de vingt ans après, Charles Quint occupe Milan et en février 1543 le roi de France envahit la Savoie et le Piémont jusqu’à Turin. Charles III fuit alors pour Nice avec toute sa famille. François 1er est bien résolu à prendre la ville et il s’allie avec les Turcs qui lui apportent leurs navires de guerre. En juin les armées des deux alliés feront jonction à Marseille. On recense alors cent vingt navires et vingt mille soldats du côté franco-turc et seulement trois mille hommes du côté niçois pour défendre la ville. On connaît la suite…

Mythe ou réalité?

Certains biographes comparent parfois Catarina Segurana à d’autres mythes féminins et interprêtent sa figure comme un symbole de l’idéal féminin guerrier. Ils remarquent que son nom viendrait du verbe occitan « segar » qui signifie « faucher » ou « hacher », qui rappellerait Jeanne Hachette!

On remarquera dans un premier temps que la fuite des assaillants ressemble fort à un miracle. D’ailleurs les deux dates du 15 août -assaut repoussé par notre héroïne-, et du 8 septembre -libération de Nice- sont deux fêtes en l’honneur de la Vierge Marie.

Certains universitaires, comme Angelo de Gubernatis au début du XXe s., pensent que Catarina Segurana appartiendrait au mythe de la vierge guerrière que l’on rencontre dans toutes les civilisations, comme les Amazones dans la mythologie grecque ou les Walkyries dans la mythologie germanique. Le journal « Le Petit Niçois » du 23 septembre 1902 écrit que « les romanceiros de la péninsule ibérique, les ballades des troubadours basques et provençaux, les chansons populaires du Piémont nous ont transmis les gestes de ces jeunes filles au cœur viril, qui gardent à travers les dangers et les séductions des camps, la fleur de leur virginité ». Une chanson piémontaise de Constantin Nigra publiée en 1888 dans ses Canti popolari del Piemonte évoque aussi Segurana en parlant de ce mythe.

A ceux qui contestent l’existence de Segurana du fait qu’aucun témoin oculaire n’aurait relaté ses exploits, d’autres font remarquer que lors de l’annexion de Nice et de la Savoie par la première république française en 1793, les archives municipales et religieuses ont été dispersées voire éliminées. Toutefois le nom « seguran » figure sur plusieurs registres paroissiaux du XVIe siècle.

En 1877, l’archiviste des Alpes Maritimes a publié un extrait d’un document censé dater de 1543 et relatant le fameux siège de Nice où figure le nom de Segurana: « Du côté de terre, même cannonade: les turcs et les françoys mêlés ensemble donnaient trois assaults à la brèche du bastion de la Peyrolière jusqu’au-delà de la tour des Cinq Quayre ou Quinquangle, où combattait Ségurana, et si terriblement, que sans l’aide de Dieu qui ne voulait pas laisser répandre le sang de ses fidèles par de tels chiens, il est à croire que facilement ils fussent entrés »

Le 30 août 1608, le maire de Nice, dont les parents ont vécu le siège de 1543, prononce un discours sur Catarina Segurana à la cathédrale de Nice devant des citoyens niçois qui ont connu ces événements directement ou par leurs familles. On peut donc penser que l’exploit de Segurana n’est pas dénué de tout fondement.

De plus, lors de l’annexion définitive du comté de Nice imposée par la France de Napoléon III, le nom de Catarina Segurana incarnera le symbole de la fidélité à la Maison de Savoie. Des dizaines de poèmes, de chansons, de pièces de théâtre lui sont consacrés. La « Bugadièra » est devenue, dans la mémoire collective niçoise, une figure mythique de liberté et de résistance à toute oppression.

Georges LABOUYSSE

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Hôpital, aïe, aïe, aïe!

Avr 20, 2017

Voici deux témoignages très différents sur la vie en milieu hospitalier ou en EHPAD. Nous vous les livrons tels quel, sans commentaires, bruts de décoffrage !

Tout d’abord le témoignage de Gilabert, abonné à Occitania, qui nous a écrit une longue lettre, en occitan, 6 pages !  Voici un extrait de son courrier :

Cal plan veire que lo meu testimoniatge s’apieja sus la vida a l’espital « Pelegrin » de Bordèu, l’espital de Lengon, l’espital de Cadilhac, e a l’espital de Pont del casse en Olt e Garona. Quand vèsi vòstre article « urgence à l’hôpital », sabi pas se vosautres jornalistas, avetz fach vertadièrament lo torn dels espitals, o si avetz sonque ausit los sindicalistas ! ieu i soi dempuèi quinze annadas e vesi plan çò que se pòt passar. Lo matin 6 oras trenta, arriban dins lo servici e alavetz la primièra causa que fan totes los fonccionaris es d’agafar un cafè ont las parladissas van plan. Parlan de lors problemes, cadun de sa vida, puèi van legir e ausir tot çò que s’es passat dins la nuèit. A 7 oras trenta cal balhar los remèdis als malauts, e ensajar de far los relevats. Uèch oras, cal balhar de que minjar al monde embarrats aicí. Puèi a 9 oras lor cal far la pausa sindicala, prevista dins los textes per 20 minutas. Mas eles, infirmièrs, ajuda suenhants, agent de susfacia demòran a taula fins a 10 oras. E òc son ja fatigats d’aver pas fach grand causa ! A detz oras trenta, mai d’un còp, van s’assetar dabans un fenestron e seguisson çò que se pòt passar aicí e non pas dins lo servici. I a un moment ont lor cal esser revelhat es quand lo metge passa, mas aquò dura pas pro de temps…[] Cal plan veire tanben, lo temps passat a fumar o a legir e consultar lo siá telefonet o la siá tableta pendent lo temps de trabalh. Tot aquò o cal vertadièrament veire per poder testimoniar. Avetz marcat « Aqueste jornal es vòstre » ! E ben vaquí lo meu testimoniatge sus çò que se pòt passar a l’espital. Al plaser de vos legir, al plaser de testimoniar la vertat e non pas los planhs e lo clam de qualques unes !

 

Voici maintenant le témoignage de Laetitia aide soignante dans l’Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) de St Sulpice (Tarn). C’est au cours d’une manifestation organisée le mardi 7 mars à l’appel des syndicats que notre reportrice Sophie a pu interviewer Laetitia.

Occitania : Pouvez vous nous décrire dans quelles conditions vous travaillez ?

Laetitia : Il s’agit d’un EHPAD qui accueille 82 résidents qui ne sont pas autonomes. Environ 70 personnes y travaillent : des infirmières, aides soignantes, psychologue, médecin, etc…

Occitania : Comment s’organisent vos journées de travail ?

Laetitia : Il existe des postes différents, parfois nous travaillons la journée continue, mais à d’autres moments j’ai un poste en coupé. C’est-à-dire que je commence le matin de 8h à 13h, puis je reviens le soir de 17h30 à 20h30. Ce sont des horaires particuliers qui ne facilitent pas la vie de famille !

Occitania : Mais pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Laetitia : Par vocation ! J’aime ce métier, j’aime m’occuper des personnes âgées, notamment celles atteintes de la maladie d’Alzheimer. Mais aujourd’hui il y a un décalage entre la réalité de mon travail et ce que j’imaginais. On est obligé de faire vite, c’est épuisant moralement et physiquement. Parfois les résidents ne sont pas pris en compte dans leurs besoins fondamentaux.

Occitania : C’est pour cette raison que vous manifestez aujourd’hui ?

Laetitia : oui ! Et en plus c’est la première fois que je fais grève ! A St Sulpice les conditions de travail se sont dégradées depuis que la direction a privilégié l’agrandissement de l’établissement plutôt que le personnel. Le soir nous sommes seulement trois pour s’occuper de tous les résidents, ça fait en théorie 4 minutes pour chacun ! Mais nous n’y arrivons pas, c’est impossible ! Il faut savoir qu’au coucher les résidents ressentent beaucoup d’angoisses, on n’a pas le temps de bien les accompagner. Et puis franchement j’ai souvent peur : comment faire s’il y a une urgence vitale ? Et quand je rentre chez moi ça continue à me tarauder : j’ai peur d’avoir oublié un résident !

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Urgences à l’hôpital

Fév 24, 2017

Plusieurs conflits ont concerné le domaine de la santé ces derniers mois. C’est tout d’abord la clinique de l’Ormeau à Tarbes où les conditions de travail et les rémunérations furent au centre d’un conflit particulièrement long. La grève a duré plus de deux mois ! Le personnel se plaignait notamment de ses conditions de travail et d’une « marchandisation des soins », avec les salaires les plus bas du groupe Médipôle partenaires qui possède l’établissement.

Après des négociations entre la direction et les syndicats, le personnel a obtenu une augmentation de 2,63 % des salaires et une prime annuelle pour tous de 700 euros bruts.

Sur les conditions de travail, « c’est une grande victoire, nous avons obtenu la totalité de nos revendications », s’est réjouie Aurélie Chuburu, infirmière, évoquant notamment le temps de travail de nuit, l’intégration des agents de service aux équipes soignantes, ou encore les temps de pause.

Autre situation particulièrement délicate : la maternité de Decazeville. Au mois d’octobre 2016 un dramatique accident s’est produit dans cet établissement entrainant la mort d’une femme et de son bébé. L’ARS a lancé une enquête, et a pris la décision de fermer le service dans l’attente des conclusions. Le rapport définitif a été remis, le mercredi 7 décembre au directeur de l’hôpital de Decazeville Jean-Pierre Pavone qui a ensuite informé le maire de Decazeville François Marty, également président du conseil de surveillance de l’hôpital. Il semble que de sérieux disfonctionnements ont été identifiés. Mais depuis tout ce temps la maternité est encore fermée contraignant les femmes enceintes à de longs trajets vers d’autres maternités !

Du coup, face aux menaces pesant sur l’avenir, et face à l’insécurité menaçant les futures mamans obligées de rejoindre une maternité à plus de 45 mn (depuis le 6 octobre, deux bébés sont nés aux urgences de Decazeville et quatre parturientes ont été conduites en urgence absolue par les secours jusqu’à Rodez), le collectif « Tous Ensemble » a décidé d’agir, en organisant par exemple une manifestation le 28 janvier.

C’est dans un contexte tendu que le gouvernement vient de mettre en place des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT). Selon la communication ministérielle : « c’est l’une des mesures les plus structurantes et les plus ambitieuses […] pour garantir l’accès aux soins de tous. »

En théorie chaque GHT devait être mis en place dans un territoire de santé avec des distances acceptables pour les patients et les professionnels. Dans la réalité on peut dire qu’il en va bien autrement : Albi est par exemple relié à … St Pons de Thomières (soit 95km et une bonne heure et demie de route) !!

L’idée du gouvernement est d’élaborer un projet de territoire avec des complémentarités entre hôpitaux. Les craintes du personnel sont bien évidemment les mutualisations de services.  Explication : imaginons qu’un service de l’hôpital d’Albi ne fasse pas assez d’actes (d’autant plus qu’à Albi se trouvent 2 grosses cliniques concurrentes!) et que cette même spécialité fonctionne bien à l’hôpital de Castres, conséquence : on ferme le service d’Albi ! Le personnel sera recasé  à Castres, et si un patient d’Albi veut aller dans le public pour cette spécialité il faudra qu’il aille à Castres! Bonjour le progrès! On nous dira que la qualité du soin sera meilleure car le service faisant beaucoup d’actes est plus compétent. Mais est ce bien certain ? Il ne faudrait pas confondre quantité et qualité ! La relation humaine compte aussi dans les processus de guérison, il ne faudrait pas l’oublier ! Avec cette réforme le devenir des petits établissements n’est pas rose, on va plutôt assister à une concentration au profit des grosses structures jugées plus rentables. Est-ce la mission première d’un hôpital d’être rentable? Les soins de qualité pour tous deviennent de plus en plus compromis par cette politique comptable.

Une fois de plus avec ces GHT, c’est la ruralité qui risque d’y laisser des plumes. Comment feront les personnes âgées qui ne conduisent pas ? Comment feront les personnes qui ne pourront pas payer les dépassements d’honoraires pratiqués dans les cliniques ?

Toutes ces questions restent hélas sans réponses. Les politiques de santé menées depuis Paris ont démontré leur inefficacité. Il serait temps de régionaliser ce secteur pour répondre enfin aux besoins de la population.

Jordil.

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Un ivern jos nauta tension.

Jan 13, 2017

L’ivern se sarra e la question del calfatge animarà plan de discutidas dins las setmanas a venir. Se trapa que França es lo sol país al monde d’aver tan desvolopat lo calfatge electric (veser la comparason França 33% de calfatge electric, mentre qu’Alemanha es a 5%). Se pendent longtemps calfatge electric voliá dire convector, es mens vertadier dempuèi qualquas annadas. Mercés a la reglementacion novela « RT2012 » totas las construccions nòvas devon consomir pas mai de 50kwh per m². Del còp se son devolopadas las pompas a calor e la geotermia que fonccionan a l’electricitat mas d’un biais plan mai economic. Aquela evolucion recenta empacha pas que 8,2 millions de lotjaments dependon de l’electrecitat per se calfar (dos còps mai que fa vint ans). Vos presentam aici un grafic que montra lo consum d’electricitat en França sus una annada : clarament los meses ivernals veson una pujada de las belas !

E alara me diretz ? E ben justament i a quicòm que truca ! Sabiam ja que la tina del reactor EPR de Flamanville presentava de decas que porián far empacha a son utilisacion : concentracions tròp nautas en carbon dins lo beton que porián menar a una rompedura de la tina en cas de tust termic. Aqueste probleme es per ara estudiat per l’Autoritat de Seguretat Nuclearia (ASN), que  balharà lo seu diagnostic al mes de març.

Mas venem d’aprener qu’aquel probleme tocava en realitat 18 reactors actualament en servici !!  L’ASN a doncas demandat d’arrestar aqueles reactors per estudiar la causa e cercar de solucions. Es l’entrepresa Areva qu’es responsable d’aquelas decas e benleu tanben una entrepresa japonesa…

Una situacion calamitosa

Gaireben un terç del pargue nucleari francés es arrestat a la pòrta de l’ivern. Cossí alimentar totas las familhas que se calfan a l’electricitat ? Una penuria es realament possible se jamai las temperaturas baissan tròp.

D’autra part la societat Areva, autrescòps « fleuron » de l’industria francesa es en plena quicanela. L’arogancia dels decideires franceses los butèt a s’engajar sus de tecnologias tròp complexas e pas pro mestrejadas. En mai de documents qu’atestan de la qualitat de material fabricat al Creusot son estadas falsificats per amagar las decas : bonjorn la seguretat!

Las òbras entamenadas un pauc pertot son totas empetegadas dins de complicacions sens fin :

  • Finlanda : Areva es en conflicte ambe son « partenari » finés. La centrala venduda 3,5 milliards ne costarà fin finala 8 milliards !
  • França : l’EPR de Flamanville deviá fonccionar dempuèi 2012… mas es totjorn en construccion ! Còst de despart 3 milliards, mas en realitat ne sem ara a 10,5 milliards !
  • Inglaterra : a Inkley Point engajament d’EDF de bastir 2 reactors… malgrat las crentas dels sindicats e d’unes observators. Consequéncia : lo director financier d’EDF demissionèt ongan…

Un tal tableu deuriá menar a una seriosa remesa en causa de la gestion d’aquesta industria. Avetz ausit parlar de tot aquò ? Coneissetz de monde que pòdon perdre milliards sens la mendra sanccion ? Francament ieu ne coneissi pas! Per salvar sa filièra nucleara l’estat decidiguèt enfin qu’EDF crompariá l’activitat reactor d’Areva. E l’estat, de metre encara 5 milliards d’euròs suplementaris de sa pòcha … de la pòcha nòstra ! Seriá ora d’arrestar tot aquel degalhatge !

Jordil

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Nous sommes tous des émigrés-immigrés !

Jan 13, 2017

Depuis le démantèlement de la « jungle de Calais », une polémique traverse tous les partis et pollue les réseaux sociaux. C’est à qui sortira les arguments les plus saugrenus pour s’opposer à l’accueil de migrants et de réfugiés, et pour surpasser le FN qui n’est plus le seul à porter le « bonnet d’âne » dans ce domaine… Et pourtant, depuis que l’espèce humaine existe, elle n’a cessé de bouger et de parcourir tous les continents (sans frontières!) de la planète, pour des motifs économiques, climatiques ou de guerres.

Migrations de la guerre

En ce qui nous concerne directement, les régions occitanes de Provence et de Languedoc par exemple, qui comptent le plus fort pourcentage d’électeurs frontistes ou de la droite extrême en général, sont celles qui ont vu déferler sur nos côtes en 1962 environ 800 000 « migrants » (Pieds Noirs, Juifs, Arabes, Berbères), après l’indépendance de l’Algérie et surtout après les actions terroristes meurtrières de l’OAS tant en Algérie qu’en France (« Nuits bleues » de Toulouse et de Paris). Si certains se sont dispersés dans l’hexagone, la majorité s’est installée en Occitanie.

Mais ce XXe siècle, le plus meurtrier de l’Histoire, a connu des migrations encore plus importantes avec les deux guerres mondiales. Quand les Etats-majors ont imaginé massacrer des civils pour faire plier l’ennemi plus vite, les exodes se sont multipliés: pour le seul grand exode de mai-juin 1940, on compte de huit à dix millions de réfugiés du nord et de l’est (dont deux millions de Belges et Hollandais)) qui ont fui l’avancée de l’armée allemande et se sont réfugiés au sud du Massif auvergnat. Et comme le font certains aujourd’hui à l’égard des réfugiés syriens qui fuient les bombes de Poutine, Pétain culpabilisa en 1941 les réfugiés lorrains, belges ou alsaciens: « Souvenez-vous de ces colonnes de fuyards (!), comprenant des femmes, des enfants, des vieillards, juchés sur des véhicules… » De même certains maires, craignant un manque de nourriture pour leur propre population, venaient demander aux réfugiés de partir ailleurs… tandis que d’autres furent plus courageux, comme ce préfet qui resta à son poste et s’improvisa boulanger pour aider les victimes de cette guerre: il s’appelait Jean Moulin, natif de Béziers…

Petit rappel des migrations dans l’Histoire.

Dès le Paléolithique, nos ancêtres quittèrent l’Afrique pour peupler progressivement l’Asie, l’Europe et les territoires riverains de la Méditerranée. Voici plus de 400 000 ans, les hommes de Neandertal (homo sapiens) sont en Occitanie. Les dernières recherches en génétique montrent que nos propres génomes sont porteurs d’un certain pourcentage de gènes néandertaliens!

Ils seront rejoints vers 40 000 ans avant J-C par les « homo sapiens sapiens » originaires d’Orient, que l’on connaît mieux ici sous le nom de « Cro-Magnon »: ce sont les premiers Européens modernes, nos ancêtres directs. Ces nouveaux immigrés vont cohabiter durant quelque temps avec les premiers, auxquels ils transmettront des techniques nouvelles, ainsi que les premières manifestations de l’art: sculptures de la Vénus de Lespugue en Comminges et de la « Dame de Brassempouy » dans les Landes gasconnes, sans oublier les magnifiques peintures pariétales de Lascaux en Dordogne, de Niaux en Ariège ou de la grotte Chauvet en Ardèche.

Avec le radoucissement du climat vers 10.000 ans avant J-C, apparaît au Moyen Orient l’agriculture et l’élevage. C’est le début de la grande révolution agricole du Néolithique: les sociétés humaines vont passer d’une économie prédatrice de subsistance à une économie de production. Les migrations de peuples néolithiques du « croissant fertile » d’Orient (Syrie, Turquie, Irak, Iran) vers l’Occident vont transformer au 5e millénaire avant J-C les modes de vie jusque chez nous, avec de nombreuses innovations, sur le plan économique (domestication des animaux et pratique de l’agriculture), sur le plan technologique (instruments agricoles et poteries), sur le plan sociologique (regroupement en communautés paysannes). Mais d’autre part, c’est à ces peuples en voie de sédentarisation que nous devons deux « inventions » capitales pour l’avenir de l’humanité: la propriété … et la guerre!

Avant la colonisation romaine, des peuples très différents vivent sur nos territoires depuis des siècles.

Vers 600 avant notre ère, des Grecs-Ioniens venus de Phocée dans l’actuelle Turquie accostent en Camargue et fondent Marseille, puis de nombreux comptoirs pour leur commerce de Nice à Ampurias en Catalogne. Ils vont côtoyer des Ligures qui passent pour le plus ancien peuple autochtone de Provence. Plus à l’ouest, voici les Ibères, dont l’oppidum d’Ensérune près de Béziers raconte une partie de leur histoire et dont la langue sera écrite jusqu’à Toulouse: l’écriture ibère de « Tolosa » conservera cette même orthographe jusqu’à aujourd’hui en occitan!

Quant aux Aquitains de la Protohistoire, ils s’étalent des Pyrénées à la Garonne, descendants d’anciennes populations magdaléniennes, émigrées probablement de l’est caucasien. Battus par le Romain Crassus en 56 avant J-C, une partie d’entre eux se réfugiera au sud de l’Adour en conservant leur culture et leur langue que l’on retrouve chez les Basques d’aujourd’hui, l’autre partie fusionnera avec les nouveaux venus romains et constituera les Gascons.

A cette même époque, des populations celtiques venues d’Europe centrale s’implantent dans nos régions et laisseront leur nom sur nos terroirs, comme les Cadurques (Cahors), les Ruthènes (Rodez), les lemovices (Limousin), les Arvernes (Auvergne)… César écrira au 1er siècle avant J-C: « Tous ces peuples diffèrent entre eux par le langage, les coutumes, les lois« .

A partir du 2e siècle avant J-C, Rome colonise systématiquement toutes nos régions, qui seront bientôt intégrées à un vaste empire romain s’étendant de la Mer Noire à l’Atlantique. Au Ve siècle, un peuple originaire de la Baltique fondera le plus vaste royaume dans cet empire: ce sont les Wisigoths dont le territoire s’étendra à son apogée de la Loire à Gibraltar avec Toulouse pour capitale. Après la défaite d’Alaric II devant Clovis, les Francs tenteront de dominer les régions occitanes. Plus tard d’autres populations diverses traverseront l’Occitanie et s’y implanteront parfois: juifs, Maures, Berbères…

Avant la seconde guerre mondiale, les migrations les plus importantes seront dues aux Italiens dès 1920 pour des raisons économiques puis politiques sous le régime fasciste de Mussolini, et aussi aux républicains espagnols, basques et catalans poursuivis par les armées franquistes en 1936.

Les migrations n’ont jamais cessé jusqu’à nos jours sur ce vaste territoire que constitue l’Occitanie culturelle, au carrefour des chemins européens, traversée à l’ouest par l’arc atlantique, au sud-est par l’arc méditerranéen, et reliée au monde rhénan vers l’Europe du nord par l’arc Rhône-Rhin.

Ainsi nous pouvons dire que nous sommes toutes et tous des descendants de toutes ces générations de migrants, qui ont fait la richesse de la terre où nous vivons. Nous sommes bien des immigrés, émigrés de contrées plus ou moins lointaines… d’Afrique et d’Orient pour la plupart.

Georges LABOUYSSE

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Valls , Fillon : quina victòria?

Jan 6, 2017

Los comentators de la premsa parisenca non dèishan pas de díser que las primàrias son ua grana victòria de la democracia. Los responsables politics, plan disciplinats e complicis que tornan díser la medisha causa a longor d’antena.

Que seré donc la fin de la dictatura deus partits çò disen, pr’amor los candidats que serén causits peus ciutadans. Lo poder seré tornat au pòble. Quina ipocrisia quan sabem que los candidats a las primàrias deven passar per règlas impausadas peus partits, que sia lo nombre de signaturas d’elegits o autes mejans entà empachar los qui son hòra nòrma de’s presentar.

Las primàrias que son tanben lo mejan de har partir la campanha mei de d’òra e donc los mèdias qu’an lo temps de seleccionar e de’s familiarizar dab un grop de personas de qui espravan la popularitat gràcias a sondatges multiples e repetitius. Totun se los mèdias an ua part de responsabilitat los partits que son plan consents.

Las primàrias que limitan la possibilitat de candidatura aus professionaus de la politica. Quin voletz estar candidat a ua primària shens estar un professionau com un elegit, un ancian ministre, enfin quauqu’un qui a la possibilitat de har ua campanha de las longas ?

Que consacran las primàrias la dominacion d’un nombre hòrt limitat de mèdias e de jornalistas en l’organizacion deus debats. La premsa regionau qu’ei hòra jòc desempuish quauques annadas ; n’a pas mei nat ròtle.

La primària de la dreta qu’a plan illustrat aquera reduccion deu debat. Un ancian president de la Republica, dus ancians prumèrs ministres e ancians ministres. Un sol èra simple deputat. Quin renovelament ? E que serà parièr a l’esquèrra. La màger part son monde qui an dejà governat, qui an ua responsabilitat en lo bilanç deus cinc ans passats.

E quan pensi qu’entenem comentaris suu hèit que Fillon e seré un òmi nau, mau aimat deu sistèma…e perqué pas un rebèlle ? E tot aqueth monde qu’explican au pòble qu’ei eth qui causeish LO capdau, l’òmi providenciau.

L’abséncia de vertadèr debat politic, ubèrt, pluralista que pòt sonque alimentar l’amarum deus qui creden que, un còp la taula destornada, de camas a capsús, tot qu’anarà miélher. Tot aquò que pòt profieitar sonque a l’extrema dreta.

Qu’avem besonh un vertadèr debat democratic. Qu’avem besonh auta causa qu’ua comedia qui entertien l’illusion que l’Estat Nacion dab un president (o ua presidenta) ei lo sol esquèma possible.

Que sostienem la candidatura de Christian Troadec, non pas pr’amor que pensam que sia l’òmi providenciau mes sonque entà perméter de har entrar d’autas ideas en lo debat politic. E puish que seguiràn las legislativas on deveram estar presents.

Qu’avem ideas a defénder : ua auta faiçon de tribalhar, de consumir, de repartir las riquesas ; que devem promòver ua vertadèra politica de luta contra lo cambiament climatic, ua politica de respècte de la diversitat lingüistica.

Qu’avem a parlar d’Euròpa, a ns’acarar seriosament a la politica europèa necessària entà respóner de faiçon umana e intelligenta a las populacions qui demandan a viéner a noste…

Las questions non mancan pas. N’esperem que sia passat l’auratge entà qu’arribe lo bèth temps. Que deverem apréner a léger lo bulletin meteorologic !

David Grosclaude

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Puissance et cygne noir.

Jan 6, 2017

Tous les décideurs essaient de prévoir. Mais ils sont souvent pris en défaut.  Les événements rares et catastrophiques –tremblements de terre, inondations, accidents nucléaires, krachs boursiers, etc.–, dominent  régulièrement l’actualité et fascinent notre imaginaire par leur caractère imprévisible et surtout par leurs conséquences. Les mathématiques permettent de comprendre un certain nombre de choses.

Voici un premier graphique réalisé par mes soins qui illustre la croissance du PIB et de la population mondiale.

Les lois exponentielles sont tout simplement impossibles au delà d’un certain temps dans un monde fini. 

Tout le monde connait l’échiquier de Sissa (nombre de grain multiplié par deux qui au final font une valeur astronomique) ou l’équation du Nénuphar d’Albert Jacquard que je rappelle rapidement.  On plante un nénuphar dans un grand lac. Ce nénuphar a la propriété héréditaire de donner un autre nénuphar chaque jour. Au bout de 30 jours il a recouvert la totalité du lac et la population meurt asphyxiée et privée de nourriture. Au bout de combien de temps recouvrait-il la moitié du Lac ? (réponse à la fin de l’article)

Nous savons depuis les travaux de Gaël Giraud et Zeynep Kahraman que le PIB dépend à 60 % environ de l’énergie disponible et, de plus, il semblerait que le potentiel de découvertes scientifiques soit aussi limité.

Les questions essentielles que nous devrions nous poser sont les suivantes:

  • Comment évaluer les limites de notre éco-système ?
  • Quelle est la taille de la population mondiale qui en résultera ?
  • Quel sera le niveau de confort et de bien-être que nous pourrons avoir ?
  • Allons-nous subir un état stationnaire ou une chute rapide à cause de l’utilisation massive de ressources finies ?
  • la coopération l’emportera-t-elle sur le conflit entre les divers groupes humains ?

Risques et incertitude

Frank Knight,  théoricien du risque et économiste –personne n’est parfait–, distingua le risque calculable, correspondant à des événements dont on peut évaluer la probabilité, et l’incertitude, qui recouvre des événements dont on ignore les probabilités d’occurrence et les conséquences. Cela est essentiel, notamment dans le domaine de l’assurance.

Lorsqu’on s’éloigne des systèmes physiques pour aller vers des domaines où les facteurs humains sont plus importants, la part de l’incertitude augmente.

Et il peut y avoir des « cygnes noirs » –événement important qui bouleverse tout– aux conséquences importantes. Le monde est généralement présenté de manière artificielle et trompeuse. Le travers des économistes et des scientifiques est de prétendre toujours prévoir les événements avec la certitude des lois de la probabilité. Or le monde n’est pas prévisible. L’histoire est plutôt déterminée par des événements extraordinaires et imprévus. Au moindre imprévu on parle de « cygnes noir » –les conséquences étaient imprévisibles– mais c’est souvent biaisé car des signes auraient du nous mettre en garde.

Bienvenue chez SOC

La criticalité auto-organisée –Théorisée par Per Bak, désigne un certains nombre de systèmes qui s’auto-organisent comme par exemple lorsque la glace ou les flocons se forment. On observe aussi cela sur les villes-champignons, les groupes sociaux, etc.

En simplifiant à l’extrême on peut dire qu’il s’agit d’un phénomène de mise en ordre croissant par dissipation d’énergie. Le phénomène peut être progressif ou brusque mais on peut l’évaluer. Cela donne de belles représentations qui permettent d’anticiper, en partie, ce qui va se passer. Ici il s’agit de fourmis mais les humains fonctionnent pareil. Or par nature, un système de ce type est instable.  Il peut connaître des bifurcations.

Bifurcations or not bifurcations ?

Les bifurcations se produisent sur les systèmes métastables ou instables pour les ramener à un était plus stable. Par exemple entre une zone froide et une zone chaude des vents se forment pour rétablir l’équilibre.

On a l’habitude des systèmes instables mais on est surpris par les systèmes métastables –on les croit stables– car on se s’attend pas à ce qu’une petite variation ait de si grandes conséquences.

Dans les systèmes métastables, une perturbation même faible peut déclencher une instabilité, jusqu’au retour à un autre équilibre.

Imaginons maintenant que nous versions du sable sur une table. Celui-ci forme un tas, dont la pente augmente de plus en plus jusqu’à être trop importante. A ce point critique des avalanches se forment. Elles sont, la plupart du temps, petites et exceptionnellement très fortes. La répartition du phénomène se fait selon une loi de puissance et l’amplitude est inversement proportionnelle à la fréquence : plus c’est rare plus c’est grave.  Les marchés financiers et le climat ou d’autres phénomènes réagissent de la sorte. Pour la population cela peut signifier une forte correction. Dans un autre registre, le climat, le risque de bifurcation et d’emballement est important. Même le GIEC pense qu’à partir de 1,5 °C de réchauffement on entre dans une évolution non linéaire (dangereuse). Et ces 1,5 °C, sont déjà inévitables. Songeons au +20 °c par rapport à la moyenne habituelle au pôle Nord en ce moment !

Un dernier petit coup de Bar-Yam sur la tête

Le monde est devenu très complexe. Probablement trop.  Le processus de complexification croissante de la société est un processus « naturel ». C’est la réponse du système à son environnement. Au départ, l’augmentation des échanges et la diversité est précieuse. Un village qui souffrirait d’une mauvaise récolte peut aller la chercher dans le village voisin. Mais si le monde est trop interconnecté, les doublons disparaissent et seul le plus efficace survit. Si par exemple il y avait un boulanger dans les deux villages, il risque de n’en rester qu’un. A ce moment là, l’impact des défaillances se propage. Dépendant l’un de l’autre, les deux villages souffriront si l’un rencontre un problème.  Du coup, la complexité conduit à une plus grande vulnérabilité.  On le voit, par exemple, pendant les épidémies quand on étudie leur propagation. Cet aspect est assez peu compris. Il montre que lorsque les réseaux deviennent toujours plus couplés, ils commencent à transmettre les chocs plutôt que de les absorber.

Utilisant le même mécanisme de puissance, le pouvoir se concentre. Il est absurde de penser que la concentration du pouvoir entre les mains d’un ou de plusieurs individus (cas de nos démocraties qui sont organisées de manière hiérarchique) est susceptible de mener à des décisions politiques optimales, dans la mesure où ces décisions interviennent au sein d’un tissu d’enjeux complexes, interconnectés de plus en plus grand. Dans ces conditions, toute décision politique aura toujours des conséquences importantes, possiblement dramatiques, et non anticipées. Le moindre cygne noir d’un sous-système quelconque risque de mettre le tout par terre par effet domino… or la société mondiale d’aujourd’hui est un immense réseau interconnecté. On connaît la suite : le baril monte à 145$, le système de prêts immobiliers américains se met en défaut, les subprimes explosent et l’ensemble de la planète finance bascule en renversant la table où tout le monde mangeait.

Les bonnes résolutions pour 2017 :

  • Il est nécessaire quantifier les phénomènes mais il faut rester modeste sur la prédictibilité des systèmes. Quelques règles de bon sens permettent d’éviter le pire : principe de précaution. Par exemple, si je n’ai rien contre le nucléaire, on ne construit pas des centrales nucléaires sur une zone sismique –comme en Californie– qui a une probabilité de 70 % de connaitre un événement majeur aux conséquences potentiellement désastreuses d’ici 20 ans.
  • On ne perturbe pas le climat au risque de créer une bifurcation et un emballement. On y est probablement.
  • On ne dépasse la capacité porteuse d’une ressource renouvelable sous peine de correction forte.
  • On essaie de construire des systèmes robustes qui ne sont pas sensibles à l’aléatoire. On préfère  l’anti-fragile, c’est à dire tous les systèmes qui tirent profit de l’aléatoire.
  • On essaie de réduire les conséquences en appliquant certains principes de précaution –mais pas de manière excessive.
  • On corrige les phénomènes de concentration des lois de puissance car la concentration augmente le hasard sauvage. On lutte contre les inégalités en aménageant le territoire pour lutter contre la concentration naturelle sur les métropoles. VIVE LES REGIONS !
  • S’il faut accepter un part d’inconnu,  ce n’est pas non plus la peine de prendre des risques insensés notamment avec le climat. En effet lorsqu’un système sort de son état méta-stable, il peut s’emballer.
  • On crée des systèmes plus anti-fragiles car plus résilients. Généralement, ils sont moins complexes et plus petits. VIVE LES REGIONS ET LES CAMPAGNES !

La réponse était 29 jours car la taille double tous les jours. Sommes nous le 29ème jour ?

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