Si, pendant un temps, on pouvait se poser la question de la valeur de l’article 75-1 de la Constitution française sur les langues régionales, des conséquences pratiques de leur reconnaissance institutionnelle, aujourd’hui nous avons la réponse : l’article 75-1 ( 1 ) n’ a qu’une valeur ornementale et c’est l’Europe qui nous le dit.
Au tout début de l’année, François Alfonsi a été interpellé par un éditeur breton sur le fait de pouvoir bénéficier de subventions européennes, dans le cadre du volet 1.2.2 « Traduction littéraire » du Programme Culture, pour traduire un ouvrage de Shakespeare en langue bretonne. Le guide du Programme Culture, dans sa dernière version 2009, précise en effet que « les langues éligibles sont les langues officielles des pays participant au Programme » et définit les langues officielles comme les langues déterminées comme telles par « la Constitution ou des Lois fondamentales des pays respectifs ».
Or, Madame Vassiliou, Présidente de la Commiss ion Culture de l’Europe a fait savoir à François Alfonsi que « la référence faite aux langues régionales [dans la Constitution française] ne confère aucunement à la langue bretonne le statut de langue officielle de la
République française […]. Le breton (au même titre que les autres langues régionales de France) ne bénéficie pas du même statut que le basque ou le catalan, qui sont déjà reconnus par la Constitution espagnole comme des langues officielles. Par conséquent, la
langue bret onne ne peut bénéficier du s outien du programme Culture en fave ur des proje ts de traduction. »

Aucune langue de France ne peut donc recevoir d’aide de l’Europe. La logique tourne même à l’absurde : un éditeur basque de Bayonne ou catalan de Perpignan ne recevra aucune aide de l’Europe alors qu’un éditeur basque de Bilbao ou catalan de Barcelone,
parce qu’il se trouve en Espagne et que l’Espagne, qui a inscrit le catalan et le basque comme langues officielles dans sa Const itution( 2 ), pourra lui obtenir un financement européen. Pas de doute, l’Europe des Régions et des Peuples est encore loin. Aucun doute non plus, l’apparition des langues régionales dans la Constitution à titre patrimonial est bel et bien insuffisante !

 

 

1- Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.
2- L’article 3 de la Constitution espagnole stipule : 1) Le castillan e st la langue espagnole offici elle de l’État. Tous les Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l’utiliser. 2) Les autres langues espagnoles seront également officielles dans les différentes  Communautés autonomes en accord avec leurs Statuts. 3) La ri ches se des div er se s modal ités linguis tiques de l’Espagne est un patr imoine cul ture l qui doi t être l’obje t d’une protection et d’un respect particuliers. 

 

 

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