De nombreux mil itants occi tanistes sont attachés au drapeau occitan composé à la fois de la croix du Languedoc et d’une étoile à 7 branches dans un coin. Passons en revue quelques-unes des raisons qui peuvent faire préférer ce drapeau à la seule croix occitane.
Tout d’abord, ce drapeau conserve en son centre la croix occitane, qui est la marque principale de notre rassemblemen t, de ce qui nous u ni t à travers n os dif férences (dialectales, culturelles,…) : c’est l’unité, dans la diversité, pour reprendre une formule bien connue. Il n’y a donc pas de négation ou d’opposition à la portée symbolique de la croix, aux différents combats politiques passés et futurs pour notre Langue et notre Culture.

Mais isolée, perdue dans l’immensité rouge, la croix, par sa seule présence, peut sembler nier en quelque sorte notre diversité, notre pluralité, auxquelles l’étoile viendrait en quelque sor te en contre-point. Cette Estela, qu’el le soit sainte ou non, marqueur de notre diversité au sein de la famill e occitane, serait alors également un marqueur du fédéralisme.

Ce besoin de représenter la multitude des territoires n’est pas isolée.

Déjà l es États-Unis d’Amér ique, et cela depuis l eur révolution, intègrent dans leur drapeau (Stars and strips) de petites étoiles. Mais dans une logique bien comptable qui l eur est propre, leur nombre augmente à mesure que de nouveaux États se fédèrent, ou sont  fédérés…

Plus proche de nous, les 12 étoiles du drapeau européen (Consei l de l ‘Europe et Union Européenne) représentent cette diversité des États en Europe. Mais depuis sa création, dans la recher che d’une « harmo nie » à t ravers l eu r dispositi on c irculaire (l e cerc le, objet géométr ique f ini, représentant l’unité), le lien direct avec le nombre d’États européens n’a jamais été souhaité, ce qui permet en quelque  sorte une expansion sans fin du ter ritoire européen par l’absorption de nouveaux États (expansion vers l’Europe de
l’Est et des Balkans), ou la création de nouveaux États en son sein (on pensera ici à la future scission de la Belgique). Créé ad nihilo en 1955, ce symbole, par sa géométrie simple et moderne, semble alors se suffire à lui-même. Ce n’est en fait pas réellement le cas du drapeau occitan ; la croix occitane, fortement chargée symboliquement depuis l e XIème siècle (et peut-être même plus tôt), dans notre mémoire collective.

Cependant, des territoires occitans ayant une identité culturelle forte, peuvent ressentir cette croix
utilisée seule comme un marqueur de « colonialisme intérieur », dépassant en cela la pensée et l’objectif de ceux qui soutiennent cette démarche. C’est ainsi le cas en Gascogne (et dans sa partie béarnaise), ou en Auvergne, sans parler de la Provence, où les questions liées à la graphie peuvent provoquer un rejet de la c roix occi tane.

Cette diff iculté est d’autant plus importante que :

– les territoires ont besoin de se singulariser. Georges Frêche,à la tête de la région Languedoc-Roussillon l’a bien compris ; malgré l’abandon du nom Septimanie pour SA région, il a imposé l’abandon des bandes catalanes et de la croix occitane pour le logo régional, et ainsi toute référence à la puissante Catalogne du Su d comme à la région voi sine de Midi – Pyrénées.

– la croix occitane seule peut-être à la fois le symbole d’un dialecte (le languedocien), d’une collectivité territoriale maldéfinie (la région Midi-Pyrénées), d’une ville (Toulouse). Cela peut poser un véritable problème identitaire, par exemple si l’on parle le provençal et que l’on habite Marseille, de devoir faire faire acte d’« allégeance » à Tolosa.

Il n’est pas nécessaire pour autant, en adoptant l’Estela à 7 branches, de rechercher, comme d’autres et peut-être ceux qui sont à l’origine de cette proposition, toute référence aux poètes Félibres, ou au nombre de dialectes. Nous pouvons également oublier les éventuels territoires qui composent l’Occitanie, une fédération étant un organisme vivant, elle peut voir apparaître ou fusionner des   entités territoriales en  fonction du besoin de ses citoyens.

Enfin non, ce n’est pas, ou plus, opposer la démarche autonomisme à celle de l’indépendance. Afin de convaincre ceux encore qui ne voient dans l’étoile qu’un abcès inutile qui souillerait le drapeau original, et ne comprendrai ent pas les réticences de certains à se placer symboliquement sous cette seule croix, la réponse nous vient peut-être de l’Inde et de l’analyse de Claudi Assemat dans l’opus Lo jòc de tolerància*. Si l’on reprend son vocabulaire mathématique : dans le référentiel global (le monde/R), qui permettrait l’étude de l’« objet » Occitanie (E), nous pourrions en effet associer à chacune des branches de l’Estela les aff irmations suivantes de la phrase de Siad-Vadà d’una  causa « E » (NDR : Occitània) se dirà :

1 : que se tròba que pòt èsser tala

2 : que pòt, tanplan, pas èsser tala

3 : que pòt arribar coma tanplan n’arribar pas que s iá ala

4 : que pòt èsser non formulabla coma tala o tala

5 : que pòt èsser tala e non formulabla coma tala o tala

6 : que pòt èsser non formulabla e a l’encòp pas èsser tala

7 : que pòt èsser, èsser pas tala e èsser non formulabla

L’Occitanie est un objet tangible, dont la construction et la reconnaissance sont nécessaires pour la survie de notre culture comme pour l’évènement d’une soc iété du mieux vivre ensemble. Mais elle peut également demeurer à l’état d’Utopie inachevée. L’Estela, qui porte l’ensemble de ces possibi lités à travers ces 7 « choix » , peut être donc là également pour nous rappeler les effor ts à fourni r pour atteindre l’objectif d’une Occitània fédérale et solidaire.

 

Waisale Crotz
* « Lo jòc de tolerància, apròchi critic de la logica binària » de Claudi Assemat,
colleccion « Ensages » 1, ADEO

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