Alors que le LGV entre Paris et Bordeaux sera mise en service dès juillet 2017 on sait déjà qu’elle coûtera de l’argent à la SNCF. Les prix des billets seront environ 10% plus chers. Ce sera la première ligne gérée par le privée et en partie financée par l’argent public. Une bonne affaire pour tous ? Pas sûr en ce qui concerne le contribuable ; pas sûr pour les usagers du train du quotidien.

C’est fait ! On s’est bien fait couilloner mais on était averti parce que ce n’est pas faute de l’avoir dit et redit. La ligne TGV (très grande vitesse) entre Bordeaux et Paris est donc ouverte dans sa totalité(1) après plus de 7 milliards d’euros d’investissement qui auront été payés en partie par le privé mais aussi par des collectivités territoriales, même par celle qui n’ont pas la ligne sur leur territoire, c’est à dire les collectivités du sud de l’Aquitaine (départements, communautés de communes et d’agglomération). L’arnaque est simple : vous payez parce que la ligne arrive à Bordeaux et donc cela vous rapproche de Paris ! Le Graal !

La pub a été lancée ces jours derniers et la communication sur le sujet marche à plein. Pour les premières semaines la SNCF casse les prix mais cela ne durera pas. C’est la fête dans les premiers mois. La facture viendra un peu plus tard.

Aller plus vite à Paris et en revenir plus vite ! Pas la peine de donner des arguments pour dire que cela vaut de l’or. Ça tombe sous le sens d’un centralisme têtu que nous vivons et entretenons en France. « Il faut être à Paris en trois heures » me disait un jour un haut fonctionnaire à qui je demandais des arguments pour justifier cette ligne LGV. Rien que ça était censé vous clouer le bec ! Personne n’est pourtant arrivé à prouver que la très grande vitesse avait le moindre impact économique sur les territoires (création d’activités et d’emploi) mais ça ne fait rien. L’essentiel c’est que les entreprises situées en « province » puissent envoyer leurs dirigeants et leurs cadres plus vite auprès des « donneurs d’ordre qui se trouvent à Paris » comme le disait un député du Béarn qui n’a pour horizon que le passage sous les quatre heures pour faire Paris-Pau. Et nous n’y sommes pas encore parce que pour ce faire il faudrait aligner quelques milliards de plus au sud de Bordeaux. Mais là le privé ne tient pas à investir. Ce n’est pas assez juteux. Alors si le projet voit le jour c’est qu’on aura fait payer le contribuable français ou européen et bien entendu aussi les collectivités à qui on reviendra vendre la très grande vitesse et le rapprochement avec Paris. Le projet a du plomb dans l’aile mais les vieux fanas du TGV a 300km/h sont à la manoeuvre(2). Pourtant les rapports sur le risque du tout TGV se sont empilés sur les bureaux des ministères et de la Cour des Comptes. Mais rien n’y fait. Nous ne sommes plus dans le rationnel. Ceux qui décident ne prennent pas le train, celui du quotidien, celui qui est en retard parce que les voies ne sont pas entretenues depuis des décennies. Ils ne prennent pas le train qui vous fait arriver au travail chaque matin (ou qui devrait vous y faire arriver à l’heure).

Billet plus chers pour des bénéfices au privé

C’est donc fait ! On voyagera de Paris à Bordeaux en un peu plus de deux heures à partir du mois de juillet. Mais ce sera plus cher de 10% . C’est le prix de la très grande vitesse pour tous. Mais ne vous inquiétez pas, parce que même si vous payez votre billet plus cher vous participerez aussi au déficit de la SNCF qui prévoit déjà de perdre de l’argent dès cette année sur la nouvelle liaison rapide. En effet elle va payer cher les sillons (les droits de passage) sur cette ligne qui seront perçus par Lisea, la société fondée autour de Vinci. Il y a fort à parier que l’opérateur privé ne perdra pas d’argent et que tout est prévu pour qu’il en gagne.

Tout cela coute bien cher par minute gagnée et rien n’indique que ce temps gagné se transformera en nouvelle énergie pour les territoires hors Paris. La transformation de l’hexagone en grande banlieue se poursuit. Le repliement sur le territoire hexagonal aussi. Il faut toujours plus de trois heures et vingt minutes pour aller de Toulouse à Barcelone en train ! Et encore en période d’été parce qu’en hiver il n’y a pas de direct et il faut plus de quatre heures.

On nous promet que sur la ligne nouvelle Bordeaux-Paris il y aura des billets moins chers. Il faudra les prendre très à l’avance. Ce sera pour les gens de base et bien sûr ces trains iront un peu moins vite et circuleront en pleine journée. Alors « gagner du temps » entre 11h et 16h quand on fait le voyage une fois de temps en temps ne vaut certainement pas l’investissement gigantesque et l’impact écologique d’une LGV. Notons aussi que la bataille a fait rage pour que les TGV s’arrêtent dans les villes le parcours. Un TGV qui ne s’arrête nulle-part était difficile à faire payer à certaines villes et par certains départements. Un train qui ne s’arrête pas ne se remplit pas non plus. Cependant un TGV qui s’arrête trop est une train qui roule moins vite.

Alors même que le trafic TGV et ses bénéfices s’essouflent, alors même que dans les autres pays on a revu la copie en privilégiant les trains à grande vitesse (jusqu’à 220 km/h sur lignes classiques) rien n’est trop beau pour sauver notre modèle centralisé. On fait payer les territoires et leurs habitants. C’est la double peine voire la triple peine. Ils payent par leurs collectivités, ils ont des prix de billets qui augmentent et l’argent englouti dans ces projets n’est pas là pour moderniser les voies classiques, modernisation que l’on fait payer aux collectivités qui y engloutissent beaucoup d’argent.

Équilibre du territoire ?

La nouveauté c’est aussi que les lignes TET (Trains d’Équilibre du Territoire) (3) sont pour certaines abandonnées ou confiées aux régions. Pour l’Occitanie restent dans ces lignes deux grands axes qui seront toujours financés par l’État et c’est encore heureux : à savoir Toulouse-Limoges-Paris et Bordeaux-Toulouse-Marseille. On a quand même jugé que ces lignes étaient utiles. On y a ajouté Toulouse-Hendaye. C’est la seule bonne nouvelle ferroviaire que le sauvetage de ces trois lignes qui devraient d’ailleurs bénéficier de matériel neuf d’ici 2025. Pour les autres on proposera aux régions de les prendre en charge. Par exemple Béziers-Clermont-Ferrand ou Nimes Clermont-Ferrand. La présidente de la région Occitanie avait d’ailleurs fait savoir qu’elle n’était pas preneuse dès le mois de juillet dernier. C’est à l’État de payer. L’ancienne ministre sait sans doute par expérience que quand l’État donne à gérer un nouveau problème à une région la dotation spéciale qui l’accompagne ne compense jamais les coûts réels.

D’autres lignes comme Nantes-Lyon et Nantes-Bordeaux pourront elles aussi être modernisées. Il est vrai que ce n’est pas difficile puisqu’entre Bordeaux et Nantes une partie du voyage se fait à 50 km/h ce qui vous laisse le temps d’admirer le paysage pendant une heure et vous met Bordeaux à plus de quatre heures de Nantes. Il suffira de refaire la voie qui n’a pas été entretenue depuis des lustres. Mais ça traine et les usagers sont mécontents.

Les sacrifiés de l’affaire sont les trains de nuit. Si le Paris-Rodez et le Paris-La Tour de Carol pourront sauver leur peau il risque d’en être autrement pour le Paris-Hendaye. Il y a trente ans que l’on a pas modernisé cette offre pourtant intéressante et on s’étonne que les clients ne s’y précipitent pas.

Visiblement nos décideurs ne prennent pas le train. C’est une évidence pour beaucoup d’élus régionaux qui connaissent mal les trains qu’ils financent. C’est vrai pour les élus et décideurs qui sont à Paris qui ont bien du mal à comprendre ce qu’est un TER et à imaginer combien c’est agaçant de voir des trains supprimés chaque jour. Visiblement nos décideurs ne regardent pas non plus ce qui se passe ailleurs en Europe. Il y a des trains qui roulent, qui sont à l’heure et il y a même par dessus le marché un vrai trafic de marchandises. Chez nous c’est la préhistoire du frêt. Mais nous avons la vitrine du TGV. Peut-être que nous allons dans le mur…mais on y va vite.

(1)Les premiers billets seront vendus pour les premiers jours de juillet mais le voyage inaugural a été fait il y a une dizaine de jours.

(2) Officiellement les projet Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse de LGV sont toujours prévus mais il n’y a pas d’argent pour cela. Mais cela n’empêche pas les présidents de régions d’en parler encore et de chercher de l’argent européen. Quant aux dates elles restent floues.

(3) On les appelle aussi les Intercités

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