Pau au coeur du Béarn, une culture à part .

Uneenclave : une ville ancrée dans les Pyrénées. Selon Lamartine, « Pau est la plus belle vue de terre du monde comme Naples est la plus belle vue de mer ». Mais Lamart ine n’est pas allé au sud, juste un peu plus loin, juste un peu plus haut car la vue est plus b elle encore sur cette terre des Pyrénées qui es t omniprésente ; omniprésente et capitale.

Elles sont là, on les touche et l’Ossau lève un doigt vainqueur. Entre ville et montagne Le vignoble de Jurançon s’accroche quelque part entre cette ville et cette montagne ; c’est un vignoble qui se cac he et quiconque n’ose pas prendre les carrefours pour s’éloigner des grands axes peut tout à fait ne pas le voir.

Ici, point de vignes à perte de vue, mais des ilots accrochés au versant sud du plissement, onde de choc de ces rencontres de plaques qui ont fait naître cet te frontière, barrière de roche de 3 000 mètres.

Entre pâtures et bois, des vignes en rangs, le plus souvent parallèles aux courbes de niveau ou dans le sens de la pente, parfois vert igineuse, sur des hautains de châtaigner, la vigne se conduit haute parce que les gelées de printemps sont fréquentes et que près du sol, les effets sont plus intenses.

Comprendre ce vignoble, c’est le faire dans sa globalité : des cépages, un climat très particulier et des s ols qui ne s ont pas prépondérants sur les deux premiers facteurs cités. Océanique et montagnard Le climat est caractérisé par plusieurs influences : océanique, donc doux et humide, sudiste, donc plutôt chaud l’été, montagnard, donc aux hivers rigoureux dès que l’on prend de l’altitude. Cela explique que les palmiers dans la vallée sont très nombreux, dessinant leur silhouet te sur un fond de neige des sommets voisins.

A cela s’ajoute le foehn qui vient du sud en dévalant les pentes des Pyrénées et qui fait monter les températures dans la vallée : c’est le vent Balaguer qui permet les maturités élevées et le passerillage des mansengs. Gros et petit manseng Les deux fleurons de l’appellation, ce sont bien eux ; le gros et le petit manseng. Le gros parce qu’il est très planté, capable de faire de beaux secs comme de bons moelleux, généreux mais surtout le petit, parce qu’il est reconnu comme la star : un très grand cépage, celui qui donne les gr ands vins doux, ma is aus si aujourd’hui, de plus en plus de vins secs de haut niveau.

L’ennui avec ce cépage si qualitatif, c’est que c’estune bête à sucre : la maturité n’est pas atteinte avant 15 ou 1 6 degrés auss i pour des grands s ec s, les équilibres ne sont possibles que grâce à des acidités élev ées , que d’ailleurs c e cépage possède naturellement, la nature, l’y aidant en fonction des caractéristiques du millésime. C’est là que d’autres cépages locaux, les courbus (gros et petits) mais aussi le cama ralet et le lauzet s ont des a pports très intéressants pour leur caractéristique gustative et leur plus faible taux d’alcool à maturité.

Et passons à la dégustation… N’avoir que quelques heur es pour visiter des domaines impose de faire des choix. Je vous propose une série de dégustations que nous égrainerons au fil des n° d’Occitania.

Commençons par la jeune garde inventive : Sébastien est revenu au domaine Bordenave Coustarreten 1997 quand celui-ci comptait 2 hecta res de vignes. Il repr ésente la 7 ième généra tion de vigneron au domaine et il est celui qui l’a fait le plus évoluer, puisque la superficie est passée aujourd’hui à 5 ha en product ion. Séba stien croit au Jurançon sec et le prouve dans une démarche singulière : une seule cuvée dans ce type de vin sans élevage en barriques, mais un vin de haut niveau faisant la part belle au petit manseng (80 % et 20 % de courbu).

Le domaine est conduit sur les principes de l’agriculture biologique sans revendiquer la certification.

Jérôme Pérez

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• Renaissance 2010 : Jurançon sec.
Joli nez de mirabelle et de fruit exotique, discret et retenu. En bouche, le vin montre qu’il est avant tout un vin
de structure, bâti avec un équilibre parfait entre amers et acides. C’est très long avec une pointe minérale. Un
vin très prometteur.
Jurançon Doux 2010:
C’est l’étiquette classique du domaine, celui que le grand père voulait qu’il soit parfait, illustration de la
typicité de Jurançon. Il fait la part belle au gros manseng (60 %), complété par le petit manseng. Vin de cuve
pour les 2/3 et le reste étant élevé en barrique de 3 ou 4 vins.
Ananas, truffe, citron, un cas d’école. Belle structure, joli gras et la colonne vertébrale vive qui tend le vin et
lui donne cette longue finale.
Jurançon doux le Baron 2009:
Une cuvée 100 % petit Manseng élevé en barriques de 400 litres renouvelées par tiers.
Le nez est fermé mais la truffe blanche pointe déjà. Le bois ressort en bouche encore et ce vin se montre plus
corpulent que le précédent, avec une longue finale citronnée et réellement tonique. C’est net et sans lourdeur.
Un joli vin.
Les Jurançon de ce domaine sont réellement ancrés dans leur appellation. Des secs qui sont des vins de
bouche, de structure, très bâtis et des doux qui sont plus impressionnants lors de la rétro-olfaction et la
longueur qu’en bouche, ce qui est souvent le cas à Jurançon ; c’est à ce moment que l’on ressent cette belle
vivacité qui porte réellement les finales.

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