Une fois de plus, dans un des pays où les raisons de ne plus voir leurs bras levés, ni entendre leurs injures raciste étaient, sans mauvais jeu de mots, légion, l’extrême droite xénophobe, nationaliste anti-euro et anti-immigrés réalise une spectaculaire percée électorale. Troisième force allemande, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) envoie 80 députés au Bundestag.
La France, avec un FN dont le nombre réduit d’élus ne tient qu’à un mode de scrutin majoritaire éculé, l’Angleterre avec les tenants du Brexit désormais majoritaires, l’Italie qui renoue avec la tolérance zéro en matière d’immigration, les populistes au pouvoir en Pologne et en Hongrie, et maintenant l’Allemagne, oui c’est toute l’Europe qui est touchée par une volonté de repli sur soi et de fermeture.
Chômage, terrorisme, crises multiformes, sociale, écologique, économique, difficultés à se loger, parfois à se nourrir, viennent marginaliser des franges de plus en plus importantes de la population européenne. Ainsi un citoyen sur quatre, 118 millions de personnes au total, est touché par la pauvreté ou l’exclusion sociale. On note aussi une augmentation de la pauvreté (7,8%) dans les travailleurs à plein temps ce qui indique qu’un nombre croissant de gens sont employés dans le secteur à bas salaire.
Et ces colères sociales, souvent latentes et qui peinent à trouver des solutions solidaires et internationales favorisent les populistes qui agitent les peurs, dénoncent les boucs émissaires et mettent en avant une préférence nationale et nationaliste.
Mais s’ils sont aussi écoutés c’est parce que les politiques austéritaires menées par la commission européenne depuis 2008, comme par la plupart des États, ont largement aggravé une situation totalement inégalitaire avec des pauvres de plus en plus nombreux et des riches de plus en plus riches.
Sur le plan hexagonal les lois « travail » de Macron et l’adoption du traité CETA, entre l’Europe et le Canada viennent fournir deux illustrations de ces purges libérales qui au final ne feront qu’aggraver une situation de précarité.
Qui peut sérieusement croire qu’on embauche en fonction d’un barème d’indemnités prudhommales ? L’emploi est fonction du carnet de commandes, du volume de services à fournir. En satisfaisant les vieilles revendications du MEDEF, Macron va concentrer un peu plus d’argent dans des mains qui n’en n’ont nul besoin. En affaiblissant, le mot est insuffisant, les droits des salariés le pouvoir central va accroître le nombre de temps partiels subis et considérablement augmenter le nombre de travailleurs pauvres. Des populations entières qui, surtout cheznous, rencontrent les pires difficultés à se loger et à vivre décemment.
TAFTA/CETA qui entendent organiser les échanges marchands, en bien précisant que tout est marchand pour les concepteurs de ces traités, viennent directement menacer les services publics, comme la distribution de l’eau.
Bien commun souvent fournie en régie, elle échappe, pour les consommateurs qui résident dans des communes qui ne l’ont pas privatisée, aux grands groupes industriels. Demain les collectivités récalcitrantes, déjà sujettes à d’insupportables lobbyings, seront directement sous la menace de sanction pour non respect de la concurrence. Car oui, ces accords sont faits pour tout soumettre à la concurrence. Ils viennent, de facto, fragiliser le rempart social du service public et s’inscrire dans la logique inverse des circuits courts, du consommer local, du produire au pays. Des engagements qui fondent notre action publique et guident nos choix politiques totalement opposés à cette logique libérale de mondialisation et d’acculturation effrénée.
Mais nous devrions aussi en Europe avoir des raisons de nous réjouir. En Écosse, en Catalogne, les peuples font entendre leur volonté, par la voie démocratique, de redéfinir l’engagement européen. Mais que dire de cette Europe muette alors qu’elle devrait accompagner la volonté des Écossais qui refusent le Brexit ! Et comment tolérer son mutisme devant la dérive autoritaire de l’État espagnol quand la Catalogne veut faire vivre un droit reconnu par l’ONU : le droit à l’autodétermination ? Comment admettre qu’on puisse se taire quand, rappelant des régimes d’un autre temps, c’est par la force qu’on veut empêcher tout un peuple de voter.
L’Europe des États, c’est, nous l’avons dit, l’Europe en mauvais état ! L’Europe des libéraux, c’est celle de la mondialisation, du chômage et de la misère.
Alors oui, Pauvre Europe, mais aussi indispensable Europe qu’avec nos frères catalans, basques, écossais, corses, bretons… des peuples et des régions solidaires nous avons hâte de réinventer.
Hervé GUERRERA

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