Qui a un jour trempé ses lèvresdans un verre de vin du Mas Amiel, dans ce Maury « vintage » emblématique, a forcément connu le plaisir de ce grenache exacerbé, aux délicieuses notes de framboise, de mûre, qui se marie si bien avec le chocolat.

 

Le Mas Amiel est un va stedomaine de 170 hectares niché au pied du Château de Quéribus, au coeur de la vallée de l’Agly. Il a été racheté par l’ancien PDG du groupe Picard, Olivier Decelle.

Pour tout amateur de vin, visiter ce domaine est une opportunité qui ne se refuse pas : alors cap au Sud !

L’ennui s’invite presque en terre trop connue le long de cette route même si l’impatience est bien là, comme une excitation de gamin qui sait qu’il va découvrir une surprise. Mais finalement en regardant par la fenêtre, on trouve de quoi s’occuper l’esprit, en s’imaginant Don Quichotte des temps modernes partant à l’assaut des géants blancs, nombr eux sur cet te tr ajectoir e cervantesque.

Au s euil de Naurouze, on bascule dans le domaine méditerranéen et du ciel plus bleu, du sol plus sec. Au passage, on observe cette grande dame Carca ssonne, sorte de vaisseau posé là depuis des siècles, intemporel et fascinant et on peste de ne pouvoir s’arrêter pour observer, admirer, sur cet te fichue autoroute où tout va si vite quand le temps, à côté, semble figé.

La sauvagerie de la montagne d’Alaric est un formidable passage vers ce monde aride pour d’un coup basculer vers la mer au pied de ces ridicules chevaliers cathares qui pleurent lentement… ils le peuvent, en effet.

Il suffit alors de longer la mer et de se laisser glisser vers l’Espagne. Mais la frontière est d’abord régionale après ce château de Salses qui semble posé là par quelques géants qui voulaient faire des pâtés de sable. Les Corbières arides à droite, les étangs salés à gauche et les neiges du Canigou en droite ligne devant, comme un objectif, l’oeil est f inalement a tt iré pa r ce r este Cathare tout en haut des rochers : c’est là qu’il faut aller.

Et comme une revanc he sur l’histoire, encore un bout de Languedoc, sans doute pour honorer les Parfaits qui ont été pourchassés jusqu’ici il y a plus de 700 ans — encla ve occitane en terre et en culture catalanes.

 

Respect du lieu et de la tradition

Olivier Decelle a énormément invest i dans ce domaine qu’il a acquis en 1999 mais il a tenu avant tout à respecter le lieu et sa tradition. Mais c’est bien de renouveau dont il faut parler, puisque des nouveaux bâtiments ont vu le jour, à côté de ceux, historiques et vénérables,conservés ; un outil de travail de très grande qualité pour Nicolas Raffy, le responsable des lieux, qui peut composer ainsi les vins du Mas Amiel dans une gamme très élargie et qui fait large part aux vins secs qui représentent aujourd’hui la moitié de la production.

On ne peut en effet ne pas évoquer cet homme qui signe les vins du Mas Amiel d’aujourd’hui ; Nicolas Raffy a la confiance d’Oliv ier Decelle qui lui donne les moyens de faire des vins de terroir ; c’est sa volonté, dans un usage modéré du b ois neuf qu’il n’aime guère.

 

Une formidable mosaïque de terroirs

Le Mas Amiel est une formidable mosaïque de terroirs, plus de 120 parcelles le composent et toutes sont vinifiées séparément : l’arsenal de cuves d’inox et de béton permet cette individualisation extrême. Nous sommes bien loin de l’ostentation des chais bordelais : la cave est conçue de façon à faire les meilleurs vins possibles dans les meilleures conditions et cela passe avant tout par le contrôle des températures sous ces latitudes méridionales, ce que ces chais permettent. Bien entendu, sans b eaux raisins point de beaux vins : ici on pratique une agriculture responsable, soucieuse de l’environnement, sans utilisation de produits de synthèse.

La biodynamie pure a été abandonnée mais si le label « agriculture biologique » n’est pas revendiqué, c’est bien cette pratique qui est utilisée.

Perpétuer et développer

On aurait tort de croire que la Mas Amiel hésite entre tradition et modernité : les nouveaux hommes du Mas perpétuent et développent. Ils ont reçu un héritage qui n’est pas s eulement celui du sol. Des foudres contiennent des vins encore qui, s’ils ont été élaborés il y a très longtemps, pour certains, depuis plus de 50 ans, sont embouteillés aujour d’hui sous les nouveaux labels : quelle plus juste illustration de ce qu’est le Mas Amiel de nosjours ?

Sans doute les nostalgiques du Vintage classique regrettent-ils le niveau de la cuvée d’antan. Mais pour autant, la qualité du Vintage Rés er ve et de la cuvée Char les Dupuy la surpasse de beaucoup. Nous s ommes là, face à de tr ès beaux vins, voire grands pour la dernière.

Pour ce qui est des vins oxydatifs, au rancio noble, la liaison se fait plus en douceur et dans cette région où la solera n’est pas coutumière, on peut quand même imaginer que les vieux vins encore en foudre font l’éducation des vins à venir, sinon par mélange, au moins dans le style et par imprégnation de ceux qui ont à les faire.

Les touries (les bonbonnes de verre entourées d’osier) veillent devant les chais, elles sont un peu les gardiens du temple.

Jérôme Pérez

Les vins du Mas Amiel, aujourd’hui
Côté vins, aujourd’hui, la Mas Amiel offre une large palette : des vins
secs, blancs et rouges, et bien sûr les emblématiques vins mutés qui se
divisent en deux catégories :
– les vins mis en bouteilles précocement pour préserver le fruité : il
s’agit des « Vintages » dont la gamme culmine avec le très belle cuvée
Charles Dupuy, un très grand vin du Roussillon, d’une complexité sans
pareille.
– Les vins d’élevage oxydatif qui vieillissent d’abord un an en touries
(bonbonnes de verre laissées aux intempéries) puis vieillis en foudres
durant de nombreuses années, sans refaire le niveau et qui donc ne
sont pas protégés de l’oxydation et qui développe ce fameux goût «
rancio ». Ces vins trouvent aujourd’hui leur summum dans le 30 ans
d’âge, très puissant et viril ou le délicat et très raffiné millésime 1969.

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