Replis nationalistes, xénophobie d’Etat, guerre contre le terrorisme et les migrations de masse….. autant d’ingrédients pour les organisations dominantes, au motif de la « sécurité ».  En ces temps de crise systémique, certains pays en sont à la phase des réactions en chaine, le Brexit en Grande Bretagne, le vote Trump aux USA, celui de Fillon-Le Pen en France. L’Autriche a échappé de justesse à une présidence d’extrême-droite. Les coups de force institutionnels  au Brésil, en Turquie, en Côte d’Ivoire -ce dernier soutenu par M Valls qui peaufine sa stature de présidentiable sur le dos des peuples africains- …. parachèvent ce sombre panorama.

                  Face à cette lame de fond  réactionnaire ou d’un populisme confusionniste, il reste à opposer les armes de l’autonomie régionale et de la « démocratie inclusive ».

                            Centralisme autoritaire vs revendications territoriales

        L’échec de la présidence Hollande tient fondamentalement à son acceptation des règles du jeu  centralistes-autoritaires qui régissent la 5e République. Le système, qui est fait pour les partis de la bourgeoisie nationale, se retourne contre ses gérants de l’autre camp, considérés comme des intrus. Avec ce mandat complaisant, le PS, qui avait gagné le pouvoir ou la majorité à tous les échelons, a beaucoup perdu, dont ses boucliers, les collectivités locales : les régions, le Sénat dirigé alors par Jean-Pierre Bel, la majorité des mairies…..

             Une démarche affirmée de rénovation urbaine et de décentralisation aurait renforcé l’exécutif, sur la base d’un partenariat plus équitable avec les quartiers populaires et les collectivités locales. Il aurait fallu opérer un remembrement régional en phase avec les aspirations culturelles et l’accompagner d’une politique d’aide aux langues régionales. A défaut de quoi, les macro-régions en restent à une gestion plutôt technocratique, anonyme (sans personnalité propre) et éloignée des populations. Avec la loi MAPTAM (loi de modernisation de l’action publique et de l’affirmation des métropoles)[1], la réforme territoriale  met en concurrence les régions au niveau européen, selon le dogme néo-libéral. Si le tourisme est développé comme valeur marchande,  les cultures ne sont pas encore considérées comme des richesses  immatérielles à partager.

       Qu’adviendra t’il du projet de loi sur « la promotion des langues régionales dans l’Education nationale, les médias et les territoires (la signalétique) », présenté bien tardivement (le 30 novembre) [2]? Un nouveau coup d’épée dans l’eau ? La négociation par la FLAREP (Fédération pour les Langues Régionales dans l’Enseignement Public) d’une agrégation en langues régionales sur l’exemple du corse aboutira t’elle avant la fin du mandat ?[3]

        Ce clivage entre pouvoirs locaux et centraux s’enregistre à l’intérieur des partis, comme cela s’est manifesté pour les primaires des Républicains. A Juppé maire de Bordeaux, soutenu par F Bayrou et adepte de la diversité, s’est défini comme un « Girondin », à la différence de F Fillon député de Paris et prônant une identité nationale fermée. Signe de la force de la réaction : A Juppé, qui avait été plébiscité à droite pendant deux ans,  a disparu de la circulation aussi rapidement qu’H Clinton aux USA.

                                   Violences sociétales et lepénisation des esprits

             Un autre dossier aurait pu être traité -gratuitement, sans coût budgétaire-, celui de la mise au pas de la haute administration qui a freiné la refondation de l’Ecole par son autoritarisme.  Le « Hollande bashing » est la réplique au sommet de l’Etat des agressions subies par personnels et publics, dans une incurie assez générale. Le meurtre d’un lycéen à Marseille a eu lieu le jour du renoncement de F Hollande à briguer un nouveau mandat.

        Il reste à mettre au pas une administration dont de nombreux éléments ont sabordé l’esprit de la refondation par leur autoritarisme. Ce corps intermédiaire fait obstacle entre le monde enseignant et le gouvernement.  Par ailleurs, loin d’une vision bisounours ou jeuniste des publics, spécialement dans les lycées, il reste à analyser les violences scolaires et leur banalisation comme un premier pas vers la fascisation du pays.

        C’est la politique inverse qui a  été menée, avec la répression des mouvements sociaux au nom de l’état d’urgence. Pas moins de 700 procès enregistrés, le peuple de gauche étant actuellement démuni face aux abus des forces de l’ordre. Le pire étant le refoulement des réfugiés et sans papiers, des Roms, les assassinats impunis de descendants de l’immigration, comme le 19 juillet celui d’Adama Traoré. La nomination de B Cazeneuve comme premier ministre consacre cette dérive.

                                     Démocratie inclusive

          Sortir de cette zone  dangereuse de tempêtes  exige d’en revenir aux fondamentaux: refuser les replis nationalistes et xénophobes, qui sont autant de créneaux d’expression de la violence sociétale. Face à la violence d’Etat, protéger les collectivités territoriales, les catégories et les peuples fragilisés.

Martine Boudet.

[1] http://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/texte-discussion/projet-loi-modernisation-action-publique-territoriale-affirmation-metropoles.html

[2] http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion4096.asp

[3] http://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/le-blog-de-viure-al-pais-france3/2016/10/21/langues-regionales-un-colloque-avant-lagregation.html

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