Pendant que Marseille Provence 2013 bat son plein, les rafales de kalachnikov continuent d’amener leurs lots de victimes et les expulsions de campement de Roms -décidemment nouveaux parias de l’Europe-, ne se sont jamais aussi bien portées. Comme quoi la fête « made in capitale » n’est pas forcément la solution à un vivre ensemble retrouvé. Quoique… regardons cela de plus près. Quel rapport établir entre culture, règlements de comptes mafieux et non prise en compte de la misère. A priori aucun, sinon à se lancer dans un amalgame populiste dont les tenants d’un extrémisme de droite, qui attend au mois de Mars 2014 son heure de gloire, fait ses choux gras ? A priori et a posteriori aucun. Aussi voyons les questions une à une.

                                                 Quelle volonté politique ?

Marseille-Provence 2013, c’est 100 Millions d’euros de budget, sans doute plus ; ce n’est qu’après que nous saurons. C’est des expositions fabuleuses : Cézanne, Van Gogh, Rodin, Matisse, Picasso.., des bâtiments qui feront date (le MUCEM, le nouveau conservatoire d’Aix-en-Provence…), bref des prestations de qualité pour une programmation intéressante. Mais allons plus loin. Comment cet art, ces événements comme autant de fêtes, irriguent-ils les quartiers populaires, les villages ? Comment contribuent-ils à changer le quotidien des populations durement touchées par les crises ? La réponse, si elle ne saurait être complètement négative -après tout beaucoup de manifestations sont ouvertes à tous-, n’est pas positive. Trop de décisions « d’en haut » et une absence évidente des intermédiaires associatifs ou semi-professionnels qui auraient pu faire le lien avec le terrain sont à déplorer. Les Provençaux se sont déplacés en masse pour assister à plusieurs événements, c’est bien. Reste à vraiment construire la relation dans l’autre sens et là c’est une autre affaire. Une question de volonté politique sans doute ! Mais culture et art doivent encore s’inscrire au cœur du développement territorial. MP 2013, de ce point de vue, n’aura pas amené grand-chose. Et, 100 millions d’€, c’est cher pour une relation inaboutie.

Des morts, des traumatismes

Des morts et des traumatismes auxquels les tables rondes et autres rodomontades sécuritaires en provenance du ministère de l’intérieur et de  la non intégration n’apportent pas de réponse. Le milieu provençal se déchire et règle ses comptes dans un flot de violence qui apparemment va grandissant. Apparemment, car à Marseille, comme partout ailleurs en Provence, il fait aussi bon vivre, apparemment ; la violence a aussi toujours été le quotidien des grandes villes et des ports, apparemment car la situation de misère et d’abandon dans laquelle se trouvent les habitants de certains quartiers est, certes aggravée, mais hélas pas franchement nouvelle. Contradictoire que tout cela sans doute, c’est vrai. Mais la réalité du vivre en Provence est contradictoire. Comme beaucoup, je ne voudrais pour rien au monde, quitter cette région, ma région. Mais nous vivons au cœur des villes les plus polluées d’Europe, et jamais nous n’avons connu de tels écarts de revenus, de telles difficultés pour avoir un toit, de tels handicaps pour accéder aux services publics. Alors nous vivons, en Provence, des situations des plus inégalitaires quand nous avons mis, depuis des décennies, au cœur de nos programmes l’égalité sociale et territoriale. Il y a loin de la volonté politique portée par les régionalistes occitans à la société dans laquelle nous vivons et le fossé ne cesse de s’agrandir. Contradictoire que tout cela…

Roms : le mépris d’un Valls.  

Autre source d’inquiétude dans toute la région : les démantèlements de camps de Roms vont bon train. En cette rentrée scolaire et à l’approche de l’hiver ce sont des dizaines d’enfants qui sont privés d’école et des centaines de famille qui connaissent la très grande précarité. Seule tentative d’insertion le Puits Z à Gardanne où sur un ancien carreau de mine vit  une centaine de personnes. S’il faut saluer le courage de la municipalité PCF de Roger Mei, l’action du collectif associatif et des travailleurs sociaux, le soutien du député EELV François-Michel Lambert, nous ne pouvons que déplorer l’unicité de cette expérience sociale porteuse, n’en déplaise à Valls, d’intégration et d’espoir de vivre ensemble. Partout ailleurs ce ne sont que référés, intervention policière et des miséreux qui poussent des chariots cassés quelques centaines de mètres plus loin pour espérer rester sur un bout de trottoir faussement hospitalier. Des femmes qui pleurent, des bébés qui hurlent et des hommes partagés entre la peur et le désespoir quand les pelleteuses détruisent encore et encore les abris de fortune, les maigres cabanes dans lesquelles ils s’étaient réfugiés. C’est la vie des Roms qui cumulent les expulsions. Mais patience, l’on nous dit, pour ceux qui au niveau de l’Etat croient en l’insertion, et croient qu’après les municipales on pourra agir pour la socialisation et retrouver le chemin de l’humanisme et de la solidarité. De qui se moque-t-on ! C’est oublier, un peu vite et un peu hypocritement, la pression que ne manquera pas de faire peser une extrême droite toujours en quête de boucs émissaires. C’est maintenant qu’il faut mettre en œuvre les préconisations du rapport Langevin sur les Roms, pas dans 6 mois ou dans 10 ans !

                                                   De quoi se révolter…

Des éléments pour avoir le spleen il y en a, hélas plein. Mais maintenant pour conclure, quel est le rapport entre les trois points abordés ? Car il y a bien un: Le prisme médiatique hexagonal voit-il la question marseillaise au travers de MP13 ou des canons des kalachnikovs ? Parle-t-on du quotidien des bidonvilles, de la précarité ou du scandale de trafic d’enfants ? L’image qu’on colle à cette ville, comme à toute la région, ne sent que poudre, trafic et sang. Or Marseille et la Provence, c’est bien autre chose ! Une capitale régionale par exemple et une région du midi occitan au cœur de l’Europe et de la Méditerranée. De sacrés atouts en somme qu’on voudrait nous faire oublier. De quoi se révolter, non ?

                                                                                                              Hervé GUERRERA

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