French paradox or not ?

Contradiction des publications : quels sont les effets du vin sur la santé ? Le rapport de l’Inca (Institut national du cancer) en 2009 a jeté le trouble et au moins le doute sur ce que le « french Paradox », dans les années 1990, avait laissé entendre, à savoir que la consommation modérée de vin sur la santé était plutôt bénéfique.

Les fervents de la méthode scientifique, qu’ils soient dans l’un ou l’autre camp (puisque c’est bien de camp dont il s’agit !), contestent justement la validité scientifique de chaque étude qui tend à démontrer que le vin est soit nocif, soit bon pour la santé. Ainsi une étude de l’université de Wake Forest (USA) montre que la consomma tion de 2 verres d’alcool par jour réduit de 40 % le risque d’être atteint de la maladie d’Alzheimer, mais la surconsommation d’alcool doub le ce même risque.

En même temps, l’ISPED de Bordeaux affirme que la dose et la nature de l’alcool influencent largement le résultat, jusqu’à le contredire et qu’il faut se méfier de telles déclarations car la prise d’alcool ne peut être une médication.

Parce qu’un verre de vin est calorique, il est le plus souvent proscrit des régimes amincissants : cependant les personnes qui surconsomment de l’alcool ont un indice de masse corporelle inférieur à la moyenne. Mais, là encore, la nature de la boisson a son importance, puisque les boissons alcoolisées sucrées comme les vins doux comportent des calories qui se stockent, quand l’alcool lui-même est métabolisé dans un système spécifique (mitochondrial) d’oxydation de l’éthanol qu’il consomme sous forme de chaleur. Cependant, l’abus d’alcool conduit à la malnutrition et à de nombreuses carences.

Pour ce qui concerne les maladies cardiovasculaires, les effets des polyphénols ont été largement démontrés et le vin rouge en contient plus que tout autre aliment ou boisson, même s’il n’est pas le seul à en posséder. Les effets vasodilatateurs des anthocyanes (molécules responsables de la couleur des vins rouges) sont bénéfiques.

Mais dans le même temps, le « french Paradox » est à relativiser et finalement les statistiques sur les maladies coronariennes ne placent pas la France en position exceptionnelle. Rien ne prouve que la consommation de vin soit réellement la raison de certains taux bas car les buveurs modérés s ont aussi ceux qui font le plus at tention à leur hygiène de vie (alimentation, activité physique, etc. )

Du vin et du cancer

Mais la polémique actuelle porte bien sur le cancer, à la suite de ce rapport de l’Inca qui tend à montrer qu’il existe un risque dès le premier verre de vin et même à faible dose. La responsable du département prévention de l’Inca, insiste sur le fait que cela est démontré depuis 2007 et que ce rapport de 2009 ne fait que préciser les choses. En outre, elle insiste sur le fait qu’il est illusoire de fixer des seuils de consommation en dessous desquels le vin serait bénéfique et nocif si on les dépasse. Le professeur David Khayat , c ancér ologue de renom oppose que sur les 25 études retenues par l’Inca pour les cancer s ORL, 9 défendent l’idée que la cons omma tion modérée augmente les risques de cancer, 11 sont neutres et 5 s’y opposent. Il pense qu’il convient de faire table rase de ces études pour en mener d’autres, dont les protocoles ne seront pas discutables.

Selon lui, il convient de différencier le vin d’autres alcools, car le resvératol qu’il contient en fait un excellent préventif alors que l’alcool est en effet dans le « flop ten ». Quant au principe de précaution, si cher à notre époque, en matière de santé publique, David Khayat aime à rappeler que si Moïse devant les eaux de la Mer rouge avait utilisé ce principe, son peuple n’aurait jamais traversé ! Du reste, ne parlerions- nous pas de vin aujourd’hui …

Et les bienfaits moraux, sociaux et culturels du vin ?

Quelles que soient les études menées, aucune ne porte sur les bienfaits moraux, sociaux et culturels du vin et de leurs conséquences sur la santé. Le vin, du reste, ne peut être considéré comme d’autres boissons alcoolisées, justement parce qu’il est indissociable de notre culture, de notre histoire et de nos traditions, qu’elles soient païennes ou religieuses. P

our les c hr ét iens ou les athées qui ont grandi dans notre civilisation judéo chrétienne, le sang du Christ est un élément majeur de notre culture qu’auc une analys e chimique ne pourra déf inir tota lement et complètement. Au-delà, les civilisations méditerranéennes dont nous sommes les héritiers sont des civilisat ions du vin et ce breuvage est intimement lié à nos mythes fondateurs et fait par tie de nous jusqu’à notr e inconscient.

On peut d’ailleurs s’en réjouir, tout autant que l’on doit se méfier des r isques de cet te offensive de certains lobbies qui, s ’ils a rriva ient à leurs f ins , balaieraient du même coup un pan entier de ce qui fait notre civilisation, jusqu’aux particularismes de chacune de nos régions, sans oublier qu’on ne peut traiter du vin sans parler de son goût avant de parler de son effet. Et ce goût du vin est fait de culture et d’histoire locale.

Ce dont il faut se méfier avant tout c’est de cette banalisation qui relègue le vin au même rang que les autres boissons alcoolisées. Bien entendu ce combat à mener ne peut qu’aller de pair avec celui de l’améliorat ion encore et toujours de la qualité.

Jérôme Pérez

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