Les régionalistes n’ont jamais aimé les métropoles. D’abord parce qu’elles ne correspondent pas, du moins en général, à leurs « pais », qu’elles sont souvent inhumaines, ensuite parce qu’elles menacent, quand elles sont déclinées dans leur version libérale, les institutions régionales. Enfin parce que l’expérience métropolitaine que nous avons connue a tout pour inquiéter. En effet la métropole Nice-Côte d’Azur actuelle n’a guère de sens. Des gobies aux edelweiss, l‘Estropole a été une véritable annexion territoriale.

A l’inverse, celle envisagée sur Aix, Marseille, Aubagne, Fos, l’Etang de Berre, a du sens,  ou pourrait, sous condition, en avoir. Depuis toujours nous plaidons pour que ces villes se parlent. Parce que cet espace correspond aussi et c’est fondamental, à un bassin de vie. Les populations s’y déplacent pour travailler, pour habiter, pour consommer, se soigner… Seuls la pression citoyenne et le suffrage universel direct feront qu’on prendra à bras le corps les questions liées au transport, au logement, à l’emploi… Pour faire émerger une vraie vision de territoire et apporter des solutions adaptées, pour favoriser les contre-pouvoirs citoyens, la métropole est plus pertinente que les regroupements inter-communaux actuels. Mais ne nous y trompons pas : la future organisation métropolitaine Aix-Marseille-Aubagne-Etang de Berre-Fos-Salon n’a en rien vocation à concerner d’autres territoires. Nous avons suffisamment combattu la réforme territoriale de 2010 voulue par Nicolas Sarkozy pour refuser de plaquer des modèles sans les confronter aux réalités de terrain. En ce sens je préfèrerai la métropole aux regroupements intercommunaux actuels.

Rajoutons enfin, que vision unifiée ne signifie en rien vision unique. Les identités actuelles aixoises, aubagnaises, salonaises, marseillaises .., doivent être respectées et valorisées. Elles sont des facteurs de développement et d’épanouissement économique, écologique, social et culturel. La métropole comprend de nombreuses centralités et c’est un formidable atout. Elles sont à intégrer, en tant que telles, dans le modèle de gouvernance à mettre en place. Elles n’ont pas vocation à se dissoudre ni à disparaître. Elles fondent le caractère multipolaire tout à fait original de la métropole.

Les liens région – métropole provençale doivent être pensés. Hors de question de se lancer dans des transferts de compétence Région-Métropole. Pour autant si cette métropole nous permettait, pour la première fois, de supprimer un département, celui des Bouches-du-Rhône en l’occurrence, ce serait une vraie opportunité. En finir avec les départements est aussi une vieille revendication régionaliste. Le bassin de vie métropolitain représente 80% du département et 90% de sa population. Avec une métropole constituée, l’institution départementale des Bouches-du-Rhône n’aurait plus de sens. Il est vrai que le territoire d’Arles n’est pas concerné par la dynamique métropolitaine. Mais il ne l’est guère plus par les Bouches-du-Rhône, car il a visiblement un destin commun avec Nîmes et le Nord du Vaucluse.

Les liens entre les communautés de communes en place et la Région sont d’ores et déjà pour le moins problématiques. Donc sur la question de la métropole provençalo-marseillaise, et sur cette seule question, sous réserve qu’on affirme le rôle incontournable joué par l’institution régionale sur l’économique et l’aménagement du territoire ; sous réserve qu’on en confirme le caractère polycentrique, on peut être favorable à une métropole solidaire sur l’espace sus-cité. Une solidarité également à affirmer avec les territoires fournisseurs de ressources comme celle de l’eau.

Ce territoire « métropolitain » est socialement en grand danger comme l’est globalement la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et tout spécialement sa bande littorale provençale. Sur 100 quartiers pauvres en France, 25 sont dans notre région dont 23 à Marseille. Affirmer notre solidarité avec tous les espaces métropolitains me semble un devoir social d’une part, mais aussi un devoir global.

   Une société duale ne nous intéresse pas. Nous sommes totalement favorables aux mixités sociales, intergénérationnelles… La métropole peut être un moyen d’avancer vers cette société. Du reste ce cheval de bataille a été enfourché par des personnalités comme Philippe Langevin qui sont d’excellents connaisseurs de ce territoire. Un territoire qui s’enfonce dans le marasme avec des poches de vieux riches et de jeunes pauvres. Double marasme s’il en est.

Quand certains maires qui ont rapatrié la Taxe Professionnelle de Plan de Campagne, et les taxes qui s’en sont suivies, dans la Communauté du Pays d’Aix, alors que les Marseillais consomment dans cette zone commerciale, poussent des cris d’orfraie, on a du mal à les entendre. N’oublions pas qu’ils ont favorisé la politique antisociale, tout particulièrement sur le foncier et l’habitat, de Maryse Joissains. Je ne serai donc pas avec eux dans leur combat contre ce qu’ils appellent la « métropole marseillaise ».

La Métropole n’est pas que marseillaise, loin s’en faut. Pourtant Mistral voyait pour cette ville un destin particulier. Laissons-lui la parole : « La vilo de Marsiho emé si tres milo an de glori, si vaste port ounte li pavaioun de touti li nacioun se tocon e frairejon, emé soun gou meravihous que semblo lou mirau de la velo latino, Marsiho es apelado a devenir lou liame, lou fougau de la latineta e la capitalo de l’Emperi dou soulèu. »

Hervé GUERRERA

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