La mafia naît de la rencontre de deux mondes ou plutôt de deux façons de créer les richesses et les biens. C’est le choc des modes de production, féodal d’un côté, libéral ou capitaliste de l’autre, qui fait émerger ces réseaux opaques et tentaculaires. Ils ne sont pas spécifiquement méditerranéens comme de perfides ethnistes ont bien voulu le laisser croire. Il n’y qu’à voir du côté de la Russie, de la Chine, de l’Amérique… Les pratiques mafieuses y sont hélas légions : Menaces, règlements de compte, blanchiment d’argents, prostitutions, trafics en tous genres rythment, partout dans le monde, le sombre business de criminels sans scrupule qui remettent gravement en cause les fondements et/ou l’aspiration démocratiques des sociétés humaines. La confrontation du féodalisme et du capitalisme c’est celle du paysan pauvre asservi à sa terre comme à son seigneur et de l’entrepreneur libre mais soumis aux règles d’un marché dont il va tenter de tirer le plus de profit possible. L’extrême dualité, notamment de revenus, entre ces individus va produire un choc néfaste de civilisation et engendrer des monstres, sans foi ni loi, mûs par le seul appât du gain, étranger à toute morale comme à toute humanité.

Marseille n’est pas une ville pauvre mais une ville duale, fortement duale. Sur 100 quartiers pauvres en France, 23 sont phocéens, concentrés au Nord de la ville. A l’inverse on trouve aussi de vraies poches de richesse notamment dans le 8ème arrondissement. Déjà en 2004 SUD INSEE notait : Marseille est, parmi les principales villes françaises, celle où l’éventail des revenus déclarés est le plus large, puisque les “hauts” revenus y sont près de quinze fois plus élevés que les “bas” revenus.  Et cette dualité n’a cessé de croître : le nombre de Marseillais assujettis à l’ISF est passé de 3 626 en 2005 à 6 247 en 2009. Pour cette même année 2009, dans les quartiers en difficulté, le revenu fiscal médian mensuel par ménage était de 1 020 € et pour plus de la moitié il tombait à 520 €. Comment, à partir de tels écarts de revenus, avec des actifs qui ne représentent que 35% de la population totale, des habitants sous diplômés (17% dans les quartiers nord contre environ 50% au sud-ouest de la ville) ne pas voir que sont réunies les conditions pour basculer dans les trafics de tous ordres ?

   Dès lors comment soustraire des jeunes, sous-qualifiés et condamnés au mieux au salaire minimum quand ils ne sont pas au chômage ou au RSA, aux réseaux mafieux qui promettent des lendemains meilleurs et font miroiter l’argent facile ? Cette question, certes plus visible à Marseille qu’ailleurs, concerne toute la Région « Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Refaire société, vivre ensemble passe par la mixité des quartiers et des villages. Mixité sociale comme générationnelle d’ailleurs, car les quartiers Nord de Marseille sont aussi riches de cette jeunesse qui fait souvent et de plus en plus défaut à notre Provence. Si nous plaidons pour le droit au logement, si nous combattons les ghettos de tous ordres (riches, pauvres, vieux, jeunes…), si nous voulons des zones d’activité au cœur des bassins de vie, c’est qu’il en va de la démocratie. Une démocratie réelle ressourcée par la proximité des bassins de vie.

Même si nous refusons l’angélisme, nous le disons avec force : les réponses ne peuvent être que répressives. Les défis à relever sont immenses. Ils sont liés à l’urbanisme comme à l’emploi, à l’accès aux services publics comme au logement, aux réseaux de transports publics socialement performants comme au développement d’une culture populaire et de qualité structurée par notre langue d’Oc. C’est bien connu nous sommes le pays des cigales. Menacées par l’usage massif des pesticides, elles ont su à nouveau faire entendre leurs voix. C’est moins connu, surtout par les touristes, nous sommes le pays de l’agora, du forum de la place de la sociabilité et de la convivialité, des troubadours et de l’amour courtois. Loin très loin des Kalachnikovs et autre bruit de bottes. Alors, si nous remplacions le fracas de leurs sinistres rafales par le chant d’amour de nos cigales !

                                                                                                             

                                                                                                Hervé GUERRERA

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