C’est un fait reconnu, le printemps des peuples arabes, relayé par le mouvement des Indignés en Europe, met à l’ordre du jour la démoc ratisation des relations internati onal es.

Sor tir du carcan des politiques néo-libérales est devenu un impératif de survie, pour des peuples soumis à la crise systémique.

Dans cet ordre d’idée, la chute des dict at ures en Tun isi e, e n Égypte , en Lybie, au Yémen… constitue un motif d’espérance. Comment interpréter le drame que connaît la Côte d’I voire ainsi que le reflux de la mobil isation burkinabé dans la même période ?

Ce sont autant d’él éments de la dégénérescence du système f rancophone, maintenu en dépit du processus de démocratisation des années 90. Ce scénario résulte de la stratégie belliciste imposée par Paris, avec le soutien de l’OTAN et de l’ONU : ingérence dans les affaires ivoiriennes et destabilisation du pays via la force Licorne pendant une décennie, nomination du général Beth, ancien chef de la force Licorne, à la tête de la diplomatie française au Burkina-Faso.

Concernant les pays subsahariens, l e pro bl ème princ ipal à résou dre concerne la gestion de la multiplici té ethnico-linguistique, qui plus est sur des territoires artificiellement délimités lors de la colonisation et déclarés intangibles depuis. Par ailleurs, les Constitutions francophones sont calquées sur le droit français, qui valorise les princ ipes de la citoyenneté individuelle et du central isme étatique, alors que la culture africaine est fondée sur l’appart enance à des f ratr i es enracinée s l ocalement, grâce à de r iches cosmogonies.

« Divise r pour régner »: la discrimin at io n et hniqu e e st un e pol it ique systématique de l’ordre (néo) colonial. Cette problématique est moins connue dans le cas de la Côte d’Ivoire, dont l ‘ opin ion publ ique re ti ent sur tout l ‘ épiso de de l’ ivoi r it é, mené e à l’encontre des immigrés africains dont ceux du Burkina-Faso. En fait, l’Élysée a toujours soutenu l’ethnie Baoulé (à laquell e appartenait F. Houphouët- Boigny) au détriment des autres, celledes Bétés (groupe d’appartenance de L Gbagbo), des Agni, des Dioula….

Dans le contexte de la crise économique, la pol itiqu e d’ exc lusi on des étran gers menée par ce clan de privilégiés – des membres du PDCI-Parti démocratique de Côte d’Ivoire et qui infiltrèrent le FPI, Front Populaire ivoirien, lorsque ce dernier fut au pouvoir — s’est avérée être u ne o pérat ion de diversi on à l’égard du parasitisme f rançais et des disc riminations subies par les autres ethnies du pays C’ est une formule confédérale qui co nvi endrait au gé an t ivoi r ien , à l’image de la construc tion nigériane, héritière de la décolonisation britannique, dont la pratique de « l’indirect rule » était respectueuse des nationalités et de leurs cultures.

Le Cameroun voisin et bilingue de par l’histoire coloniale – une partie du territoire est anglophone — pourrai t êt re intéressé par cette formule. Pour la démocratisation de ses institutions, la France elle-même s’est dotée d’institutions décentralisatrices en 1982, mais elle s’est bien gardée de le proposer à ses homologues du Sud. Les leçons du drame ivoirien Depuis la bataille d’Abidjan qui a con duit à l’ar restati on de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011, rien ne filtre officiellement de ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Ce silence radio, qui contraste avec le matraquage médiatique précédant le dénouement, entretient sur le changement de régime un secret plus que douteux.

Tout fonctionne comme si les règles démocratiques élémentaires – su ivi et co ntrôl e de la chaîne de s informations, expression spontanée des organisations concernées, débat d’idées contradic toire…—, règles qui s’appliquent normalement entre nations et citoyens de bonne compagnie, n’avaient pas l i eu d’ être. Cela au nom d’un consensus tacite qui prévaut entre État et peu ple f rançai s en mati ère de relati ons Af rique-Fran ce depui s un demi-siècle. Or , la médiat isati on de la vie internationale change les règles du jeu : il n’est plus possible de dire que l’on ne savait pas. Le droit étant garanti par ailleurs en France de s’opposer pacifiquementet par les voies légales aux c rimes néocoloniaux, la responsabilité des organisations, élus et citoyens est engagée dans le fait de ne pas l’assumer.

Le « peuple-nation  » ne pourra se reconstruire sur des bases assainies, sans un examen non complaisant de la politique de coopération du pays. S’il e st pe u douteu x que la présiden ce mitterrandienne et le gouvernement de la gauche pluri elle ont à rendre des comptes sur leur part de fautes respectives dans le génocide rwandais et la gue rre c ivi le au Congo-Kin shasa, faudrait- il exonére r pour autant la gauche de la gauche ? Sur l’échiquier politique, c’est aux forces anti-libérales et altermondialistes de faire entendre la voix des peuples tiers, victimes de la pol i tique de le ur Ét at : u n premi er rendez-vous a été manqué au l endemain de la chute du stalinisme qui fit des relations Nord-Sud l e nouvel axe stratégique. Face à la perversion du droi t international, la défense de la souveraineté des pays devient un impératif, complété d’un authentique dialogue des cultures, pour sortir des malentendus historiques.

La création d’un comité de défense de la démocratie en Côte d’Ivoire et audelà des pe uples af r icains e n lutte serait une démarche alternative nécessaire. Entre autres objectifs, il serait intéressant de soutenir l ’obj ectif de c réation d’une commi ssion d’enquête su r l e bilan d’act ivit és de la fo rce Licorne . Comme pou r le s autres su jet s d’actualité, s’impose aussi le suivi de l ‘information et du débat public sur cette question.

C’est à ces conditions parmi d’autres que se construira une citoyenneté consciente des enjeux internationaux que notre pays doit assumer.

Martine Boudet

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