La séquence électorale que nous venons de vivre consacre le Parti Socialiste comme grand vainqueur. François Hollande président, une majorité absolue de députés à l’Assemblée Nationale (295 élus sur 577 sièges), Sénat, grandes villes, départements et régions, on voit que le PS a tous les leviers en main pour mettre en œuvre sa politique. C’est une lourde responsabilité qu’il lui faudra assumer pour les réussites comme pour les échecs.

L’UMP de son côté regroupe 196 députés, par conséquent les deux principaux partis totalisent à eux deux 85% des sièges de l’Assemblée Nationale ! Si l’on compare avec les scores du premier tour de la présidentielle (Hollande à 28,6% et Sarkozy à 27,2%) les deux plus grands partis n’ont recueilli que 55,8% des voix ! On le savait déjà, et cela se confirme : le système de scrutin majoritaire à deux tours avantage énormément le PS et l’UMP au détriment de tous les autres partis…

François Bayrou a lutté pendant des années contre ce système en créant un mouvement, le MODEM, censé regrouper au centre une majorité de Français. Ni droite, ni gauche en somme. Mais le mécanisme électoral a broyé les espoirs du Béarnais et anéanti son parti politique. Le scrutin majoritaire à deux tours est implacable : il faut choisir son camp, sinon on est éliminé de la vie politique. C’est aussi le lot d’un grand nombre de petits partis qui sont complètement marginalisés par ces élections. Leur seul espoir est de signer un accord avec le grand frère PS ou UMP.

Le Front National s’est longtemps heurté à cette logique. Avec une forte poussée du vote en sa faveur, il aurait dû être le second vainqueur des urnes. C’était sans compter avec le système en place qui favorise les notables cumulards. L’état-major du FN a changé de stratégie : il a abandonné le positionnement ni droite ni gauche, pour clairement combattre l’UMP et tenter de s’imposer comme le seul vrai parti de droite. Tout dépend maintenant des élites et des notables de droite : s’ils passent au FN, alors la situation deviendra très préoccupante.

Autre problème : le charcutage électoral, où l’on constate que certaines circonscriptions ont été taillées sur mesure pour faire élire certaines personnalités de droite. Cette manipulation contribue à écœurer de la politique un bon nombre de nos concitoyens. Il ne faut pas s’étonner alors de voir progresser le vote blanc et l’abstention.

Et la parité ? Elle est aussi bien malmenée ! Même si le nombre de femmes députées a bien progressé grâce à la gauche (environ 27% de femmes aujourd’hui), nous sommes toujours loin d’un parlement équilibré du point de vue du sexe. Même la fédération Régions et Peuples Solidaires ne montre pas l’exemple, puisque nos amis corses ont présenté quatre candidats masculins sur les quatre circonscriptions insulaires !

Si on parlait du cumul des mandats ? La France est la championne du monde du cumul des mandats. Nos députés ont presque tous un autre mandat et passent donc moins de temps à faire leur travail d’élu national. Pire encore : comme notre pays est fortement centralisé, ils utilisent leur mandat de député pour essayer de régler des problèmes locaux. C’est un dévoiement de notre démocratie, et cela nuit à la qualité du travail parlementaire.

Il serait pourtant assez simple de remédier à tous ces travers qui abiment notre démocratie. Des solutions sont mises en œuvre dans beaucoup de pays et il est tout à fait possible de les appliquer en France. Tout d’abord, il est indispensable d’évoluer vers un système proportionnel d’élection par listes :

- Avec pour toutes les listes l’alternance obligatoire homme/femme, on garantit la présence de femmes dans les assemblées.

- Abandonner les circonscriptions et leurs pitoyables charcutages au profit de scrutins par régions (par exemple en Corse, liste de 4 noms, en Languedoc Roussillon, listes de 23 noms, etc.) afin de garantir un ancrage territorial aux députés.

- Mettre en place la proportionnelle au plus fort reste, c’est-à-dire que 10% des voix dans une région donnée donnent 10% des sièges de députés à pourvoir. Cela permettrait de représenter bien plus fidèlement la population française, et beaucoup de nos concitoyens se sentiraient enfin concernés.

- Un seul mandat par personne, renouvelable une fois, afin que la politique soit débarrassée du clientélisme et devienne un engagement temporaire accessible au plus grand nombre.

Ces préconisations ne sont pas utopiques. Elles sont en vigueur dans de nombreux pays, battons-nous pour les obtenir ici !

H. Jourde

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