À l’heure où le gouvernement ouvre un débat pour refonder l’École de la république française, nous sommes
en devoir de nous demander quels sont les enjeux pour la jeunesse occitane. Existe-t-il des particularités éducatives en Occitanie ?
Quelles évolutions la société va-t-elle connaître, et comment préparer les jeunes à trouver leur place dans le monde de demain ?

 

Nous avons bien conscience que les questions évoquées ci-dessus sont d’une telle ampleur que ces quelques pages ne parviendront pas à épuiser le sujet. Néanmoins elles auront le mérite de poser le débat, de tracer quelques perspectives, et ne demandent qu’à être prolongées dans nos colonnes ou bien ailleurs.

Enseigner la langue occitane La première de nos priorités est bien sûr l’enseignement de la langue occitane. Dans les académies de Bordeaux, Toulouse et Montpellier l’éducation nationale crée çà et là des classes bilingues dans le primaire, et l’enseignement optionnel est assez répandu dans les collèges et les lycées.

Cependant malgré les efforts des enseignants sur le terrain, on peut constater que 90% des élèves de ces trois académies sortent du système éducatif sans y avoir rien appris de la langue et la culture occitanes. Il est donc indispensable de relancer ces enseignements avec l’objectif clair de généraliser à tous l’offre d’enseignement bilingue, et de rendre obligatoire pour tous un minimum culturel occitan comprenant une initiation à la langue dans le primaire, suivie de cours d’histoire et de culture au collège.

La situation l’enseignement de l’occ itan en Auvergne et en Limous in est c atas tr ophique. L’interview de la présidente de la Calandreta de Limoges est révélatrice des difficultés rencontrées et du chemin qui reste à parcourir (à lire en page 11).

En Provence, l’enseignement de l’occitan est très différent selon les départements, mais dans tous les cas insuffisant pour transmettre la langue aux futures générations. Le tableau dressé par Alain Barthélémy en page 10 nous laisse comprendre que l’absence de volonté politique depuis plusieurs années entraine une stagnat ion, avec en arrière-plan la coexistence de deux graphies porteuses chacune d’une vision différente de la langue.

Le bilan est bien négatif. Nous devrons exercer une forte pression polit ique afin que soit véritablement mises en place les conditions fa vora bles à la transmis sion de notre langue et notre culture par l’école. La manifestation de Toulous e au mois de mars dernier avec 3 0 000 pers onnes dans les rues était une première étape.

Nos élus doivent maintenant intervenir à l’Assemblée nationale pour que la nouvelle loi prenne en compte cette question et budgétise des postes.

De plus, des conventions doivent être signées entre les rectorats et les conseils régionaux, parfois entre les directions académiques et les Conseils généraux (exemple dans leTarn : ouvertur e d’une ou deux clas ses bilingues chaque année) afin d’impulser une polit ique de développement de l’enseignement de l’occitan. Prise en compte de la ruralité La ruralité est un autre marqueur des régions occitanes. Si la majorité de la populat ion se retrouve aujourd’hui dans les grandes villes, il n’en demeure pas moins que l’espace occitan des Alpes aux Pyrénées en passant par le Massif Central est majoritairement rural voire montagnard.

Malheureusement , nous ne disposons pas de données spécifiques sur les résultats ou les choix d’orientation des familles en milieu rural. Les statistiques françaises ne prennent pas en compte ce critère et c’est regret table. Nos gouvernants ont bien d’autres choses en tête : la mondialisation de l’économie entraîne une mise en compét ition accélérée de tous les territoires. La révolution numérique n’est pas encore terminée et nous avons de la peine à imaginer dans quel monde évolueront nos enfants.

C’est pourquoi le choix a été fait par tous les pays européens d’élever le niveau de qualification. La France s’est donné comme object if 80% de bacheliers dans une génération, et 50% de diplômés du supérieur. Le graphique ci-dessous présente les pourcentages de jeunes obtenant lebac, académie par académie, pour l’année 2010.

Mis à part l’Auvergne, toutes les régions occitanes ont un taux d’accès au baccalauréat inférieur à la moyenne française. Et nous sommes encore loin des 80%. Cette situation s’explique en partie par la richess e en format ions peu qualifiées (CAP par exemple) en milieu rural (Maison Familiales et Rurales, enseignement agricole, apprentissage…). Les jeunes passant par ces structures décrochent des emplois dans l’artisanat ou de petites entreprises, sans avoir besoin d’un bac.

Mais la plupart des entreprises recherchent aujourd’hui des diplômés, capables de maîtriser les nouvelles technologies, de prat iquer plusieurs langues, et de s’adapter à des situations nouvelles. Si l’on veut que des entreprises se développent en Occitanie ou que de nouvelles viennent s’y installer, nous avons donc un effort à faire pour élever le niveau de formation de nos jeunes. Les enseignants ont bien sûr un grand rôle à jouer dans c ette a ffa ire, leur mét ier doit évoluer.

Un chantier ouvert

Bien d’autres questions seraient encore à aborder : développer la coopération plutôt que la compétition entre élèves, diminuer le volume des connaissances pour développer les compétenc es, en finir avec l’élitisme du système français qui cherche à désigner les meilleurs plutôt qu’à mieux former l’ensemble des jeunes, définir les valeurs à transmettre aujourd’hui à la jeunesse et la façon de s’y prendre, etc. À vous, lecteurs, de prendre la parole.

Nous avons tous quelque chose à dire sur l’école !

U. J

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