Le 26 août sur BFM TV, A. Montebourg déclarait : « Le nucléaire est une filière d’avenir », soutenu le lendemain par M. Valls sur Europe 1 : « C’est une filière d’avenir incontestablement ». D. Batho affirmait à l’université du Médef : « La France a durablement besoin du nucléaire ». Les ministres socialistes reprennent de fait les propositions de F. Hollande pendant sa campagne : maintien de la filière nucléaire, en réduisant peu à peu la production d’électricité nucléaire à 5O% du total et en la compensant par les renouvelables. Cette surenchère prépare sans doute l’affaiblissement des écologistes avant le débat sur l’énergie prévu cet automne. Il n’étonne pas de la part de ce grand défenseur du nucléaire qu’est A. Montebourg.

Ce qui surprend par contre, c’est la foi indéfectible des politiques français en l’avenir d’une énergie qui ne représente plus que 10% de l’électricité mondiale (17% en 2005), qui est rejetée partout dans le monde, d’abord par les populations, ensuite par les gouvernements. Montebourg a prétendu que « depuis la décision de Mme Merkel de sortir du nucléaire, tous les voisins de l’Allemagne construisent des réacteurs ». C’est faux, un seul est en chantier, l’EPR de Flamanville. Cet EPR comme celui de Finlande accumule les retards (4 à 5 ans) et les surcoûts (6 à 7 milliards au lieu de 3). Les EPR ont été rejetés en Italie, Lybie, aux émirats, au Brésil. En Inde, la population est massivement contre et ils seront abandonnés sous peu. Ils viennent de l’être aux USA malgré 5 ans de combat acharné d’EDF contre les associations environnementales. En Chine, 2 EPR ont été vendus par Areva pour le prix d’un seul. En GB, EDF a racheté British Energy pour pouvoir commander elle-même des EPR, mais les aides publiques massives, nécessaires à leur construction, seront interdites par Bruxelles.

Ce qui surprend aussi, c’est l’aveuglement durable et criminel de ces mêmes politiques quant aux conséquences d’un accident nucléaire. Aujourd’hui, 40 à 80% des enfants vivant en territoire contaminé autour de Tchernobyl sont malades. Des études épidémiologiques sur 30 ans lancées en juin 2011 à Fukushima ont déjà montré que 30% des enfants testés ont des kystes thyroïdiens – soit 10 fois plus qu’en temps normal – , laissant présager l’apparition de cancers d’ici 2 ou 3 ans. Des papillons mutants ont été observés autour des centrales, des poissons radioactifs pêchés jusque sur les côtes de l’Oregon (USA).

Or que font les organismes d’état chargés de la protection des citoyens ? Ils étouffent l’information ou l’orientent. Dans quel but ? Faire accepter aux populations de vivre dans un environnement contaminé, l’évacuation d’un territoire et sa décontamination s’avérant impossibles ou trop coûteux. C’est le but du programme ETHOS, financé par l’Europe, testé en Biélorussie de 96 à 2001, visant au « développement d’une culture du risque radiologique pratique au sein de la jeunesse par l’école ».On apprend aux gens comment ne pas jeter ses cendres de bois trop radioactives dans le jardin, quand semer ses légumes pour éviter l’accumulation de radionucléides, quels endroits trop contaminés ne pas fréquenter. Le programme n’a pas empêché une augmentation constante des maladies et des hospitalisations et un arrêt des aides lorsqu’il n’y a plus eu de financement. Le même Jacques Lochard, président du CEPN, qui a dirigé ETHOS en Biélorussie est maintenant à Fukushima.

Les études épidémiologiques lancées au Japon ayant montré des résultats préoccupants, le chef du projet a envoyé une lettre aux spécialistes des études thyroïdiennes de tout le pays, leur demandant de refuser tout examen supplémentaire pour les familles concernées. Pour soigner les réfugiés et les habitants de Fukushima, il faut une autorisation de la préfecture de Fukushima. Ils sont devenus des indésirables, commes les « hibakusha » après la guerre, comme les « chimiques » de Biélorussie, et ils servent de cobayes.

C’est cela, l’avenir que nous promet Montebourg si -et c’est une probabilité certaine-, un accident se produit dans une de nos centrales, trop vieilles pour beaucoup et dont certaines ont les cuves fissurées ? En Belgique on envisage la fermeture des réacteurs concernés , en France « ces micro-fissures ne sont pas nocives ». On prolonge la durée de vie des centrales et on passe à côté d’un marché énorme : leur démantèlement, gisement d’emplois pour recycler les travaileurs du nucléaire.Westinghouse, filiale de Toshiba, et Studsvik viennent de s’associer pour s’occuper du démantèlement et de la décontamination des centrales européennes.

Même du petit bout de la lorgnette qu’est son point de vue économiste et nationaliste, A. Montebourg a tout faux et gagnerait beaucoup à lire le Scénario Négawatt. En espérant que la piscine du réacteur n°4 de Fukushima ne s’écroulera pas d’ici là, entrainant une contamination durable de l’hémisphère nord.

Danisa Urroz

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