Le système scolaire français est connu pour être élitiste. Les élèves sont notés, classés, puis ils
s’orientent souvent en fonction de préjugés sur le prestige de telle ou telle filière. Les bons élèves
feront un bac « scientifique » même s’ils sont très littéraires, les moins bons se verront proposer un
bac pro et pour ceux qui sont dégoûtés de l’école un CAP en apprentissage suffira !
Sur les 34 pays de l’OCDE la France se classe seulement 27èmedu point de vue de l’équité scolaire.
Cela signifie que l’appartenance sociale dans le système français influe beaucoup plus qu’ailleurs
sur la réussite scolaire des enfants. Pour le « pays de l’égali té » ça fait tâche ! Même les pays
anglosaxons, souvent critiqués, sont plus justes et équitables que la France.

 

Le ministre de l’éducat ion,Vincent Peillon, a dévoilé son projet de loi de refondation de l’école. Il explique très clairement que cette loi a notamment pour but de réduire l’impact des déterminismes sociaux et de corriger les inégalités et discriminations à l’oeuvre dans la société française.

Priorité au primaire

Pour a tteindr e cet ob jec tif louable, le projet de loi donne très nettement la priorité au primaire. Des mesures fortes sont ainsi annoncées comme la présence d’un maître supplémentaire dans chaque école pour mieux répondre aux difficultés rencontrées. De plus, la scolarisation des enfants de moins de trois ans est mise en avant et présentée comme un levier essent iel pour la réussite scolaire des enfants de milieux défa vorisés (ZEP, secteurs ruraux isolés, outre mer, etc…).

Pour pouvoir mettre en oeuvre ces mesures, des moyens importants s er ont néces sair es. C’est pourquoi le ministère prévoit la création de 60 000 postes sur les cinq ans à venir dont les deux tiers dans le primaire ! Mais la quest ion des moyens n’est pas la seule qui vaille d’être posée.

L’organisation des rythmes s colaires joue également un rôle important. Le gouvernement propose d’installer des cours le mercredi matin et, en contre partie, d’alléger la journée de travail des écoliers qui est plus dense et plus chargée que dans la plupar t des autres pays. Mais tous les enseignants ne sont pas favorables à cette mesure et dernièrement les professeurs des écoles ont massivement fait grève contre cette réforme. De plus cette évolution implique les collectivités territoriales et en particulier les mairies qui devront par tic iper à l’éla bora t ion d’un temps péri-éducatif pour accueillir les enfants lorsque les cours sont terminés.

Le nouveau rôle des collectivités territoriales

C’est là un second point fort de cette loi qui réaffirme (tout en le limitant ) le rôle des collectivités territoriales aux côtés de l’État dans le domaine de l’éducation. On vient de le voir avec les activités périscolaires dans le primaire, mais c’est aussi vrai dans le secondaire où les contrats d’objectifs entre les rectorats, les collèges et les lycées comporteront dorénavant un trois ième signataire : la collectivité territoriale de rattachement !

De même, la loi prévoit clairement que les conseils généraux et régionaux auront la charge de la maintenance des matériels informatiques dans les collèges et les lycées. C’est là une bonne chose qui devrait permettre une amélioration rapide de la situation.

De sérieux manques

Côté pédagogie plus ieurs mesures sont proposées, dont la plus importante, et la plus attendue, est la création d’écoles supérieures du professorat et de l’éducation, chargées de former les enseignants. Par contre, on ne trouve nulle trace dans le projet de loi de volonté de rééquilibrage entre les filières scient ifiques et lit térair es par exemple (lire à ce sujet l’encadré de Martine Boudet).

De la même manière les langues régionales sont complètement absentes du projet de loi. Le Partit occitan (lire communiqué) ainsi que des as socia tions (FELCO, Ocbi, etc…) avaient pourtant alerté le minis tère à ce sujet . Vincent Peillon n’en a pas tenu compte et, malgré le constat accablant de la médiocrité de l’enseignement des langues en France, le projet de loi ne parle que des langues étrangères.

La commission langues régionales de l’Assemblée des régions,s ous l’impuls ion de David Grosclaude, a écrit à tous les parlementa ires pour leur demander de compléter le texte lors du débat qui va s’ouvrir (voir encadré). Plusieurs députés ont déjà annoncé qu’ils tenteraient de faire bouger les lignes, notamment Paul Molac, le député de Régions et Peuples Solidaires. Le débat parlementaire promet d’être riche… affaire à suivre !

 

Uc Jourde

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