Docteur en linguistique, Gilbert Dalgal ian a travaillé pour l’UNESCO dans divers pays et dirigé un temps le
secteur pédagogique de l’Alliance Française de Paris.
Au fil des ans et à travers le prisme de l’école, c’est f inalement tout le fonctionnement de la société qu’il
questionne aujourd’hui. Érudit, engagé, très abordable et souriant, Gilbert Dalgalian a accepté de répondre aux
questions d’Occitania.

 

O c c i t a n i a : Quel regard portez-vous sur la situation politique d’aujourd’hui ?

G . D . : La démocratie représentat ive me s emble de plus en plus vidée de son contenu. Elle a laissé le champ libre à la cris e économique qui s’éternise. Les grands groupes de capitaux décident et les politiciens laissent faire. On voit bien que les industries et les services sont gérés ou démantelés par rapport aux intérêts des actionnaires et pas autre chose. La religion d’aujourd’hui vénèr e le « D i e u marché », c’est le libéralisme, ou le social-libéralisme. Le rôle de l’État

— On se souvient de la phrase de Jospin lors de sa campagne prés i d e n t i e l l e : « L’État ne peut pas tout ». Qu’en pensez-vous ?

— Je pense que c’est faux ! C’est l’État qui décide de son périmètre d’intervention. Il peut décider de sauver une banque, de remettre à flot une entreprise ou bien de la laisser couler. Cela dit je ne suis pas pour un État omnipotent comme les pays de l’est de l’Europe ont pu le connaître. Les citoyens doivent prendre une place beaucoup plus importante pour équilib rer les rappor ts de f or ce avec l’État et les marchés. Une vraie décentralisation

— Est-ce que la décentralisation ne serait pas une bonne solution pour impliquer les populations ?

— La décentralisat ion que nous voyons en France, ce n’est pas une vraie décentralisation. Cela se voit a vec France-3 par exemple, qui n’est qu’une annexe régionale de la station parisienne. La décentralisation actuelle en France n’est rien de plus qu’une délocalisation de l’État central. Il ne faut pas s’étonner a lors du désintérêt des citoyens pour la politique. L’abstention progresse toujours avec la taille du s c r u t i n : beaucoup votent aux municipales, une majorité vote encore aux législatives et bien peu s’expriment aux élections européennes ! Le système en place n’a pas intérêt au fond à ce que les gens se mobilisent. Les médias sont soumis au c apital, on nous a ment i sur la dette pour faire accepter l’austérité. La démocratie représentative, c’est devenu l’organisation minut ieuse de la démission généralisée. Il faut refonder la démocratie !

— Vaste programme ! Comment s’y prendre ?

G.D. : Je crois que le rôle des dirigeants est à retourner : ce sont eux qui devraient écouter le peuple. Un bon dirigeant est selon moi celui qui a la meilleur e écoute et le meilleur esprit de synthèse. C’est la population qui devrait prendre les décisions soit directement, soit indirectement en déléguant sur certains sujets des mandats impératifsà des représ entants r évocables. C’est ce qu’on appelle l’autogestion.

Autogestion

— Existe-t-il des exemples où l’autogestion f onctionne de façon durable ?

G.D. : Vous savez, l’autogestion est une conquête permanente, ce n’est pas un produit « clé en mains ». L’autogestion nait toujours d’une crise dans une entreprise ou dans un État. On peut citer l’ex-Yougoslavie où, après la libération du pays par une résistance massive de la population, c’est le système qu’avait mis en place Tito. Le problème est venu de l’omnipotence d’un part i unique qui a entraîné le dépérissement de l’autogestion. Les nationalismes ont repris le dessus. On peut aussi citer l’exemple algérien où, après le départ des colons, beaucoup de fermes se sont retrouvées vacantes. En 1963, le pouvoir algérien a décidé d’expérimenter l’autogestion de ces fermes par la population locale. Et ça a marché ! Cela a donné un véritable élan populaire ! Mais cela n’a pas duré longtemps : la mis e en place d’une bureaucratie pesante a mis fin à ce fonct ionnement. En fait l’autogest ion fonct ionne bien, mais dépérit si elle n’est pas dans un environnement favorable. tains sujets des mandats impératifsà des représ entants r évocables. C’est ce qu’on appelle l’autogestion.

Autonomie

— À la confluence de l’autogestion, de la décolonis ation, de la crise libérale, certains se tournent vers le concept d’autonomie…

— Vous posez là la question de la s ouv era ineté : qui décide ? Les s ouverainetés nat ionales ont un défaut historique : elles colonisent, elles imposent leur idéal aux peuples. Les États occidentaux sont particulièrement ethnocidaires : ils veulent trans former « l’autre », celui qui est différent dans sa langue et dans sa culture, pour le rendre identique. C’est vrai par exemple pour les langues, où l’on assiste à l’expansionnisme de la langue des États au détriment des peuples qui en font part ie. Bien s ouvent les États ne respectent pas les peuples, surtout ceux qui sont à cheval sur plusieurs frontières. On ne peut pas refuser l’autonomie aux Kurdes, aux Indiens d’Amérique, aux Basques d’Espagne…

—Et aux Occitans ?

—Je n’ai pas dit ça ! Il faut consulter la populat ion : c’est à elle de décider.

Propos recueillis par Uc Jourde

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