De puis plusieurs années , des mot scomme ovocytes, spermes, utérus, embryons, mères porteuses, gestation pour autrui, sont utilisés de façon banale par tous : médias, politiques, citoyens… Ces mots font partie aujourd’hui de notre univers mental, et ce à l’échelle mondiale.

Le livre de S ylviane Agacinski (Flammarion, 2009) a le mérite de nous faire prendre conscience que, derrière ces mots, se cache une réalité moins banale où la dignité humaine et surtout celle de la femme est bafouée. Pour moins choquer l ‘opinion et nos cons cience s, l ‘expression GPA a remplacé celle de mère porteuse. Ces trois lettres inspirent confiance. L’expression mère porteuse ra pprochait de fa çon déplai sa nt e la mat erni té humaine d’un vocabulaire à connotation vétérinaire. L’idée d’utiliser un être vivant pour sa capacité « gestationnelle » n’avait concerné jusqu’ici que l es animaux d’élevage. Cett e nouvelle formule gomme la nature intime et personne ll e de la gross es se … Plus de mat ernité, plus de mère… une simple fonction…

Vue par bea uc oup comme un progrès, la GPA engage un bouleversement total de l’utilisation du corps de la femme. Présent ée souvent comme un service généreux d’une femme pour une autre femme, on oublie que dans ce geste on fait de la femme un outil vivant qui favorise l’émergence d’une industrie procréative et d’un marché qui ont terriblement besoin du corps des femmes… La GPA s’inscrit dans la philosophie actuelle individualiste où, pour satisfaire l es demandes d’ enfants, la devise est: Tout est possible, Tout doit être possible, jusqu’à la product ion d’enfant s en laboratoires.

Pour Sylviane Agacinski, ce tout est possible est une progression vers la barbarie, sans le vouloir, aveuglés que nous sommes par les progrès de la puissance technologique et les ruses du marché. Dans cet imaginaire bio-technologique, l’enfant n’est plus qu’un produit fabriqué à parti r de miettes : spermes, ovocytes, utérus… Nous sommes incapables de voir ce qui s’étale sous nos yeux : une barbari e soft bienvei ll ante, unealiénation du corps humain…

À l’égard de ces femmes dont on veut fai re des « couveuses « , indemnisées ou non, on ne peut s ’empêcher de rec onnaî tre la froideur égoï ste et le vieux mépris de classe de ceux qui estiment normal de mettre la vie des autres à leur service : comme l es nourrices -domestiques des siècles précédents, utilisées par les mères de l’ aristocrat ie et de l a bourgeoi sie aisée, pour allaiter et élever leurs enfants. Mais elles sont plus encore aliénées que ces anciennes nourrices, l’existence phys ique toute entière des « ges tatrices », le t emps d’une gross es se, s e trouve au s ervi ce d’autrui .

Aux États -Unis , les cont rats pas sés avec les parents prévoient dans les moindres détails la vie des mères porteuses : son alimentation, ses activités, son hygiène de vie… Ce seul usage du ventre est contraire à la dignit é, même s’ il n’est pas marchand, parce qu’ il fait de l ‘exist ence même de l ‘être humain, un moyen au service d’autrui. S’il est rémunéré, il l’est partout où il est prat iqué, le corps est traité alors comme une marchandise.. Est-il conforme à notre conception de l ‘ être humain d’uti li ser le s femmes comme couveuses d’embryons ? Au lieu de poser cette ques tion essentielle, on presse notre pays de rattraper son retard. On s e montre impatient « que la loi s’adapte enfin à une réalité sociale ».

De ce réalisme du marché de l’enfant, personne ne parl e… On entend s eulem e n t : « aidez-les à donner la vie… » Vivra-t-on un jour ce que vit l’Espagne, montrée en exemple, des appels à l’aide dans les Univers ités et Hôpitaux pour recruter les donneuses d’ovocytes ? Et, comme ces appel s ne suffisent pas à répondre à la demande de ce marché procréatif, les cliniques privées espagnoles spécialisées dans la fertilité font appel à des donneuses d’ovocytes qui viennent des pays de l’Est… Ce sont des femmes frappées par le chômage et la pauvret é. El les mett ent l eur vie en danger, car le traitement spécial pour bloquer les ovaires (Leuroprolide) peut provoquer de s effet s sec ondai res g r a v e s : tachycardies, baisse de densitéosseuse.

Le trait ement par injections quoti – diennes pendant 10 jours pour stimuler les ovaires afin de produire le maximum d’ovocytes, (une femme n’en produisant qu’un par cycle) est très dangereux puisqu’il peut provoquer un syndrome d’hyperstimulation ovarienne dont les formes peuvent être légères, moyennes ou sévères, voire mortelles. Liberté ou dignité ? Cert ains dis ent que chacun peut util iser son corps comme il l’ent end. Mais le respect de la dignité de chacun doit être garanti par la loi, fût-ce en dépit de la liberté individuelle. Nous sommes d’accord avec Sylviane Agacinski qu’en cas de conflit entre la liberté et la dignité, la seconde doit passer avant la première. La médecine doit-elle vraiment s’installer dans cette logique de la demande d’enfants, comme si elle était vitale et se met tre au s ervice du c onsommat eur comme aux USA où la procréation est à la fois une industrie et un marché ? Regardons du côté de l’enfant : cet enfant sans prix, mais dont le tarif s’affiche ouvertement sur les dépliants et sites internet des cliniques californiennes, qui devra assumer d’être né de parents en miet tes , mère part iell e d’un côté, et « paillettes congelées » de l’autre.

Ces miettes biologiques, qui servent à la fabrication d’embryons, sont stockées dans des banques et des cliniques spécialisées qui attendent des mères de substitution, indi spens abl es à l a confect ion d’un enfant l ivrable à s es commandi taires pour un prix forfaitaire, pièces et main d’oeuvre comprises. Luttons pour que notre pays reste fidèle à l’esprit des lois, c’est-à-dire au respect de la personne et de son corps, au refus de toute utilisation des organes qui exposerait l’individu à une dépossession de soi ou à une exploitation. Le marché des ventres est essentiellement cruel, que tel ou tel cadre juridique ne rendra pas plus humain.

Eliane Robuski Martin

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