N°177 – La décomposition républicaine

Juin 17, 2011

L’affaire DSK éclaire d’un jour cruel la problématique de l’identité nationale. Ce débat, rappelons-le, avait été lancé par le locataire actuel de l’Élysée.

Sarkozy-Strauss Kahn : deux rivaux qui incarnent communément les dérives de la monarchie républicaine, à la sauce néo-libérale. La sinistrose médiatique alimentée autour de l’affaire DSK est à la mesure du psychodrame national : la cristallisation maladive sur les  personnages de pouvoir répond aux déviances des dirigeants pris en faute. À l’étranger, il est vrai, le masque de la « grandeur de la France » s’est déjà largement effrité, avec les frasques du prés ident b ling-b ling ou les c ontreperformances d’une équipe de football repue d’argent et de vanité.

Troisième figure tutélaire de la politique-spectacle, Marine Le Pen, qui est censée recueillir les suffrages populaires à la prochaine échéance électorale dont tout  montrait, jusqu’à la chute du directeur général duFMI, qu’elle était pipée. Dans la distribution des rôles,
le sien reste de recycler les rancoeurs d’un peuple confronté à la fois à la régression de ses conditions de vie et à l’impunité dont bénéficie la caste au pouvoir.

De mémoire de citoyen, les « affaires » défraient la chronique régulièrement et se concluent imperturbablement par des non-lieux ou des dénouements insignifiants : affaire Woerth-Bettencourt, affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, affaire de Karachi, affaire Clearstream, angolagate, affaire Elf, affaire Tapie…

Autre personnage en scène, l’étranger non européen, à qui faire payer la note des dysfonctionnements internes, comme le distillent en choeur les responsables  de la xénophobie d’État et de l’extrême-droite. Il a bon dos l’émigré de service ou le pays sub-saharien qui doit subir l’ire magistrale de la métropole en crise. Exemple tragique que celui de la Côte d’Ivoire, jadis pays respecté de la sous-région et désormais réduit à merci, suite à une guerre civile largement télécommandée depuis Paris et Ouagadougou et qui s’est concluepar un coup de force avec la bénédiction de la « communauté internationale ».

Le pays de la Marseillaise s’illustre en participant à deux autres conflits guerriers en Afghanistan et en Lybie dont l’objectif invoqué est celui de la défense de la démocratie libérale. Cette extraversion belliciste est aussi à la mesure des déséquilibres Nord-Sud et de l’aspiration des peuples du Sud, arabes et africains, à prendre en mains leur destin national. Quelques jours après l’assassinat du chef terroriste Ben Laden par les services américains, l’inculpation à New York du DG du FMI sur les accusations d’une jeune domestiqueguinéenne constitue un symbole fort du combat des catégories représentées.

À la délinquance financière de maints dignitaires  s’ajoute donc la possible criminalité sexuelle d’un dirigeant plébiscité auparavant  comme le nouvel « homme providentiel » et qui dans les faits souffrirait d’une overdos e des ingrédients class iques de la   toutepuissance. Suite à des années de pipolisation de la vie politique en lieu et place du débat d’idées sur de véritables  alternatives,  cette catastrophe personnelle traduit  l’impasse humaniste de ce mode de gouvernance.Comme dans la tragédie antique, le spectateur  est invité à une « catharsis » salutaire ; tel est l’objectif, par exemple, du pacte civique récemment constitué : cult iver le   décentrement et une éducat ion citoyenne à l’altérité.

 

L’enjeu de la démocratie réelle (democracia real)
De nombreux médias défendent le bilan de DSK au FMI depuis 2007 et sa fibre tiersmondiste : il s’agit dans les faits d’une gestion  ultralibérale dont les pays du Sud continuent à faire les frais, avec le maintien des programmes d’ajustement structurel (PAS) pour le paiement d’une dette illégitime. Avec la crise systémique, voici venu le tour des pays européens les plus fragilisés, talonnés par les  marchés financiers, la Grèce, le Portugal, l’Espagne… Quant à la soi-disante démocratisation du FMI en faveur des pays émergents, les  rumeurs du remplacement de DSK par un nouvel  Européen démentent cet autre aspect du mythe. Christ ine La garde reprendra-t -elle  le poste tant  convoité, en dépit de l’affaire Tapie ? S’inspirant des révolutions arabes, la mobilisation « Democracia real » dévoile de son  côté les limites de la social-démocratie espagnole, moins compromise aux côtés de l’oligarchie mais victime d’une conjoncture défavorable. Et dénonce l’anachronisme d’une démocratie bipartite incapable de prendre en compte les besoins socio-économiques du  peuple et de sa jeunesse.

En conclusion, la crise républicaine qui sévit en France depuis le fiasco électoral de 2002 — que subit alors le candidat Jospin—  manifeste les passifs de l’« identité nationale » : le monarchisme républicain et machiste, alimenté entre autres par le centralisme
jacobin, l’impérialisme néo-colonial et la xénophobie d’État et transmué sous l’effet de la mondialisation néo-libérale en un affairisme de caste. Les développements de l’enquête menée dans le pays du watergate amèneront peut-être la justice américaine à crever
l’abcès de son impunité récurrente. Cette part d’ombre a progressivement gagné sur les forces vives à l’oeuvre dans le pays et que rappellent périodiquement les résistants de la première heure et les diverses mobilisations en faveur d’une République plus sociale, écologique, paritaire et respectueuse des  langues-cultures et de la souveraineté des peuples francophones.

L’avenir dira si un retournement de tendance s’opère de manière significative d’ici la présidentielle de 2012.

Martine Boudet

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N°177 – E las femnas dens tot aquò ?

Juin 17, 2011

À trop chercher le maître, on trouve la maîtresse…

Depuis quelques semaines, les histoires de fesses s’invitent dans la
sphère politique. Tout a démarré brusquement par une plainte contre le futur
présidentiable, Dominique Strauss-Kahn. Après plusieurs jours de
médiatisation voyeuriste, la presse rebondit d’histoires en histoires, et
puis les langues se délient…

Mais la course aux primaires suit son train, les cartes sont simplement
rebattues, sans que le présidentialisme ne soit remis en question. Le culte
du chef est toujours aussi présent. C’est pourtant ce mode de recrutement
des élites politiques qui serait à revoir. La quête de l’homme providentiel
‹ plutôt que la femme ‹ pour gouverner, redresser le pays est ouverte.
Un tel système pyramidal favorise les profils machistes, patriarches.
Les femmes, assistantes, secrétaires, attachées n’ont qu’à bien se tenir. «
L’élu du peuple » est tout-puissant, il a les pleins pouvoirs.

Vers une société homme-femme équilibrée ?

Donner une place légitime aux femmes est encore un constat d’échec dans
notre société. Les femmes s’invitent pourtant dans le combat. Ce sont elles
qui ont fait bouger les lignes dans la révolution arabe ‹ et berbère ‹ de
ces derniers mois pour libérer leurs pays. Ce sont elles qui ont catapulté
la pierre qui est venue écrabouiller la tête de Simon de Montfort le 25 juin
1218 et libérer Toulouse et le pays occitan.

Mais pour faire grimper cette minorité silencieuse au sommet de l’État,
deux conceptions s’opposent : d’un côté, les partisans du scrutin uninominal
et majoritaire qui favorise l’incarnation du pouvoir sur une seule personne,
un homme âgé de préférence, un notable local, et de l’autre les partisans du
scrutin de liste doublé d’une proportionnelle qui favorise la complémentarité d’une équipe plutôt qu’un individu.

Mais le modèle centralisé français reste attaché à son Roi Soleil, à son
Napoléon Bonaparte. Ce sont les femmes qui le feront changer ?

Guilhèm Latruvèrsa

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n°176 – La fin del monde es per deman ?

Mai 17, 2011

Del Nippon (Japon) a l’Ucraïna

Le 11 mars 2011, vers 3h de l’après-midi, la terre tremble sur la côte pacifique du Japon et engendre un tsunami. 10 minutes plus tard, les vagues atteignent la côte et vers 7h du soir, l’État japonais déclare l’état d’urgence nucléaire : plus de 200 000 personnes sont évacuées.

En moins de quatre heures, le pays du soleil levant s’est transformé en véritable cauchemar. La haute-technologie nucléaire s’est emballée, devenant un moteur fou dont le câble d’accélérateur se serait bloqué. En moins de quatre heures, un grand coup de froid s’est abattu sur l’engouement nucléaire.

Dans l’État français, certains trouvent encore indécent d’évoquer la sortie du nucléaire quelques jours après l’accident, et préfèrent rassurer les populations en faisant l’éloge, de manière tout aussi choquante, du savoir-faire et de la sécurité de leurs centrales. 25 ans après Tchernobyl, toutes les leçons n’ont pas été encore tirées.

Quid des « anomalies » d’exploitation des centrales, quid du traitement des déchets nucléaires, quid du démantèlement des centrales ? Le nucléaire est une énergie propre si du moins on occulte les questions dérangeantes.

En passant per Occitania

La vallée de la Garonne et surtout la vallée du Rhône ont vu, elles aussi, l’implantation de plusieurs centrales ainsi qu’un projet de fusion thermonucléaire, le projet ITER en Provence. Après les cours d’eau, pièces-maîtresses pour le refroidissement des centrales, le combat pour l’énergie se tourne vers le sous-sol, qui serait particulièrement riche dans nos régions. La nouvelle méthode d’exploitation s’appelle la fracturation hydraulique, et l’énergie fossile récoltée, le gaz de schiste. Principal problème de ce type d’exploitation : l’utilisation massive d’eau combinée à des produits chimiques qui est envoyée à très forte pression dans des forages. Cette eau polluée se retrouve tôt ou tard dans les nappes phréatiques, puis finit par couler dans le robinet de nos maisons.

Ce type d’exploitation est déjà en cours depuis une dizaine d’année aux États-Unis et au Canada. Le film Gasland met en lumière toute cette nouvelle conquête de l’industrie gazière, guidée par le proverbe Shadok, « Quand on ne sait pas où on va, il faut y aller… et le plus vite possible ! »

Quina energia per doman ?

Mais pourquoi continuer à se poser la question de l’exploitation des énergies fossiles, le pétrole, le char-bon, le gaz et par extension l’uranium, ressource limitée pour les centrales nucléaires ? Quand bien même les techniques seraient optimisées, l’extraction d’énergie fossile se retrouve toujours confrontée à une limite, celle de la rareté de la ressource, rareté qui finit par faire exploser les prix. Sans doute ce mécanisme est parfait pour les industries qui s’assurent de pouvoir toujours vendre plus cher ce qu’elles exploitent et pouvoir toujours financer de nouvelles recherches.

Pour la collectivité, la question serait plutôt d’exploiter les énergies de demain, et notamment les énergies renouvelable, et de chercher les économies d’énergie (isolation, etc.). Si l’argent public avait été investi de manière équilibrée dans le nucléaire ou le pétrole, mais aussi dans le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse ou la géothermie, nous ne nous poserions plus la question de savoir comment sortir du nucléaire et des énergies fossiles, mais simplement quand nous prendrions la décision politique d’en sortir.

Car, au vu de la consommation effrénée d’énergie, la fin du monde basé sur le nucléaire et les énergies fossiles est réellement pour demain.

Guilhèm Latruvèrsa

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N°176 – Antropològa e occitana

Mai 17, 2011

« Comment je suis devenue anthropologue et occi tane » d e Coleta Milhé. Edicions « Le bord de l’eau ». Despaus legal: genièr de 2011. 270 paginas.
Quand òm crompa un libre, se cal mesfi sar . Se cal mesfisar, mai que mai, del seu titol. Quand vegèri sus sa laissa lo libre de Coleta Milhé dins una librariá bèla de Tolosa e que ne legiguèri son titol « Coss í soi venguda antropològa e oc citana », me pensèri que se   trachava d’un raconte autobiografic interessant. La quita presentacion de quatrena de pagina podiá daissar entreveire una experiéncia excepcionala. M’enganèri o foguèri enganat — cadun causirà — per una presentac ion que qualificarai de comerciala. Çò que, per un obratge que se vòl scientific, fa un pauc descalat. De fach, se tracha d’un jornal de recèrca, d’una mena de cronica jalonant una recèrca scientifica. De Coleta Milhé, sabèm pas grand causa que la quatrena de cobèrta nos ensenha pas sus la biografia de l’autora. Mas, a çò qu’avèm pogut trapar dins lo còr del libre, ne podèm dedusir que l’autora es originària de Bearn. Es una femna madura que tornèt  prene d’estudis sul tard. Perqué ? Cossí ? O sauprem pas e tan melhor. D’estudis en antropologia a l’universitat de Bordèu. Perqué d’antropologia ? Tornamai o sauprem pas. Lo tèma de sas recèrcas portèt dins un primièr temps sul moviment de las Calandretas en Bearn. Per contra, la seu tèsi portariá sus l’abséncia de moviment politic al dintre del combat occitanista, sempre en Bearn. Per çò que
ne sabi, una afirmacion a mitat vertadièra que li ne daissam la responsabilitat.

Francament, quand dobriguèri lo libre, me pensavi anar legir una mena de trajectòria vidala. Un vertadièr raconte autobiografic que nos escalciriá pel menut lo caminament de qualqu’un qu’auriá fach una descobèr ta personala. Me congostavi de per avança d’una mena de revelacion personala contada d’un ton viu e benlèu apassionat. Pensavi trapar dins aqueste libre l’emocion nascuda d’una descobèrta insospechada. Res de tot aquò. Me metèri lo det dins l’uèlh fins al coide.

De fach, se tracha d’un obratge pro tecnic per dire pas que l’es completament. D’unas reflexions epistemologicas sul cossí produsir d’utisses de coneissenças que correspondan als c r itèr is sc ienti fiques en vigor e, s’aqu ò’s è ra possible, reconegut mondialament per la comunitat universitàr ia.

Coma o vesètz, res de plan merific, al contrari, tot çò que pòt èsser rebarbatiu a la longa. E de longor n’i a bodre. Vos rebrembi en passant que, quand entamenatz lo libre, n’avètz per 270 paginas. Engolir 270 paginas de pensaments epistemologiques, vos asseguri que cal aver un estomac de beton. “ – E perqué fau atal alara que poriái far autrament ? – Qual sap se fau coma cal ? E se fasiái autrament quinas ne serián las consequéncias subre la resulta escomptada ? E que va dire mon director de tèsi ? ” Siá dit en passant, lo director de tèsi es fòrça present dins aqueste jornal que sembla virar qu’unes còps al jornal intime. S’aquel libre tomba dins las mans d’un
psicanalista, se poriá que manque pas de parlar de transfèrt de l’autora sus son mèstre de tèsi. Mas aquò es un autre parelh de margas…
Un moment donat, dins aqueste obratge, Coleta Milhé copa de sucre sus las esquinas d’Enric Jeanjean e de Fabrici Bernissan. Los acusa d’aver volgut far òbra scientifica sens aver servat la distància necessària entre cercaire e gents estudiadas dins lors comportaments sociologiques e l ors accions. A çò que sabi, Enric Jeanjean e Fabrici Bernissan agèron de longa consciéncia de son implicacion dins lo moviment occitanista, e quitament dins lo moviment politic occitan. Adoncas an pas enganat deguns, e subretot — aquò’s important dins aquestas menas de demarchas — se son pas autoenganats. Tot comptat e rebatut, per çò que tòca dels trabalhs dels cercaires  bigordan e occitano-autralian, i a pas que Coleta Milhé qu’i vegèt pas que de blau. Es un comble !

Finalament es un jornal que, jos l’alibi de far avançar las c iéncia, daissa fòrça plaça al nar cissi sme e quitament, gausèm lo mot, al  miramonilisme. E vos pòdi dire — ara es public — que lo monilh de Coleta Milhé sembla bravament espandit. Talament espandit qu’es  alassant de ne far lo torn. Se solament i aviá pas qu’un torn a far ?

Mas l’autora sembla talament aimar son monilh que nos prepausa de ne far quaranta còps lo torn — o pauc se’n manca — amb ela. Es fastigós. Es fastigós e cal aver una disciplina de fèrre per anar a cima de la caminada. Aconselharai pas a deguns de se daissar embarcar dins un tal afar. Se la lectura d’aqueste libre retrachant l ’elaboraci on d’una tèsi es francament penibla, per contra la tèsi serà del pus grand interés pel moviment occitanista e mai que mai pel moviment politic occitan. Aquel trabalh serà caporal per l’avenidor de l’ oc citanisme politic. La question qu’ ensaja d’aprigondir aquela recèrca scientif ica es primordiala per nautres que d’ef ièch avèm besonh de saupre perqué lo moviment politic a talament de mal a se desvolopar en Occitània en general e en Bearn en particular. Es la resulta
d’aqueste trabalh que presariam véser publicar per l’Universitat e non pas talament las susadas totas personalas de Coleta Milhé que presidiguèron a n’aquesta enqu ista. M’atriga personalament de conéisser las conclusions d’aquel trabalh de recèrca. Es a partir d’unes estudis atal que lo moviment politic oc citan poirà benlèu, e sonque s’aquò ne vira, adaptar son accion de terren.

Es aqueste agach extèrne gesit d’una metodologia sc ientif ica que nos es necite per poder avançar nautres, « paures militants »  auscultats coma de formigas per etnològues, antropològue e autres sociològues. Mas quora serà publi cada aquesta tèsi ? Mistèri e  interrogacion ! Seriá damatge que nos siague estat balhat a beure la gaspa e que lo formatge demòre tampat dins los tiretòts.

Sèrgi Viaule

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N°176 – Quelques leçons du dialogue des cultures

Mar 22, 2011

         I-Médias et cultures au service de la révolution arabe

 

Les médias jouent, comme chacun sait, un grand rôle dans les événements qui se déroulent en Afrique du nord,  dans le combat des peuples pour la chute des pouvoirs autocratiques et dans la manifestation de la solidarité internationale. Le caractère interactif de cette démocratie d’opinion s’est manifesté fin février avec la démission simultanée de ministres tunisien et français[1], jugés trop complaisants à l’égard de l’ancien régime. Quels leviers interculturels contribuent de manière générale à dynamiser ce processus de démocratisation?
Dans le monde arabe, trois apports principaux se conjuguent, ceux de l’Islam, du nationalisme arabe et des droits de l’homme, version occidentale. A cette étape, ce n’est plus tant la lettre régressive et dogmatique de la religion qui fait la loi que certaines de ses valeurs intériorisées telle la fraternité devant régir la communauté des croyants, dite Umma. La positivation de l’esprit du djihad  se note à l’héroïsme de ces milliers de Lybiens bravant les chars  du despote. A la laïcisation du message religieux, s’ajoute la réalité objective d’un certain fait panarabe, la nation arabe étant vécue en conscience grâce aux medias et aux démarches de solidarité concrète (à l’égard des rescapés du drame lybien à la frontière tunisienne, par exemple). Dans ce contexte, la notion de frontière reste artificielle, le désert étant l’espace naturel le plus représentatif de la vision du monde arabe.

L’intégration des valeurs occidentales ne rencontre plus d’obstacle majeur, les peuples ayant eu le temps de méditer  tout au long d’un parcours erratique sur les différents systèmes: autocraties féodales, terrorisme islamiste, exploitation impérialiste et néo-coloniale…. A l’origine de la « dépatriarcalisation » des pays, la jeunesse, qui a les yeux rivés sur les écrans d’ordinateur ou sur l’autre rive de la Méditerranée,  est le trait d’union entre les civilisations. L’efficacité de la stratégie mise en oeuvre par les peuples donne la mesure de leur développement culturel: il devient  peu ou prou normal de parler de la place des femmes dans cette mobilisation ou du statut de la langue berbère, entre autres catégories jusque là minorées. L’une des leçons de l’histoire  semble être qu’assumer son indépendance à l’égard des puissances dominantes nécessite de résorber certaines contradictions ou limites internes qui la fragilisent.

L’éloge est unanime, fait rare en politique et d’autant plus étonnant que la représentation du monde arabe était notoirement négative. A la chape de plomb constituée par la somme des régimes patriarcaux, s’ajoutait la barrière des stéréotypes ethnistes qui ne permettait pas d’apprécier de l’extérieur la maturation du processus en cours. Concernant son envergure, la comparaison faite par certains observateurs avec la chute du mur de Berlin est pertinente à cette  réserve près: les peuples de l’Est ont adhéré aux valeurs libérales et occidentales sans qu’un bilan approfondi des acquis sociaux et culturels de l’économie planifiée n’ait été effectué, en matière de services publics, de citoyenneté, de culture…. Cette absence de reconnaissance et de réinvestissement de l’expérience sociétale vécue à l’Est du mur de fer est l’une des raisons du raz de marée idéologique du néo-libéralisme, version « choc des civilisations » dans la période qui a suivi.

Sur quelles dynamiques  interculturelles faut-il compter pour une transformation de l’essai arabe?  Sans doute les Tunisiens qui scandaient le slogan « Ben Ali dégage! » ont-ils pris exemple sur les manifestants français qui ont battu le pavé pendant des mois pour sauver le régime des retraites.  La reconnaissance présidentielle des erreurs de la diplomatie française  est un signe encourageant dans la voie de l’abolition du néocolonialisme. La radicalité plutôt joyeuse de cette actualité incite d’une manière générale  à revisiter les fondamentaux républicains, sur lesquels s’est inscrite la parenthèse autoritaire française.

 

        II- Entre idéologies et cultures, quel dialogue en France?

Héritées de la philosophie des Lumières, laïcité, trilogie des valeurs républicaines et citoyenneté individuelle sont les piliers de l’édifice républicain. Sur cette base,  se sont greffées des idéologies progressistes, telles le marxisme et le freudisme, élaborés à partir de paradigmes inspirés par leur époque: la lutte pour l’avènement du socialisme, la libération sexuelle….Après un siècle d’usages souvent féconds, ces humanismes  ont montré leurs limites, en tant que constructions abstraites et  forcément incomplètes. L’écologie correspond à une aspiration grandissante à un meilleur respect de l’environnement, pour résorber des dangers devenus planétaires. L’intervention des peuples du Sud sur la scène mondiale contribue à redonner aux patrimoines  religieux et culturels leur force d’influence. L’on a affaire dans ce cas à des systèmes de représentation fondés sur des valeurs de transcendance (dans le cas des spiritualités) ou sur l’expérience d’un vécu social, dans une langue déterminée ou en fonction de symboliques propres (dans le cas des cultures).
De même que, sur le modèle turc par exemple, le monde arabo-berbéro-musulman semble s’orienter vers la laïcisation de son patrimoine religieux et son adaptation à un Etat démocratique, de même, dans un processus inversé, la citoyenneté française, multiculturelle de par l’apport de ses régions historiques et ultramarines ainsi que de ses populations immigrées, a-t-elle intérêt à privilégier une laïcité ouverte ainsi qu’une réflexion interculturelle en forme. Témoigne des insuffisances actuelles l’appauvrissement du lexique sociologique de base: combien de concepts se référant à des réalités collectives sont désormais tombés en désuétude (nation, peuple français) ou sont utilisés avec circonspection (République) ou dans un sens négatif, pour décrire les maux auxquels les réalités correspondantes sont censées donner lieu: communisme, socialisme, communautés, cultures (de genre), religions, identités, langues régionales, francophonie....Les pouvoirs publics ont beau jeu de supprimer dans ces conditions la notion de « classes sociales » dans les nouveaux programmes de SES en lycée et d’introduire l’anglais dès la maternelle, pour satisfaire les desiderata des marchés. C’est dans ce  contexte que prolifère une sous-culture atlantiste dite people à l’encontre de laquelle bien peu de forces mobilisées et d’outils d’analyse existent.

Dans ces conditions,  la citoyenneté à la française court le risque de se réduire souvent à  un individualisme atomisé, relativiste ou potentiellement  destructeur de liens sociaux, familiaux, conjugaux. Le problème n’est pas tant pour nos générations qui ont été façonnées par une vision collective du monde, de type interclassiste ou corporative par exemple, que pour la jeunesse, à qui ces repères militants ne sont plus trop transmis. Si le débat sur l’identité nationale et ses relations « problématiques » à l’Islam  s’adresse à l’électorat traditionaliste ou extrémiste, la transition autoritaire se manifeste dans le même temps par la montée en puissance d’une technocratie étatico-administrative, qui s’impose en lieu et place de pratiques de dialogue socio-professionnel.  Ce courant gestionnaire mécaniste s’inscrit dans une tendance lourde  à  des fonctionnements formalistes, de type logico-mathématique, développés du fait de la suprématie des sciences et techniques, de l’économie et du droit. La conjugaison de ces phénomènes -technocratie d’Etat, technoscience, individualisme atomisé à la base…-  entraîne le décrochage progressif de l’Education nationale, en charge de la transmission des valeurs républicaines. L’omniprésidence sarkozyenne (l’Etat c’est moi) diffusant de son côté  une conception exclusive  et unilatérale  de la gestion des affaires de la cité et la crise de la diplomatie le décalage croissant à l’égard d’autres modes d’être au monde plus équilibrés.

Ainsi, au pays du self made man, la chute de l’administration Bush et les acquis de l’ère Obama manifestent la réussite, dans le contexte qui est le sien,  du modèle multiculturel nord-américain. En France même, depuis les élections régionales de 2004, un contrepoids conséquent à un pouvoir exécutif excessivement centralisé et individualiste est assuré à l’échelle des territoires: régions, mairies, cantons…sont majoritairement dans l’opposition à la « transition autoritaire ». Sur ces bases, le basculement du Sénat, à l’occasion des élections cantonales de  2011, serait un fait historique à mettre au compte d’une recomposition en profondeur des forces vives du pays. La parité homme-femme est aussi à l’actif de la France qui a su innover dans le domaine des relations entre genres et sortir, ce faisant, d’un universalisme trop abstrait et dans les faits phallocrate.

Entre autres à l’occasion du contre G8 de l’éducation et de la recherche (Dijon, mai 2011) , la menace d’imposition linguistique du globish  pourrait faire l’objet d’une opposition ferme et d’un débat altermondialiste nécessaire, concernant les enjeux linguistico-culturels. Pour exemple, quel avenir pour une francophonie qui ne soit plus celle des officines françafricaines ou technocratiques mondialisées mais qui soit un espace de création et de jeu des peuples et de leurs langues-cultures? D’une manière générale, l’empirisme intersubjectif développé par la société des médias et sur lequel table le néo-libéralisme pour proliférer nécessite d’être pondéré: c’est le rôle, entre autres sciences sociales, de l’anthropologie culturelle, au service du dialogue des cultures et d’un autre monde possible.

 

 Martine Boudet



[1]-Ghannouchi et M. Alliot-Marie

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N°175 – Amis wallons…

Jan 17, 2011

Je ne connais pas toutes les finesses historiques de la mécanique qui vous mène dans la situation présente, en Belgique. Vu d’ici, une fédération semblait pour la Belgique une solution raisonnable, susceptible de permettre à chacun de se sentir respecté et de vivre son autonomie. Mais il semble que cela ne soit pas le cas. J’avoue ne pas comprendre…

Certes, la Belgique n’est pas un « vieux » pays de ce vieux continent, mais toutes les régions de cette zone de l’Europe ont été, jusqu’au XXème siècle, en perpétuelle mouvance. Et la Belgique avait le bonheur de nous dire qu’il n’est pas fatal, pour une petite région, de  tomber sous la coupe d’un grand État voisin.

Ce qui nous donne le vertige, c’est de savoir qu’une partie d’entre vous voudrait votre rattachement à la France. Faut-il que vous soyez déprimés pour être à ce point suicidaires ? Savez-vous ce qu’est un département ou une région française ? Politiquement : rien, ou presque. Souhaitez-vous, sincèrement, être le 91ème faire-valoir du nombril parisien, de ses princes, de son microcosme  intellectuellement despotique ? Êtes-vous désespérés au point de vouloir disparaître dans l’ogre républicain (à la française) ?

Nous imaginons mal le Luxembourg demander son rattachement à qui que ce soit, ou les Jurassiens suisses se départementaliser. Quelles que soient les difficultés, l’Europe ne nous offre-t-elle pas d’autres perspectives ? Je n’ai pas de leçon à vous donner, mais à vous dire seulement que nous autres, autonomistes, cherchons depuis fort longtemps la pierre philosophale pour tenter d’exister dans ce putain d’État.

Vous qui l’avez entre les mains, ne la jetez pas aux orties !

J. Pince

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N°175 – La démocratie internationale, un enjeu de civilisation

Jan 17, 2011

Marchés financiers,maîtres du jeu

La dictature des marchés financiers continue son oeuvre macabre à l’échelle de nombreux pays européens, manifestant ainsi le  caractère i llusoire de la protection opérée par l’Union: après la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne sont dans le collimateur… En  cette période de cr ise systémique, l’exacerbat io n des lut tes d’ in térêt entre le s classes de même qu’entre les peuples se polarise au sommet des États. Dans la transition autoritaire que nous vivons,les droits démocratiques et la souveraineté des États sont ainsi  régulièrement bafoués.

En témoigne en France le vote de la l oi sur les ret raites, en dépit d’une opposition populai re sans précédent. Cela suite à un dispositif impressionn an t de con tre- ré fo rmes dans de nombreux domaines de la vi e soc ialedont l’Université, l’Éducation nationale, la justice, la santé… Par ailleurs, la xén ophobi e d’État et le s affai re s po li ti co -f inanc iè re s, si cont estée s durant l’été 2010, bénéficient d’une banalisation inquiétante. Le ministre  de l’Intérieur, qui est l’objet de plaintes au pénal pour racisme ou autoritarisme, et dont certaines aboutissent, continue à sévir, sans que sa démission ne soit débattue.

Récemment, en Italie, Berlusconi s’est maintenu au pouvoir, e n achetant vraisemblablement les quelques voix qui ont manqué pour sa destitution à l’Assemblée.

Coup d’État en Côte-d’Ivoire

Il est attesté que la Côte d’Ivoire subit a contrario une tentative de coup d’État international(1), camouflée par un matraquage médiatique et institutionnel sans précédent dans la dernière p é r i o d e . De concert avec l’administration américaine, l’Élysée, par des manoeuvres à l’ONU, voudrait imposer le candidat qu i répon d le mi eux aux attentes occidentales. Cela en dépit derésul tats é lec toraux pour le moin s incertains: « L’as soc iation Survie rappell e que la France porte une grande responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis 8 ans. Malgré ce que prétendent l’ONU et les puissances occidentales, les conditions n’é taient pas réunie s pour éviter une large fraude, particulèrement au Nord du pays (…). La seul e i ssue sembl e désormai s l’apais ement entre les deux camps (…). La Franc e doit procéder au retrait de son opération mil itair e au profi t de troupes intern atio nale s so us commandemen t
onusien.. » (2)
L’on retrouve dans le drame ivoirien les ingrédients classiques du processus de bouc-émissairisation dont parle l’anthropologue René Girard (3) : dans un contexte de c ri se, l’un ité social e se reconstruit en négatif par des processus de régression mimétique, sur la base du sac rifi ce d’une victime émissaire qui concentre et cristallise la somme des rancoeurs et frustrations accumulées . D’une manière  générale, l’oligarchie a toujours joué du consensus tacite établi entre les pouvoirs publics et les opinions, quant au traitement de ce  tiers exclu des arènes internationales qu’est le continent africain.

Résultante de la fin de la guer re froide, après la chute du mur de Berlin, l e génocide rwandais a été perpétré dans l’indifférence  générale, deux mois durant; c’est avec des larmes de crocodile que Sarkozy a, pour des rai sons diplomatiques, formulé quelques    regrets au nom de la France en février  2010. Au Congo-Kinshasa Autre exempl e par lant: Laurent Désiré Kabila, nommé président du Congo Kinshasa suite à la destitution de Mobutu, fut menacé d’emprisonnement à l’oc casion du sommet francoafricain de Paris, pendant que les dictateursrestaient tapis dans l’ombre de  l’Élysée. Son assassinat peu de temps après est sans doute la conséquence,  direc te ou indirecte, de l’acharnement  dont il a été l’objet de la part des instit uti ons et médias oc cident au x. En Haïti, le président

Aristide, légitimement élu, a été débarqué manu militari par les troupes f rançai ses et amér icaines, sa demande de restitution de la dette de l’île par la France esclavagiste étant tombée dans un impérial oubli. Dans ce contexte, l’amalgame réducteur voire l’inversion  des rôles et des valeurs ont force de loi. En l ‘absence d’un discours alternatif audible de la part des mouvements progressistes, les dictateurs patentés et ouvertement compradores sont confondus avec les leaders nationalistes, dont le caractère autocratique et la  diff iculté à entreprendre sont souvent déterminés par des rappor ts de force internationaux draconiens, qui sévissent entre autres au travers des guer res civiles. Autre effet d’engrenage, les erreurs et fautes commi ses sont autant de prétextes invoqués pour ne pas  s’engager dans le débat, ce qui déresponsabilise de facto la France et la sphère occidentale de leurs propres passifs, d’une dimension
souvent bien supérieure. Pour exemple, l’arbre de l ‘ivoirité ne peut cacher la fo rê t des con cu rren ce s in terimpérialistes, à l’ égard des richesses détenues par les proies africaines.

Les leçons de l’histoire

À l’échelle de l’Afrique francophone, le drame ivoirien doit donc être l’occasion de retenir les leçons de l’histoire récente et de c re ver  les abcès néocoloniaux. Aux côtés de l’al termondialisme et au nom de la défense des cultures et de la souveraineté des peuples, le mouvement régionaliste a un rôle impor tant à jouer pour inverser cette tendance irresponsable et destructrice et promouvoir les  forces de progrès qui sont à l’oeuvre en Afrique, tant dans les classes politiques que dans les sociétés civil es. Sur cette ori entation, le FSM de Dakar (6-12 février 2011) peut offrir une belle opportunité de retournement éthique et civilisationnel.

Face aux maneuvres de l’oligarchie, il s’avère nécessaire de travailler au contrôle démocratique de la gestion de ses satellites à l’échelle internationale. Quel est le bilan des DSK et Ouattara (4) au FMI, dans la gestion des pays du Sud et de l’UE? Quel est le mandat de  Sarkozy à propos de la Côte  d’Ivoire au Conseil de sécurité, après ses méfai ts au plan national ? L’une des conditions principales de la  sortie de la crise démocratique en France estle combat à l’encontre du néo-colonialisme, courroie de transmission au Nord comme au Sud du néo-libéralisme autoritaire. L’affaire Wikileaks révèle qu’avec l’aide des médias alternati fs, l’opinion aspire d’une manière  générale à une plus grande transparence dans la gestion des affaires de ce monde. La nécessité d’une citoyenneté active

En échange, c’est à une citoyenneté active et pas seulement délégataire que nou s sommes convi és les uns et l es autres : interpellons nos élus pour que cela change, pour la réforme ef fec tive des relations Sud-Nord :

– retrait des troupes françaises de Côte d’Ivoire

– transparence médiatique des débat et mandats des membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Démocratisation des instances onusiennes.

– réorganisation par l’ONU d’élections ivoiriennes transparentes et acceptées de tous

– remboursement de la dette haïtienne par la France.

Martine Boudet

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N°175 – Fronton, LGV, occitan…

Jan 17, 2011

Je suis candidat aux cantonales avec Susana Canal comme suppléante sur le canton de Fronton, qui est le plus étendu de Haute-Garonne, avec seize communes et 41 120 habitants. La plupart sont rurales, situées au nord-ouest de Toulouse, non loin de la métropole régionale. Leur population, très inégale, var ie de 418 habi tants pour la plus petite, à 5500 habitants pour la plus peuplée.

Le Frontonnais

Le Frontonnais est un ter roir de vignobles plantés par les Romains. Au Moyen-Âge, ils appartenaient à l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem qui possédait une commanderie à Fronton. La renommée de ces vins issus d’un très ancien cépage, « lo negret », atteint son
apogée au XVII Ie si èc le qu an d i l s seront exportés vers l’Europe entière via Bordeaux. Autant dire que jusqu’au siècle dernier la vigne était totalement intégrée dans le paysage et dans la culture occitane de ce terroir.

Ma famill e maternel le implantée depuis des siècles à Villaudric, où l’on fai sait l’un des meil leurs vins de ce pays, était toute occupée par les activités de la vigne et des métiers afférents : chez eux on était d’ailleurs tonnelier de père en f il s e t/ou vigneron. Quan d j’étais enfant, j’adorais participer aux vendanges chez mon grand-père, l es pieds nus sur un sol blanchâtre et doux comme de la far ine :  c’était la fête et l’on n’entendait parler que l’occitan…

Aujourd’hui, l ‘activité économique ne se limite plus à la monoculture de la vigne. Le canton de Fronton compte 1045 établissements  immatriculés au registre du commer ce et au répertoire des métiers, soit un tiers des 3266 que comptent les six cantons du nord toulousain. Avec une concentration des activi tés économiques du canton sur l ‘Euro-centre de Castelnau-d’Estrètefonds, une plate-forme multi-modale de transport et logistique sur 300 hectares avec 125 entreprises employant 3000 salariés, située proche de  l’autoroute et de la Nationale Montauban-Toulouse,de la voie ferrée et du canal latéral.

LGV ?

Mais le problème récur rent qui agite violemment aujourd’hui le microcosme du Frontonnais, c ‘est le choix ‘un tracé pour l ‘éventuel   le LGV Bordeaux-Toulouse. Le 27 janvier, nous étions à Saint-Jory devant une salle comble, invités pour un débat sur ce sujet. Si dans un premier temps les différents points de vue ont pu s’exprimer à la tribune, il n’en fut pas de même ensuite dans la salle, où nous avons assisté à un pugilat verbal digne de Peppone et Don Camillo, tous les protagonistes é tant cur ieusement d’accord sur la LGV… à  condition qu’on choisi sse le tracé passant chez le voisin ! Pourtant, nous avions exposé c lairement notre position fort argumentée par  la voix de François Simon, vice-président du Conseil Régional : NON à la LGV, OUI au TGV« pendulaire » sur le s voie s existantes  réaménagées

La différence du temps de parcours entre les deux possibilités n’étant que d’un quart d’heure environ. Cette intervention très applaudie fut d’ailleurs la seule à ne pas avoir été perturbée… Dans not re argumen taire, nou s insistons sur le coût de cette LGV pour la  collectivité et les habitants (humain, matér i el , environ nement al ) e t sur l’escroquerie qu’elle sous-entend : 71% des travaux payés  par les collectivités publiques, 29% seulement par l’investisseu r pr ivé qui béné fi c ie d’une concession de 50 ans pour l’exploitation de la LGV avec les droits de péage imposés aux trains qui l’emprunteront…

Et pendant ce temps les lignes transversales locales seront délaissées et les gares fermées faute de moyens, comme on le voit déjà dans le Lot. Or qui est concerné par l e TGV, sinon 5% seulement de la population ? Qui paiera, sinon l es 95% de la population non concernée par cette nouvelle ligne !

De plus, nous fai sons valoir quel ‘activité économique et culturelle de Toulouse est tournée de plus en plus vers le sud des Pyrénées,  vers Barcelone et la Catalogne notamment : il convient donc d’aménager les voies existantes pour un TGV entre Toulouse et Narbonne  pour rallier ensuite le sud des Pyrénées, ce qui pour nous est plus import ant que de conforter le centralisme parisien.

Enf in les positions for t ambigües des élus du PS qui tiennent presque toutes les munic ipal ités, celle de la députée PS du secteur, du  Président PS du Conseil Général et du Président PS du Conseil Régional ne sont pas faites pour c larif ier la situation : tous unis pour  défendre la LGV vers Paris « sur l’itinérai re qui détruira le moins de maisons ! »…

Nous comptons dé velopper , bien entendu, les autres problématiques de l’actualité comme les conséquences de la réforme territoriale sur les col lectivités, le rééquilibrage entre les zones rurales et la mégapole de Toulouse qui concentre l’essentiel de l’activité économique du département…

Et l’occitan dans tout ça ?

Aucun des candidats concurrents ne s’en soucie, ce qui n’est pas nouveau. Quant à nous, nous insi stons sur les points suivants :

– Répondre enfin à la demande parentale en signant une convent ion Rectorat-Département pour scolariser chaque année 1% de plus  d’élèves de pr imai re en enseignement bi lingue (éducation nationale ou Calandreta) et donc assurer la continuité pédagogique
sur l es coll èges du dépar tement (Le dé par teme nt du Tarn a signé une convention similaire en 2010).

– Parvenir rapidement à un budget de 3 euros par an et par habitant pour la politique linguistique et culturelle occitane, garante d’une large ouverture sur l’ensemble de la latinité.

– Intégrer le bilinguisme dans l’action sociale et sanitaire, notamment dans la petite enfance (crèche) où l’ouver ture linguistique est un enjeu du développement.

– Poser la question du bilinguisme dans d’autres pol itiques du dépar tement (économie, agro-alimentaire, tourisme,tran spo rt , signalét ique rou tiè re ), accompagner et former le personnel des conseils généraux sur le sujet

– Participer à la création d’un réseau deradio publique bilingue

Georges Labouysse

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N°174 – Libertés communales

Jan 17, 2011

La Republica de Tolosa, 822 annadas de libertats comunalas e de resisténcia au centralisme
Le 6 janvier 2011, le Partit Occitan Pais Tolosan a une nouvelle fois appelé l es toulousain(e)s et l’ ensemble des Occitans à se souvenir de la première révolution occitane, celle du peuple de Toulouse face au comte Raymond V. En effet, en ce 6 janvier 1189, le peuple de Toulouse se rassemble devant Saint-Pierre des Cuisines pour exiger du comte Raymond V qu’il se dessaisisse de ses pouvoirs au bénéfice des Consuls qui vont former la première municipalité. 600 ans avant Paris, Toulouse fait alors sa Révolution bourgeoise et devient une République. Les consuls, également appelés « capitouls » fondent alors la « maison commune » à l’emplacement actuel du Capitole.

Les lois promulguées à Toulouse sont en avance sur leur temps : « Les étrangers devenaient habitants et citoyens de Toulouse […] par le seul fait qu’ils entraient dans la ville ». Juifs et musulmans jouissent de tous les droits du citoyen et peuvent accéder à des fonctions importantes. Huit siècles plus tard, le « grand » débat sur l’identité nationale, marronnier pol itique de nos gouvernants à la veille de toute échéance électorale majeure, ne conçoit plus ces libertés essentielles, preuve du retour en ar rière idéol ogique du nationalisme français.

La commune reste l’échelon de proximité des citoyens et le socle de toute démocratie. Les collec tivités territor iales souffrent du centralisme de l’État français qui dicte les réformes territoriales à venir et qui enlève toute autonomie fiscale. À l’opposé d’une recentralisation voulue par le gouvernement, c’est davantage d’autonomie qui est demandée pour un fonctionnement plus efficace de nos institutions et un nouveau rapport entre les citoyens et ceux à qui il délègue temporairement le pouvoir. Quelle magnifique preuve que le besoin de liberté et de démocratie locale traverse les siècles et est plus que jamais d’actualité…

La colère de 1189, en parallèle avec la révolution de 1789, fait la démonstration du besoin de s’indigner face à des gouvernants qui viennent d’adopter ou laisser adopter une réforme territoriale inique et centraliste.

Guilhem Latrubesse

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N°174 – Vers la recomposition républicaine

Nov 22, 2010

                               

Le vote de la loi sur les retraites en dépit d’une opposition populaire sans précédent n’y changera rien : la décomposition du régime poursuit son cours inexorablement. Pour preuve, le feuilleton tragi-comique des querelles de succession à la tête du gouvernement, la pléthore des malversations qui continue de s’égrener. Ainsi, E. Woerth ministre du Travail a réussi à faire passer sa réforme sans avoir à rendre compte des accusations dont il est l’objet dans l’affaire Bettencourt. L’Elysée est talonné par les médias qui portent plainte à l’encontre de délits d’espionnage, son locataire par le juge qui enquête sur les responsabilités de l’équipe de campagne du candidat Balladur dans l’attentat de Karachi. Il est bien vrai que son prédécesseur s’en tire quant à lui à bon compte, dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris.  Avec la tentative d’OPA menée par le trio Sarkozy sur le système de santé, on peut légitimement nourrir des inquiétudes sur son avenir. En conclusion, l’Etat social et l’Etat de droit se fissurent à grande vitesse sous les coups d’une oligarchie qui cherche à privatiser la chose publique en toute impunité[1].

L’échec ponctuel de la mobilisation sur le dossier des retraites fait suite à d’autres, dont celle du monde universitaire et enseignant face au dispositif des réformes dans ce secteur.  Il importe donc d’envisager la suite sous un angle plus global, celui de la défense des droits démocratiques. Pour exemple, en Italie, le berlusconisme est progressivement lâché par ses alliés catholiques et de droite et l’on parle de recourir à des élections anticipées. Le néo-libéralisme autoritaire apparaît dans ces deux cas comme l’hégémonie d’une caste parasite, qui  exploite sans vergogne les mécanismes et les effets de la crise systémique sur les peuples.

La recomposition républicaine en gestation ne pourra pas faire l’économie d’un examen de conscience sur les limites et lacunes qu’ont récupérées les équipes dirigeantes, au cours des dernières mandatures. La démocratie directe et authentiquement participative et agissante fait heureusement partie des nouveaux concepts opératoires. A l’heure des réseaux de citoyens en ligne et des médias alternatifs, il n’est plus possible de déléguer aveuglément ses pouvoirs à des élus en soi faillibles, le contrôle de la gestion des affaires publiques s’impose comme l’a montré l’interpellation faite aux parlementaires sur leurs régimes spécifiques de retraites, indûment privilégiés.

La démocratisation des rouages de la Fonction publique et le refus des corporatismes,  singulièrement dans l’Education nationale, apparaissent comme un autre impératif de citoyenneté. La facilité de la mise en place du dispositif des contre-réformes s’explique à la fois par l’existence d’une hiérarchie à la botte de l’exécutif et par l’immobilisme de corporations qui sont certes dans l’opposition syndicale mais qui se suffisent au demeurant d’un statut d’exécutant de leur application. Seule actuellement, une minorité de professeurs en désobéissance préconise des pistes alternatives de remédiation aux problèmes sociétaux que doit gérer le système d’éducation.

Au-delà, le sarkozysme ne fait qu’achever une tendance dominante au refus de la multiculturalité pourtant de fait dans le pays, fruit de l’histoire des régions et des anciennes colonies ; en témoigne le caractère étrangement monocolore des manifestations de rue, tenues à l’écart des communautés d’immigrés dont les modes d’expression juvéniles sont souvent limités à la violence protestataire. Alors que les USA ont mis au pouvoir un métis héritier des combats pour les droits civiques des minorités ethniques, le pouvoir français continue d’exploiter la vieille ficelle de l’étranger bouc-émissaire. Entre autres observateurs étrangers du déclin paroxystique des institutions de la 5e république, Achille Mbembe apporte un regard intéressant sur le risque de provincialisation du pays :

« Pourquoi, en ce siècle dit de l’unification du monde sous l’emprise de la globalisation des marchés financiers, des flux culturels et du brassage des populations, le France s’obstine-t-elle à ne pas penser de manière critique la postcolonie, c’est-à-dire, en dernière analyse, l’histoire de sa présence au monde et l’histoire de la présence du monde en son sein aussi bien avant, pendant, qu’après l’Empire ? Quelles sont les conséquences politiques, intellectuelles et culturelles de cette crispation et que nous dit-elle au sujet des limites du modèle républicain et de sa prétention à symboliser une manière d’universalisme ? Quelles sont les conditions intellectuelles qui pourraient faire en sorte que le vieil universalisme abstrait à la française fasse place à cette alternative que l’on n’a cessé de refouler : celle d’une nation véritablement cosmopolite, capable de poser en des termes inédits et pour le compte du monde dans son ensemble la question de la démocratie à venir ? » [2]
Poser cette problématique permet d’apporter des éléments de réponse qui tombent en fait sous le sens. Le peuple, de gauche comme de droite, doit faire un travail de deuil narcissique à l’égard de la puissance passée, patriarcale et néo-coloniale. A défaut de quoi le maintien anachronique de stratégies ego-ethnocentrées conduit désormais à des pertes significatives en matière d’acquis civilisationnels. N’en déplaise aux thuriféraires d’une identité nationale figée, est bien réelle la régression de la langue française dans ses statuts à la fois scientifique, culturel, littéraire, communicationnel, scolaire…D’une manière générale, les humanités et les sciences humaines et sociales sont rapidement laminées, du fait de l’instrumentalisation abusive par l’appareil d’Etat des sciences, techniques et de l’ économie, du fait de l’insuffisance également du recours à la seule laïcité, comme remède à tous les maux. La promotion d’une francophonie des régions, des peuples et de progrès est l’un des recours stratégiques, sur lequel reconstruire des appartenances linguistico-culturelles et des humanités plurielles et en phase avec la mondialisation. A rebours des démarches d’ « assimilation » et d’ « intégration » d’individus isolés et déculturés, en souffrance citoyenne de ce fait, il s’agit de dialoguer avec les peuples et les diasporas et de prendre en compte l’expression et la représentation médiatisées des minorités culturelles et des phénomènes inter-subjectifs engendrés de ce fait.

      « Entreprise d’expression, capacité de se donner une voix et un visage, la démocratie est, fondamentalement, une pratique de la représentation –une prise de distance par rapport à autrui aux fins d’imagination de soi, d’expression de soi et de partage, dans l’espace public, de cette imagination et des formes que prend cette expression. De ce point de vue, l’on peut difficilement prétendre que l’idéal français d’humanité civique s’est accompli alors même qu’une partie de ses citoyens sont littéralement exclus de la part d’estime publique que nous dispensons quotidiennement (…) La reconnaissance des différences n’est guère incompatible avec le principe d’une société démocratique. Une telle reconnaissance ne signifie pas non plus que la société fonctionne désormais sans idées et croyances communes. En fait, cette reconnaissance constitue un préalable à ce que ces idées et ces croyances soient véritablement partagées. » [3]

Pour conclure, Il s’avère important de relayer la mobilisation sociale par la politisation des enjeux éco-culturels, sur le modèle guadeloupéen du Lyannaj. Deux enjeux de démocratie interculturelle se dessinent ainsi : celui de la construction de sociétés créoles au Sud, cosmopolites au Nord.

Martine Boudet


[1]           Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Le président des riches (La Découverte, 2010)

[2]           Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit (essai sur l’Afrique décolonisée), p. 93,  La Découverte, 2010.

[3]           Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit (essai sur l’Afrique décolonisée), p. 115-117,  La Découverte, 2010.

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