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N°188 – Bernard Délicieux, le combattant des libertés

Juin 23, 2013

« La première [des violences], mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. »

Dom Helder Camara

Archevêque de Recife (1909-1999)

« Ayant […] solennellement dégradé Frère Bernard Délicieux de l’Ordre des Mineurs, […] nous lui avons finalement assigné le Mur strict […] . »

Sentence inquisitoriale contre Bernard Délicieux

8 déc. 1319

 

Au mois de mars dernier vient d’être élu, à la surprise générale, un nouveau pape venu d’Amérique latine, un continent qui essaie de vaincre la pauvreté séculaire engendrée par la colonisation européenne d’une part et par l’oppression d’un système économique injuste d’autre part, un système dénoncé au siècle dernier dans le monde entier par Dom Helder Camara, l’archevêque « rouge » de Recife… qui ne fut jamais nommé cardinal, et pour cause !

Or ce nouveau pape vient justement de prendre le prénom de François pour son pontificat, en référence à François d’Assise, qui passa sa vie à fustiger les riches bourgeois de sa ville et à tout donner aux pauvres, à vivre dans la simplicité, à respecter la nature et sa diversité, à tel point que certains en font le premier des écologistes…

François d’Assise, dont la mère était d’origine occitane, fonda l’ordre des Franciscains auxquels il donna une règle stricte de vie correspondant à ces valeurs. Mais après sa disparition, son ordre se divisa en deux tendances : ceux qui voulaient suivre sa règle… et rien que sa règle ! Puis ceux qui voulaient la faire évoluer vers plus de « confort »…

Parmi les premiers, nous connaissons le moine occitan Bernard Délicieux, grand pourfendeur de l’inquisition au début du 14e siècle. Voici donc son histoire.

 

Ce samedi 8 décembre 1319, le moine franciscain Bernard Délicieux est condamné par l’Inquisition à la prison perpétuelle, pour s’être rebellé contre les inquisiteurs et contre le roi de France … et aussi pour avoir « eu, tenu et lu en toutes ses parties un petit livre de magie noire […] qui contient plusieurs signes cabalistiques, plusieurs noms de démons, la manière de les invoquer et de leur offrir des sacrifices, de faire tomber par eux et leur concours des maisons et des forteresses, de faire chavirer les bateaux en mer, d’avoir la faveur des grands et d’autres, et le don de se faire croire et écouter des uns et des autres, d’avoir des femmes en mariage ou en rapports amoureux; de causer la cécité, la fracture des membres et autres infirmités, et la mort, à des personnes présentes ou absentes, par le moyen de figurines ou autres actes magiques, et de faire beaucoup d’autres maléfices […] ». (1)

 

Le jour même, Bernard est conduit sur la place du marché de Carcassonne pour y être dégradé: « Nous t’enlevons cet habit de clerc et te déposons de tout ordre sacerdotal ou autre, te dégradons, te dépouillons et te privons de tout honneur et privilège clérical ». Après quoi il sera enfermé au « Mur strict qui est situé entre la Cité de Carcassonne et le fleuve de l’Aude pour qu’il y fasse à perpétuité pénitence de ses méfaits aux fers, au pain et à l’eau. »

Ainsi 110 ans après le début de l’invasion du Comté de Toulouse par les croisés français, et 90 ans après le fameux traité de Paris qui annexait à terme cette terre occitane, l’Inquisition pontificale créée en 1232 sévissait toujours et avec autant d’ardeur contre tout contestataire de l’ordre établi – religieux et politique – par la force des armes et les flammes des bûchers.

 

Alors qui était Bernard Délicieux et que lui reprochait-on en vérité?

 

L’affaire du couvent de Carcassonne

Bernard Délicieux naquit en 1260 à Montpellier, qui dépendait du roi de Majorque. Il entra en 1284 dans l’Ordre des Franciscains après ses études dans sa ville natale et après un séjour chez les frères de Saint-François à Béziers. Là il sera influencé par Pierre Olieu (1248-1298), qui fut lecteur (2) au couvent de Montpellier en 1288 et qui prit la direction des « Spirituels » après leur séparation d’avec les « Conventuels » dans l’Ordre franciscain. En effet, contrairement à ces derniers, les premiers étaient partisans du respect absolu de la règle primitive établie par Saint-François d’Assise: ils prônaient le renoncement à toute richesse pour leur ordre et condamnaient la Rome papale considérée comme la Babylone de l’Apocalypse! … C’est peut-être ce qui les rapprochait un peu des « Bons Chrétiens » cathares.

 

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Béziers

Tous ses habitants furent massacrés en juillet 1209 par les croisés français pour faire un exemple, afin que les autres villes et castra du Comté de Toulouse n’offrent aucune résistance aux armées de la Croisade.

 

 

Or voici qu’un beau matin de juin 1300, l’inquisiteur dominicain Nicolas d’Abbeville vient frapper à la porte du couvent franciscain dans le faubourg de Carcassonne. A Bernard Raymond, frère gardien des lieux, il ordonne de le laisser entrer au nom du pape Boniface VIII. Mais la porte reste close. Devant l’insistance et les menaces de l’inquisiteur, on fait appel au frère Bernard Délicieux, lecteur des Spirituels de Carcassonne: résister à l’inquisiteur, c’est s’opposer au pape, donc se rendre coupable d’hérésie!

D’autant plus que Nicolas d’Abbeville explique qu’il vient vérifier si un certain Castel Fabri, riche bourgeois de la ville et ancien saunier royal mort en 1278, et accusé d’avoir fréquenté des « hérétiques » à la fin de sa vie, est bien enterré dans le couvent. Auquel cas tous les Franciscains pourraient être à leur tour passibles d’un procès de l’inquisition avec toutes les conséquences que l’on sait pour chacun d’eux et pour leur communauté.

Bernard Délicieux répond alors, sans laisser entrer l’inquisiteur, qu’il a effectivement bien connu Castel Fabri comme un homme charitable et honnête qui est mort dans leur couvent comme un très bon catholique! Et s’il doit y avoir un procès en hérésie contre ce Carcassonnais, Bernard s’offre comme avocat de cette cause. Malgré diverses démarches les jours suivants, l’inquisition refusera systématiquement de l’entendre. Qu’importe! Bernard est une force de l’éloquence et de la persuasion. Il sait entraîner les foules mais aussi les calmer quand c’est nécessaire. Il connaît l’état d’oppression, où vivent depuis près d’un siècle les gens de la « lingua occitana », son pays colonisé et persécuté à Toulouse, à Albi ou à Carcassonne. Alors il va combattre jusqu’au bout, seul s’il le faut…

 

Une insurrection larvée et récurrente

Ce couvent des Franciscains est depuis longtemps le rendez-vous des « comploteurs » carcassonnais contre les inquisiteurs dominicains. En 1282, un inquisiteur français, sans doute trop zélé et sans aucun doute très répressif, va se lancer dans une procédure pour hérésie contre un bon millier d’habitants du Carcassonnais, du Cabardès et du Minervois. Jean Duvernoy, historien du Catharisme et traducteur des registres de l’inquisition, en a dénombré 890 sur le seul fragment qui nous soit parvenu à ce jour.

Sont mis en cause des notaires, des médecins, des avocats, les consuls de Carcassonne, les châtelains de Cabaret et leurs sergents, un procureur royal, le viguier du bourg, de simples habitants de ces régions… et même de nombreux ecclésiastiques, évêques, archidiacres, chanoines, curés… et encore le comte de Foix, le vicomte de Lautrec, Jourdain de Saissac avec toute sa famille, le vicomte de Minerve et son épouse Blanche de Termes, le maréchal de Lévis-Mirepoix, et maints autres seigneurs et bayles… Bref tout un large échantillon de la population de l’ancienne vicomté de Trencavel et de l’ancien comté de Toulouse…

Si les inquisiteurs se livrent à tant d’arrestations et d’emprisonnements pour « hérésie » surtout chez des gens aisés, c’est, au-delà de questions doctrinales, aussi pour récupérer les biens des condamnés. N’oublions pas en effet que tous les biens d’un hérétique condamné sont systématiquement confisqués; sa famille et ses héritiers ne peuvent en aucun cas les réclamer…

 

Autant dire que les réactions vont être vives contre l’inquisiteur Jean Galand. Dans une lettre qu’ils lui adressent en 1285, avec copie au pape, au roi et au prieur des Dominicains de Paris, les consuls dénoncent les abus de l’inquisition, et en particulier la torture, les supplices divers, les conditions de vie ignobles que subissent les emprisonnés au Mur de Carcassonne:

« Vous arrêtez des personnes de bonne réputation et de famille catholique de toute ancienneté, sans citation préalable. Vous les retenez prisonnières dans un cachot rigoureux et épouvantable jusqu’à ce qu’elles avouent, tant par la crainte de la torture et du cachot, que par la grâce qui leur est promise pour la pénitence à leur infliger… Ces aveux, quand ils sont libérés du cachot et de la torture, presque tous proclament et disent qu’ils les ont faits par peur de la torture. De cette torture et de ce cachot plusieurs sont morts qui n’étaient pas coupables…

Contre l’usage et la manière habituelle de vos prédécesseurs, vous avez fait une prison, qu’on appelle le Mur, et qu’il vaudrait mieux appeler l’enfer. Vous y avez construit de petites pièces pour torturer et maltraiter les gens. Il en est qui sont si obscures et sans air, que ceux qui y sont ne peuvent discerner si c’est la nuit ou le jour: ils y manquent en permanence d’air et totalement de lumière. Dans d’autres cellules les malheureux restent aux fers, et ne peuvent bouger. Ils font et urinent sous eux, et ne peuvent se coucher que sur le dos sur la terre froide, et ils restent longtemps dans ce supplice, nuit et jour. Dans les autres endroits de la prison, non seulement on manque d’air et de lumière, mais aussi de nourriture, sauf le pain et l’eau de douleur qui ne sont donnés que rarement.

Certains sont mis au chevalet; beaucoup d’entre eux perdent l’usage de leurs membres par la dureté de la torture et sont rendus entièrement impotents. Il en est qui, ne pouvant supporter la douleur, mettent fin à leurs jours… »

 

Alors les inquisiteurs vont répliquer rapidement contre les consuls et divers hommes de droit, en montant de toute pièce une vague affaire de complot qui aurait eu lieu en 1283 ou 1284 et qui aurait consisté à voler les archives de l’inquisition où étaient consignés les noms de tous les suspects d’hérésie.

 

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 Carcassonne

 

Or durant l’été 1285, le roi Philippe-le-Hardi devait passer par Carcassonne lors de sa croisade contre l’Aragon, où d’ailleurs il perdit la vie. L’inquisiteur Jean Galand , redoutant sans doute la rencontre avec le roi suite à la lettre des consuls, part pour Albi avec deux prétendus témoins à charge du fameux complot. Avec l’évêque Bernard de Castanet, ils vont se livrer à un interrogatoire « bidon », mais apparemment sans résultat bien convaincant.

Toujours est-il qu’en février 1286, Galand passe la main à un nouvel inquisiteur qui n’inquiètera pas trop les Carcassonnais. Ce qui n’est pas le cas pour les gens d’Albi, où Bernard de Castanet va sévir sans retenue.

Le moine « rouge » et la « fleur de lys »

Devant les excès et les menaces de plus en plus pressantes des inquisiteurs, Bernard Délicieux entreprend un long voyage en compagnie de gens d’Albi et de Carcassonne, pour rencontrer le roi Philippe-le-Bel à Senlis et lui expliquer les exactions et les violences de l’inquisition. « Les inquisiteurs sont des vautours qui saignent le Languedoc, dit-il au roi. Alors qu’il n’y a plus de cathares, ils condamnent comme hérétiques qui bon leur semble, afin de spolier mes compatriotes. Non contents de brûler et d’emmurer, ils violent. Sire, demandez au pape de délivrer mon pays de leur joug. »

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Bernard Délicieux devant les inquisiteurs

(tableau de J-P. Laurens en 1887 – musée des Augustins Toulouse)

 

 

Il faut dire ici que, si la papauté et la monarchie capétienne ont agi ensemble pour soumettre le Comté occitan de Toulouse au début du XIIIe siècle, les choses sont un peu différentes au XIVe siècle. La papauté cherche à imposer sa primauté sur tous les hommes de la Terre, y compris sur les rois, à tel point qu’en Langue d’Oc par exemple, l’église tend à faire de cette terre nouvellement conquise par Paris un fief du pouvoir romain au détriment de la monarchie française. De plus, l’inquisition dominicaine provoque des réactions telles, que ces contrées occitanes sont dans l’insurrection permanente, ce qui inquiète fort le pouvoir royal. C’est ce qu’a très bien compris notre franciscain… et il va s’en servir.

 

Dans une lettre datée du 8 décembre 1301, le roi écrit alors à l’évêque de Toulouse pour demander la révocation de l’inquisiteur Foulques de Saint-Georges: « Quand son devoir était d’extirper les erreurs et les vices, il ne s’est employé qu’à les entretenir; sous le couvert d’une répression licite, il a osé des choses complètement illicites; sous l’apparence de la piété, des choses impies et tout à fait inhumaines; enfin, sous ce prétexte qu’il avait à défendre la foi catholique, il a commis des forfaits horribles, exécrables. »

Cependant les dominicains refusent de s’exécuter et Philippe-le-Bel écrira de nouveau: « Votre prudence circonspecte aurait dû s’abstenir de nous donner en cette occasion un conseil qui ne lui était pas demandé! »

Et devant l’obstination des Frères Prêcheurs, le roi fort en colère écrit aux sénéchaux de Toulouse, Carcassonne et Agen pour leur ordonner de s’emparer des prisonniers de l’inquisition, d’interdire à Foulques ses poursuites et de supprimer ses gages. Ainsi les populations opprimées vont pouvoir respirer pour un temps ! Si Bernard Délicieux est satisfait de son ambassade auprès du roi contre l’inquisition, il reste à juste titre très prudent pour la suite…

En effet, si l’inquisition va dans un premier temps modérer son action envers les suspects d’hérésie, les personnes condamnées restent condamnées. A Albi les délégués de la commune qui ont suivi Bernard à Paris sont acclamés à leur retour. Et à partir de là, les gens vont s’éloigner de plus en plus des services de l’église. En décembre 1302, des dominicains qui viennent prêcher dans les églises de Saint-Salvi et de Sainte-Martianne, sont accueillis par des huées et des menaces de mort… A Carcassonne l’ancien inquisiteur est remplacé par Geoffroi d’Ablis qui va relancer les arrestations, mais ses condamnations à mort ne seront pas exécutées.

Quant à Bernard Délicieux, il se rend à Cordes où des suspects sont de nouveau inquiétés. Il entretient l’agitation dans tout le pays: à Caunes, Grasse, Gaillac, Rabastens. Partout il monte en chaire: « Bourgeois et manants, présentement vous vivez en paix. On vous en félicite. Mais écoutez celui qui vient de Carcassonne et d’Albi. Là-bas sévit la persécution la plus acharnée. Des entrailles de la terre, la voix de vos frères s’élève pour vous raconter les tortures qu’on leur fait endurer. Venez-leur en aide comme la charité vous le commande, comme l’intérêt vous le conseille. Délivrons l’Albigeois cruellement opprimé. » Partout on donne alors de l’argent à Bernard pour aider les familles des emmurés.

 

Le 3 août 1303 notre franciscain rebelle fait annoncer par le crieur public qu’il prêchera le lendemain au couvent des Mineurs de Carcassonne: « Que demain dimanche une ou deux personnes de chaque maison se rendent au cloître des Frères Mineurs pour l’honneur de Dieu, l’utilité de la ville de Carcassonne et de tout le pays de la langue d’Oc… »

 

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Bernard Délicieux délivre les emmurés de Carcassonne

(Tableau de J-P. Laurens – musée des Augustins – Toulouse)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nuit du 4 août … 1303

Donc au jour dit, la foule des Carcassonnais écoute le discours enflammé de Bernard contre les inquisiteurs, contre le pape et contre les agents royaux. Il termine par cette histoire sous forme de parabole: « Qu’avons-nous maintenant à faire? Ce que firent les béliers au temps où les bêtes parlaient. Il y avait un grand troupeau de béliers dans une vaste et riche prairie qu’arrosaient des ruisseaux aux ondes limpides, et chaque jour venaient de la ville voisine des bourreaux qui enlevaient dans la prairie un ou deux béliers. Voyant donc chaque jour diminuer leur nombre, les béliers se dirent entre eux: Ces bourreaux nous écorchent pour vendre notre peau et manger notre chair, et nous n’avons ni maître ni protecteur qui nous défende. Mais notre front n’est-il pas armé de cornes? Dressons-nous donc tous à la fois contre nos bourreaux, frappons-les de nos cornes et nous les chasserons de la prairie, et nous aurons sauvé nos vies et celle des nôtres. C’est ce qu’ils firent. »

Aussitôt après c’est l’insurrection: dans la nuit du 4 août, on détruit et on brûle les maisons des collaborateurs de l’inquisition, on délivre les emmurés, on arrache les emblèmes royaux. Le texte de Bernard Délicieux est recopié par des volontaires et distribué dans la ville… Des renforts viennent même d’Albi et de Limoux pour participer à cette petite révolution à la fois patriotique et « républicaine » contre le roi et l’église.

En janvier 1304 Philippe-le-Bel arrive à Carcassonne, persuadé que ces soulèvements contre l’inquisition lui sont favorables dans ses différents personnels avec l’église. Mais il se trompe. D’ailleurs Elie Patris, le dirigeant laïc de l’insurrection et compagnon de Bernard Délicieux, interpelle le roi en ces termes: « Roi de France détournez-vous. Contemplez cette misérable ville qu’on traite si durement. Et souvenez-vous de mes paroles: si vous ne voulez pas défendre les bonnes gens de Carcassonne contre l’inquisition, ceux-ci ne seront plus tenus envers vous à aucune fidélité et chercheront un autre suzerain. »

Quelque temps après, Philippe-le-Bel change de politique envers les révoltés du Languedoc. Bernard Délicieux est arrêté à Paris. A Carcassonne seize citoyens sont pendus, dont plusieurs consuls, le 29 août 1305. Les franchises sont supprimées. Quarante personnes sont pendues aussi à Limoux, les ligues interdites ainsi que la collecte de fonds pour combattre l’inquisition.

 

L’occitan Bertran de Got est élu pape sous le nom de Clément V: il va transférer le siège de la papauté de Rome à Avignon. Il fait libérer Bernard Délicieux, mais sa politique vis-à-vis de l’inquisition sera toujours ambigüe. Celle-ci, soutenue maintenant par Philippe-le-Bel qui a besoin d’argent, relève la tête. En 1310 Bernard est interdit de séjour à Carcassonne par le sénéchal et il se réfugie chez les Frères Mineurs de Béziers. En 1314 après l’affaire des Templiers, Philippe-le-Bel et Clément V disparaissent.

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Avignon

 

Le martyre de Bernard

Voici donc notre moine révolutionnaire en 1318 dans le couvent de Béziers où il a séjourné dans sa jeunesse et où il va se retrouver en pleine révolte des « Spirituels » contre une partie de leur ordre qui tend à s’enrichir et à trahir ainsi la règle de pauvreté instituée par leur fondateur Saint-François.

Déjà à la fin du 13e siècle, le franciscain narbonnais Pierre Déjean-Olieu avait dénoncé cette déviance et le pape avait jugé ses livres hérétiques. Mort en 1298, sa dépouille fut déterrée et brûlée par l’inquisition! Mais très vite des groupes de moines franciscains et des laïcs s’étaient constitués du Languedoc à l’Aquitaine et ont donné naissance aux « Spirituels » qu’on nomme aussi Béguins ou Frères du Libre Esprit. Un concile tenu en 1311 les condamnera, tant il est vrai que pour l’Église, s’en prendre aux riches est une hérésie.

 

Une fois de plus, Bernard Délicieux reprend son bâton de pèlerin révolutionnaire et part pour Avignon demander au pape Jean XXII la levée de cette condamnation. Mais celui-ci le fait aussitôt arrêter et charge deux évêques français d’engager une instruction à son encontre.

Un procès s’ouvrira à Toulouse durant l’été 1319, puis à Castelnaudary. Quels sont les motifs de l’inculpation? Tout d’abord, d’avoir soulevé le peuple dans sa lutte contre l’inquisition, ce qu’il ne nie pas. Ensuite une prétendue conspiration contre le roi de France. Et enfin le plus cocasse: l’empoisonnement du pape Benoît XI, auquel il aurait envoyé un coffret rempli de potions magiques empoisonnées!…

Il sera jugé par Jacques Fournier, évêque de Pamiers et futur pape Benoît XII, dont on connaît le professionnalisme en la matière et le souci du détail dans les interrogatoires, qu’il faisait noter scrupuleusement par un notaire de Mirepoix Guillaume Peyre-Barthe. Celui-là même qui consigna les procès de Béatrice de Planissoles ou celui de Sicre et Bélibaste.

On y lit ainsi que des dominicains ont eux-mêmes dénoncé à leurs supérieurs les dérives des inquisiteurs, que des accusations reposaient sur des mensonges grossiers, que des documents originaux ont été falsifiés, que des agents royaux ont menti sur le prétendu complot contre le roi… et qu’enfin surtout Bernard Délicieux a subi la torture, mais qu’il n’en est rien sorti.

Les trois chefs d’accusation: l’assassinat de Benoît XI, la trahison envers le roi de France et la sorcellerie, « pouvaient valoir la mort à l’accusé », comme l’explique Jean Duvernoy. Mais au final, Jacques Fournier en fit « une modeste affaire d’hérésie par entrave à l’Inquisition ». Bernard est donc condamné seulement, pourrait-on dire, au Mur, c’est-à-dire à la prison à vie, les fers aux pieds, du pain et de l’eau comme seule nourriture… autrement dit un supplice ignoble avec la mort assurée en peu de temps, comme on a pu le lire plus haut dans la lettre des Carcassonnais au roi et au pape sur la condition des emmurés.

Jacques Fournier émit cependant une réserve en laissant au pape la possibilité d’adoucir la peine « en ce qui concerne les fers et la diète ». Mais celui-ci sera implacable, comme on peut le lire dans une note en marge du jugement: « Le Très-Saint-Père le pape Jean XXII […] dit qu’il révoquait entièrement cette réserve d’adoucissement, ordonnant que pour ce même Bernard Délicieux la vigueur de la sentence rendue et de la pénitence soit intégralement respectée ».

 

Ainsi Bernard Délicieux rendra l’âme durant les fêtes de Pâques 1320, soit dix ans après la mort du Parfait cathare de la dernière église du Toulousain et du Bas-Quercy, Pierre Autier monté sur le bûcher de Toulouse le 10 avril 1310.

Jòrdi LABOUYSSE

 

 

 

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Jugement contre B. Délicieux: Copie d’une partie de l’original

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus

 

  • Alan Friedlander, « Bernard Délicieux, le « marteau des inquisiteurs » », dans Heresis, 34, 2001, p. 9-34 .
  • Alan Friedlander, The Hammer of the Inquisitors : Brother Bernard Delicieux and the Struggle Against the Inquisition in Fourteenth-Century France, Leyde, Boston : Brill (Cultures, beliefs and traditions, 9), 2000.
  • Alan Friedlander, Processus Bernardi Delitiosi : the Trial of Fr. Bernard Délicieux, 3 september-8 december 1319, Philadelphie : American Philosophical Society (Transactions of the American Philosophical Society, vol. 86, part 1), 1996 [édition des actes du procès, en latin médiéval]
  • Jean Duvernoy (trad.), Le procès de Bernard Délicieux – 1319, Toulouse 2001, Le Pérégrinateur Éditeur [traduction des actes latins du procès publiés par Alan Friedlander]
  • Jean-Louis Biget, Autour de Bernard Délicieux. Franciscains et société en Languedoc entre 1295 et 1330, in « Mouvements Franciscains et société française. XIIIe-XXe siècle », André Vauchez dir, Paris, Beauchesne, 1984.
  • Barthélemy Hauréau, Bernard Délicieux et l’Inquisition albigeoise, 1300-1320, préface et traduction des pièces justificatives de Jean Duvernoy (reprint de l’édition Hachette de 1877), Loubatières, Toulouse, 1992.
  • M. Jouve, Vie hérétique de Bernard Délicieux, 1931

Une politique de la terreur : l’évêque d’Albi Bernard de Castanet (v. 1240-1317) et l’Inquisition », dans Les inquisiteurs. Portraits de défenseurs de la foi en Languedoc (XIIIe-XIVe s.), dir. L. Albaret, Toulouse : Privat, 2001.

 

1– « Livre des sentences de l’Inquisition de Toulouse », traduit par Jean Duvernoy.

2– Lecteur : un professeur qui lit d’abord un texte avant de l’expliquer.

 

 

 

 

 

Ne saber mai / En savoir +

N°188 – La guerre de l’eau

Juin 20, 2013

L’eau est indispensable à la survie de l’humanité. Non l’eau des océans qui couvrent 70% de la planète
mais l’eau douce, à peine 3% de l’eau sur terre. Mais elle a été tellement gaspillée, polluée, qu’elle
devient un bien rare que les êtres humains sont prêts à se disputer à coups de milliards d’abord, de
guerres peut-être ensuite. Les ressources du sol et du sous-sol ont été dilapidées au profit de quelquesuns.
Et ce sont les mêmes qui après avoir organisé la rareté du bien commun extraient de nouveaux
bénéfices du manque ainsi créé. Face à ce ballet mondial des multinationales, les citoyens sont peu de
chose. Ils ont pourtant le pouvoir de mettre quelques grains de sable dans l’engrenage de la machine.

L’agriculture : 92% de l’eauconsommée dans le monde

L’eau commence à manquer, en qualité mais aussi en quantité.

En qua lité, car nous avons dévers é dans les cours d’eau et les nappes tous les effluents de l’agriculture productiviste et de l’industrie. En quantité, car nous avons drainé les zones humides, irrigué des cultures inadaptées au sol et au climat, mult iplié la gabegie de la consommation individuelle, choisi les énergies les plus gourmandes en eau et l’alimentation carnée plutôt qu’à base de céréa les (Il faut 1500 l d’eau pour un kilo de viande de boeuf contre 800 l pour un kilo de céréales).

Le dérèglement du climat dû à notre product ion de GES en constante augmentation provoque inondations et sècheresses sévères. Les glaciers régressent, les calottes polaires fondent, libérant du méthane qui accentue le réchauffement. En même temps, les nappes profondes d’eau non renouvelable sont tellement mises à contribution que certaines sont asséchées ou en voie de l’être.

Les « révolutions vertes » lancées dans de nombreux pays dans les années 60 pour nourrir la population et produire des excédents exportables ou simplement pour arriver à l’autosuffisance alimentaire comme en Inde ou en Chine sont la cause principale de l’épuisement des ressources en eau. À base d’irrigation et d’utilisation massive d’intrants, cette agriculture intensive pollue les nappes superficielles et profondes, tout en les absorbant par surpompage, sans prévoir leur renouvellement. Et comme le climat se réchauffe, l’apport des précipitations ne suffit plus à reconstituer les r éserves .

En Inde, en Chine, en Australie, aux Éta ts- Unis, les nappes phréatiques s’effondrent. Une pénurie d’eau est annoncée pour de nombreux pays en 2 025. Le Yémen pourrait être le premier pays sans eau.

Face à cette menace, que font les États ?

Certains adoptent des mesures. En Australie, une police de l’eau oblige les gens à perdre leurs habitudes de gaspillage, on dessale l’eau de mer, on recycle les eaux usées même pour la boisson. En Inde, des pratiques culturales importées de Madagascar permettent d’économiser 30 à 50% d’eau dans les rizières. Mais on ne remet pas en cause le s ys tème a gricole dominant , on refuse de revenir à la gestion tradit ionnelle de l’eau par les communautés paysannes qui savaient respecter l’équilibr e écologique du milieu et préserver la ressource. On assiste plutôt à une course en avant pour dila pider ce qui res te.

Les États-Unis, comme le Mexique, comptent accéder par pipe-line aux réserves d’eau du Canada (7% de l’eau douce mondiale), ce que les Canadiens, eux-mêmes un des plus gros consommateurs de la planète, refusent absolument. Chine, Inde et Pakistan se disputent l’eau de l’Himalaya à coups de barrages.

Dans les régions du monde où l’eau abonde encore, l’agrobusiness impose des monocultures à usage multiple (alimentation humaine, fourrage, carburant,…) consommant dix fois plus d’eau que l’agroécologie.

Ailleurs, des pays riches achètent des terres aux pays pauvres avec accès illimité à l’eau, car non règlementé, pour prat iquer une agriculture intensive à bas prix. Ce faisant, ils résolvent , momentanément, leur propre déficit en eau et en terres arables. Mais ils détruisent les agricultures locales et les communautés, polluent leurs eaux, assèchent les rivières avoisinantes, accentuant les inondations à la saison des pluies.

Le marché de l’eau

La tendance n’est donc pas à un changement de cap mais plutôt à une exploitation du manque. L’eau devient rare donc source de bénéfices énormes pour quelques-uns. Dans les discussions internationales, on pose la question de l’eau en termes de sécurité, non d’accessibilité pour tous à cette ressource. Cela permet d’empêcher les c itoyens d’exiger sa préservation et sa répartition équitable, et justifie la privatisa tion du marché.

Les mult inat ionales de l’eau — les franç aises Vivendi et Suez détiennent 7 0% de l’act ivité — imposent un modèle d’accès à l’eau basé sur le profit : pour ceux qui peuvent payer, et ceux qui consomment le plus. Elles achètent des lacs, des cours d’eau, des réserves en Argent ine, Bolivie, Ghana, Nigeria, Malaisie, pour spéculation future et même les sources pour revendre l’eau en bouteilles. Elles gèrent le traitement de l’eau, l’assainissement, le dessalement dans de nombreux pays. Des marchés locaux de droits sur l’eau existent déjà.

En Californie, les agriculteurs vendent ou achètent leurs droits par messagerie électronique.

EnAustralie, les allocat ions en eau peuvent être échangées, leur prix varie en fonction du prix des matières premières au niveau mondial, ce qui entraîne des effets pervers : les cultivateurs de blé peuvent ne pas semer une année et vendre leurs droits aux producteurs de coton si c’est plus avantageux, les petits agric ulteurs peuvent les céder aux compagnies minières plutôt que cultiver leurs terres.

Un marc hé inter na t iona l de l’eau est en passe de s’organiser pour transférer l’eau des régions où elle abonde et coûte peu, à d’autres où elle est rare et chère. L’accaparement de l’eau par le marché empêche l’organisation collective de la ressource au profit d’une gest ion privée et d’intérêts particuliers.

La résistance est possible

Des communautés rurales partout dans le monde gagnent des b atailles contre l’agr obus ines s. Par tout des communes , Da r es Salaam, Buenos aires, Hamilton, Toulouse, tout un pays, la Malaisie, optent pour une autre forme de résistance: la remunicipalisation de l’eau.

Dans l’hexagone, le privé détient encore 70% de la distribution de l’eau, mais il es t en r ec ul c onstant. D’ici à 2 015, les trois quarts des contrats de délégation du service public arriveront à échéance, c’est le moment de passer en régie pour les municipalités. En juillet 2011, le Conseil Constitutionnel a décidé que les collectivités loc ales compétentes pour l’eau potable pouvaient modifier leurs aides en fonction du mode de gest ion, public ou privé. Ils ont ainsi c onforté le Cons eil Général desLandes qui se battait depuis 15 ans contre le cartel de l’eau.

Le Sydec ( Syndica t mixte dépa rtementa l d’équipement des communes) apporte une expertise capable de conseiller les syndicats intercommunaux ou de gérer directement les régies. Là où les entreprises privées gèrent le réseau, les contribuab les paient 3 0 à 40% de trop.

À Bordeaux, Suez se voit contraint d’afficher son rendement annuel : 29% ! Seul un tiers de son budget est consacré à la remise en état des canalisations, d’où d’importantes fuites dans le réseau, un taux de plomb dans l’eau bien supérieur à la norme européenne, et un dosage massif de chlore pour la stériliser. Nul besoin d’économiser l’eau puisqu’ils la facturent.

En 2006, un avenant oblige l’entreprise à rendre 233 millions d’euros aux administrés. La ville passe en régie, cela permet de diminuer la consommation de 25%. Veolia ex-Vivendi-CGE, Suez- Lyonnaise des Eaux et Saur qui se partagent le gâteau hexagonal, préf èr ent innov er dans le c ur at if, chercher de nouvelles technologies pour traiter l’eau, toujours plus coûteuses.

Beaucoup de régies, au contraire, s’efforcent de préserver la qualité de l’eau à la source en a chetant les terres autour des zones de captage et en y favorisant des activités agricoles ou pastorales soutenables ou la plantation de forêts. Et pour économiser les ressources en eau, rien ne vaut le paiement au m3.

Depuis 2010, Libourne (33) a mis en place une tarification « sociale » et « progress is te » : 0,10 €/ m3 pour les 15 premiers m3 considérés comme vitaux, 0,7 €/ m3entre 16 et 120 m3 pour l’eau « utile », 0,75 €/ m3 de 121 à 150 m3 pour l’eau « de confort », 0,835 €/ m3 au-delà, avec en plus un cahier des charges très contraignant pour le délégataire de service public et un suivi par une régie de contrôle de l’eau.

Le droit à l’eau

Pour garantir une gestion démocratique, tous les usagers doivent négocier collectivement leur droit à l’eau et les charges dues à la pollution, s’il y a lieu. Il s’agit de faire avec la ressource disponible, l’économiser, la préserver et la distr ibuer à chac un s elon ses b esoins. Tout le contraire de ce que les multinationales de l’eau veulent imposer.

Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau tenu à Marseille en 2012 a reconnu la nécessité de l’agroécologie, « adaptée au changement climatique, moins consommatrice de la ressource en eau et moins polluante », et de l’investissement dans « des techniques intelligentes de collecte et d’utilisation d’eau, adaptées aux capacités locales et tenant compte des savoir-faire traditionnels ». L’ONU a reconnu l’accès à l’eau comme un droit humain fondamental en 2010

. Avec plus d’un million de signatures en 2013, une Initiative Citoyenne européenne a obtenu l’inscription de ce droit et la demande d’une gestion publique de l’eau à l’ordre du jour de la Commission européenne.

Danisa Urroz

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N°188 – Pollucion luminosa e economia d’energia

Juin 20, 2013

La pollucion luminosa es una causa mal coneguda mas que merita un escleratge especial. De qu’es aquò la pollucion luminosa ? E perqué es important de se pausar de questions sus nòstra consomacion d’energia e de l u m ? Quines impactes ? Quinas reglementacions ? De qué far collectivament o individualament

• Qu’es aquò la pollution lumineuse et quels sont ses impacts ?

La pollution lumineuse es t le résultat de l’utilisation massive et abusive d’éclairages artificiels mal conçus, qui engendre par exemple un halo de brume couleur orangérose au-dessus des centres urbains. Cette lumière impacte notre vision de la nuit (disparition des étoiles dans le ciel des villes) comme celle de notre environnement (disparition des repères naturels nécessaires aux migrations et reproductions).

C’est depuis une cinquantaine d’années que les éclairages extérieurs ont envahi progressivement la nuit. En effet, la lumière artificielle fait souvent notre admiration (par ses couleurs ou la mise en valeur d’ouvrages et de sites), et elle nous permet de « v i v r e », travailler, avoir des loisirs, à des heures où la plupa rt de nos anc êtres… dormaient.

Mais à reculer l’hor loge du temps, nous modifions nos cycles fondamentaux comme les rythmes c ir cadiens de 2 4h. L’a lternance jour/nuit est une des composantes fondamentales de la vie sur Terre, qui anime et régule les cycles biologiques de la flore, de la faune et des êtres humains depuis des millions d’années.

L’ut ilisa tion ma ss ive de la lumière artificielle de nuit a donc des conséquences directes sur notre santé (par exemple sur la product ion de nos hormones, la maladie d’Alzheimer, certains cancers, etc.) ma is auss i sur notre envir onnement : les arbres ne perdent plus leurs feuilles, des millions d’insectes disparaissent chaque année happés par les halos lumineux, les animaux migra teurs , les bébés tortue perdent leurs repères (lumières naturelles des étoiles et de la lune) et s ont détour nés de leur route.

• Pollution lumineuse et consommation d’énergie ?

L’ut ilisat ion mas sive et non contrôlée de lumière artificielle en extérieur produisant la pollut ion lumineuse a aussi un coût qui est celui de l’énergie consommée par l’éclairage.

En France, le lobby nucléaire a notamment oeuvr é à la mise en place massive d’éclairages publics pour utiliser les tranches de production de nuit, les centrales nucléaires ne pouvant être arrêtées lors de la baisse de consommation des foyers endormis. Il est donc possible de diminuer notre consommat ion d’énergie en diminuant notre consommation de lumière mais aus si en dirigeant mieux la lumière dont on a besoin.

Les éclairages mal conçus consomment de l’énergie inutile en engendrant de nombreuses nuisanc e s : éblouissement par la lumière horizontale qui aveugle, lumière intrusive qui rentre dans les habitats, empêchant les gens de dormir (impacts sur la santé), lumière diffusée qui part vers le ciel sans éclairer de zone utile. L’énergie ainsi dépensée ne sert à rien et coûte à la société. En effet, l’énergie consommée demanière générale a des impacts en termes d’économie d’énergie, de bilan carbone et de gaspillage des ressources naturelles.

Nous devons donc nous poser à chaque fois la quest ion de l’utilisation de la lumière art ificielle en fonction du besoin visé et de l’environnement dans lequel elle va être utilisée.

• Quelles solutions ?

Les éclairages bien conçus éclairent uniquement les zones au sol qui sont utiles, du haut vers le bas. Ils génèrent des niveaux d’éclairement raisonnables en limitant et modulant la puissance lumineuse. Ils sont allumés uniquement pendant les plages horaires strictement nécessaires ou par détecteur de présence. Certaines caractéristiques techniques comme la qualité du spectre lumineux et la température de couleur des ampoules utilisées doivent impérat ivement être pris es en compte pour une intég rat ion harmonieuse dans la ville et dans l’environnement.

Par exemple les « LED blanches » ont été proscrites dans la zone centrale de la Réserve internationale de ciel étoilés du Pic du Midi. •

Quelle législation en France ?

La France a désormais intégré, en 2009 et 2010, dans sa législation la pollution lumineus e, dans le cadre de la mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement, mais tout cela reste bien timoré dans son application.

Il suffit de voir la densité lumineuse dans les nouveaux lotissements, l’absence de sensibilisation des populations par des campagnes nationales, le discours sur le besoin sécuritaire d’éclairage public, etc. Alors certes, une attention particulièreest apportée aux zones naturelles classées protégées (paysages classés, parcs nationaux, littoraux, réserves na turelles, zones natura 2000,..) et aussi aux observatoires astronomiques notamment professionnels, mais cela reste très insuffisant notamment dans le cadre de la santé humaine !

• Actions des collectivités : aménagement des territoires

Les lois du Grenelle de l’environnement traitent de tous les types d’éclairages. L’effort des pouvoirs publics porte actuellement sur les c ollect ivités locales (écla irages publics) et sur la sauvegarde des zones naturelles classées (trame b leue, trame verte, parcs na tionaux,…). Certaines communes comme la ville de Toulouse, signataire de la charte de sauvegarde de la Réserve du Pic du Midi, se sont donné pour objectif de diminuer la pollution lumineuse de 50%. Certaines zones 15 commerciales Toulousaines diminuent, voire coupent, l’éclairage de leurs parkings et de leurs enseignes publicitaires.

• Que pouvons nous faire ?

Une prise de conscience individuelle et collective est nécessaire pour faire évoluer les mentalités et les usages. Individuellement, nous pouvons modifier nos éclairages extérieurs pour ne plus éclairer le ciel et utilis er des ampoules à économie d’énergie et respectueuses de l’environnement (par exemple température de couleur moyenne à faible). Dans les résidences, demandons à changer les luminaires ronds par des luminaires éclairant vers le bas. Surtout, interrogeons-nous sur l’utilisation que nous faisons de la lumière extérieure. Demandons des détecteurs de présence dans nos rues, éteignons les enseignes lumineus es à pa rt ir d’une c er ta ine heure.

La réflexion sur la pollution lumineuse participe d’une prise en compte citoyenne de la question énergétique, responsabilise le niveau
local au niveau de la consommation et pose les questions de la remise en cause de la production électrique nucléaire et généralisée, et de la production au plus proche de la consommation : consommer moins et mieux, un défi que l’État, sous les pressions des lobbys nucléaires et du BTP, ne saura correctement relever sans une mobilisation et une action des élus de « terrain »

Lidvine Kempf
et Michel Bonavitacola

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N°188 – Entre doas mars e tres montanhas

Juin 20, 2013

• Lemosin :

* Areva : l e musée de la radioactivité

Areva ouvre cet été à Bessines-sur- Gartempe (87), Urêka, un musée d’interprétation de la mine, dédié à l’extra ct ion de l’uranium en Limousin de 1948 à 2001, afin de « rendre hommage à ces pionniers de l’épopée française de l’uranium  » et de « lever un tabou ». Pour ce projet destiné à redorer son image et à faire oublier les dommages écologiques et humains, Areva aura dépensé 8,5 M€, le Conseil général, la commune de Bessines, le Syndicat d’électrification de la Haute-Vienne (SEHV) et le Conseil régional ayant financé le projet pour 1,5 M€, notamment les travaux de voirie et l’effacement des réseaux. (J. U.)

* Ambiance Bois, 25 ans d’autogestion

Créée il y a 25 ans, Ambiance Bois, est une entreprise autogérée basée à Faux-la-Montagne (Creuse), sur le plateau de Millevaches. Les 24 salariés (18 équivalents temps plein) sont pour la plupart actionnaires de la SAPO (Société anonyme à participation ouvrière). Les principales décisions sont discutées et assumées par l’ensemble des salariés. Ceux-ci sont polyvalents et tous participent aux tâches les plus pénibles ou les plus répétitives. Le salaire est identique pour tous. Le temps partiel est favorisé pour tous ceux qui souhaitent conserver du temps pour d’autres activités, familiales, associa tives ou militantes. La répartition des bénéfices se fait à 50 % pour le capital et à 50 % pour le trav ail.

Chaque année le PDG est choisi par tirage au sort parmi les membres volontaires de l’équipe de travail n’ayant pas occupé c e poste antér ieurement. Cette responsabilisation collective est rémunérée juste au-dessus du Smic. Des dividendes ont amélioré l’ordinaire, mais depuis trois ans Ambiance bois ne dégage plus de b énéfices. L’entreprise cont inue cependant à investir : un broyeur lui permet de recycler la quas itotalité de ses déchets bois. Des plaquettes sont désormais cédées aux réseaux de chaleur de Gentioux et de Royère-de-Vassivière. Ambiance Bois travaille le résineux local (essentiellement le mélèze) et envisage de se diversifier vers le feuillu, qui est devenu un enjeu environnemental sur le plateau de Millevaches, L’orientation vers davantage de valeur ajoutée se fait aussi en direct ion de la menuiserie : l’usine fab rique notamment des s ommier s en pa rtie vendus par Ardelaine, fabricant ardéchois de matelas en laine, une autre entreprise autogérée.

On ne les trouvera pas dans la grande dis tribution mais sur le site de l’entreprise : http://www.ambiance-bois.com/

 

• Midi-Pyrénées

* Rodez : Succès de la manif !

Le 20 avril, la coordination aveyronnaise a réussi son pari de rassembler plus de mille personnes enfaveur de la langue et de la culture occitanes. Ce sont en fait près de 2000 personnes qui ont bravé le vent hivernal pour défiler dans les rues ruthénoises. La participation du Partit Occitan a été remarquée, par le nombre de militants, de drapeaux, et la qualité du tract distribué. Mais une manifestation ne suffira peut être pas à faire bouger les élus. Plutôt que de quémander, le mouvement occitan a tout intérêt à s’organiser politiquement de façon autonome et pes er de façon constructive sur les politiques. Ca marche dans le Tarn, pourquoi pas en Aveyron ? (U. J.)

* Toulouse : les 3 000 candidats au concours d’ entrée en école d ’ i n f i r m i e r s ont appris que leurs copies avaient été corrigées par des intérimaires dans des conditions impossibles.

En raison du manque de personnel titulaire, le CHU de Rangueil a fait appel à une agence d’intérim. Les correctrices ainsi recrutées se sont vu imposer un rythme intenable de 10 copies à l’heure. L’inspection du travail a été saisie et des voix s’élèvent pour demander une nouvelle correction, plus

* Tarn : le manifeste occitaniste avance.

Une réunion s’est tenue à St- Sulpice le 18 mai et a rassemblé entre 20 et 30 personnes intéressées par les municipales de 2014. Dans ce département, le Parti socialiste a même conta cté le Partit occitan pour travailler ensemble à la préparation de ces élections. Des contacts ont déjà eu lieu à Albi, Ga illac, Lavaur, et d’autres sont en prévision à Castres, Graulhet, Mazamet, St-Sulpice et plusieurs villages de taille moindre.

Le Manifeste qui n’est pas un parti politique permet à ceux qui veulent agir conc rètement pour l’occitan de s’investir.

Au cours de cette réunion des propositions concrètes ont émergé : mettre des panneaux en occitan en entrée de ville et dans les rues, ouvrir une classe bilingue, accueillir les nouveaux habitants avec quelques mots d’occitan, intégrer des lieux de vie collective (type placette ou terrain de pétanque) dans les projets d’urbanisme, écrire un petit article en occitan dans le journal de la commune, établir un lien entre les maraîchers et autres producteurs locaux et les consommateurs, montrer que l’occitan ce n’est pas que du folklore mais aussi une langue utile qui peut permet tre par exemple d’étudier à Barcelone et dans toutes les universités catalanes, soutenir une calandreta… Ces propositions ne constituent pas un programme municipal à part entière, mais elles peuvent constituer le volet  » occitan  » d’un projet plus complet élaboré avec des personnes de diverses sensibilités politiques.

Guilhèm Latrubesse a annoncé un grand rassemblement interrégional autour du manifeste le samedi 29 juin dans la région toulousaine. (U. J.)

• Provença : Les savonneries de Marseille sur une pente glissante…

Fleuron de l’économie provençale pendant des siècles, la production du savon à Marseille est aujourd’hui menacée d’extinction. Concurrencée d’un côté par les marchés émergents (en particulier l’Asie du S ud-Es t ) et de l’autre pa r les grands groupes industriels des détergents tels que Heckel ou Johson & Johnson (qui commercialise le Petit M a r s e i l l a i s ) , l’industrie traditionnelle du savon est en déclin depuis plus de 60 ans dans la cité phocéenne. – Une déréglementation pénalisante qui sanct ionne l’économie territorialis ée : Après a voir compté jusqu’à 90 savonneries au XIXème siècle, l’aire marseillaise n’en possède plus que six : Le Sérail, Le Fer à Cheval, La Licorne, La Savonnerie du Midi, Rampal et Marius Fabre.

Si le procédé de fabrication et la recette du savon de Marseille sont encadrés par la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommat ion et de la Répr es sion des Fraudes (DGCCRF), rien n’oblige le fabricant à produire dans la zone historique de fabrication du savon de Ma rseille. Et en a bsence de r églementation, Marseille n’est plus le premier lieu de fabrication du savon de Marseille dans l’Hexag one mais…la Br etagne. Et les conséquences de cette déréglementat ion sur l’origine du savon de Marseille est grave. La savonnerie du Fer à Cheval est en redressement judiciaire depuis novembre dernier et risque de mettre la clef s ous la porte si aucune solution n’était trouvée.

– Les Appellations Géographiques ne concernent que l’agroalimentaire : à ce jour, la protection de l’économie territorialisée ne concerne que l’agroalimentaire. Et si pour obtenir une Appellation d’Origine Contrôlée (AOP) ou une Indication Géogra phique Protégée (IGP) il faut produire dans l’aire traditionnelle de production, il n’est en pas de même pour le reste de l’économie ident ita ire. Ains i, un couteau Laguiole peut être vendu sans qu’il ait été fabriqué à Laguiole, idem pour la porcela ine de Limoges, idem pour les savons de Marseille. Pour l’agroalimentaire, ce n’est pas le cas. Le fromage Parmesan doit être produit dans la région ita – lienne de Pa rme et le Sel de Guérande doit être réalisé dans la région de Guérande.

– Un projet de loi qui va dans la bonne direction : face à une concurrence déloyale, une hausse incessante du chômage et une économie en berne, le Gouvernement envisage de déposer un projet de loi sur la consommation. Sous la pression des 20 000 signataires de la pétit ion « Sauvons le savon de Marseille » et peut-être convaincus que la territorialisation de l’économie pouvait être un élément de répons e à la crise, les Ministres délégués à Économie Sociale et Solidair e et à l’Artisanat envisagent d’étendre le champ d’applicat ion des « Indications Géographiques » aux produits manufacturés. Un signe officiel et un cahier des charges proche des IGP devraient encadrer les productions territorialisées.

– Confiant mais vigilant : Déjà en 2001, sous le Gouvernement Fillon, un projet similaire devait voir le jour avant d’être avorté. Et si le projet de loi « Hamon » va dans la bonne direction, les retournements de situations et autres égarements du Gouvernement sur les problématiques de territorialité (réforme des collect ivités, langues régionales) sont nombreux. Ainsi, nous devons rester vigilants et mobilisés pour la protection de l’économie occitane. (P. C.)

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N°188 – Réflexions à partir de l’affaire Cahuzac

Juin 20, 2013

Autre titre de renommée internat ionale que l ap r u n a et l’Escòla Occitana d’Estiu pour Villeneuvesur- Lot : celui qui fut son maire, passa par le ministère du budget et la honte d’être convaincu de fraude et de mensonge, a tout juste renoncé à se présenter aux élections législatives partielles mais pas aux municipales, et attend les résultats de l’enquête parlementaire et que la justice se prononce sur son compte.

Dans ces conditions, en matière de recherche de la vérité, difficile de se prononcer sur quoi que ce soit, d’autant que l’on n’est ni habilité à lire dans les consciences, ni devin, ni journaliste d’investigation, ni politologue et que toute la question en la matière est justement de trier le vrai du faux là où il y a eu mensonge avéré sans qu’on sache quelle est la forêt que cache cet arbre, quel est l’iceberg dont on ne voit que la petite partie émergée !

Le sent iment qui domine en l’affaire est que le mensonge est tellement fondamental, essentiel, et il subsiste tant de flou que l’on en vient à soupçonner que les efforts mêmes de vérité, de “transparence” ne sont que rideau de fumée destiné à donner le change ; de là, l’atmosphère délétère qui entoure le politique et le discrédite auprès du citoyen. Essayons d’expliciter le propos, même si, par la force des choses, on est contraint de parler par hypothèse. D’où les questions.

Interrogations sur l’homme

Au niveau individuel, on se demande quel rapport nos politiques entretiennent au réel : ont-ils donc une telle méconnaissance – ou mépris – du citoyen qu’ils partent à la conquête du pouvoir politique par des promesses mensongères et s’y maintiennent avec un total sentiment d’impunité, avec le sentiment que le fric, la solidarité du parti – ou de la société secrète dont ils sont membres et qui contrôle les médias acquis à leur cause – leur donne l’assurance que tout leur est permis ? Que valent les demandes de pardon quand, pour excuser sa duplicité, on invoque, à vingt reprises, sa “part d’ombre “ – “Qui n’a pas sa part d’ombre ?” – pour expliquer sa conduite et relativiser l’imposture ?

Comme si, quand on prétend exercer des responsabilités, il ne fallait pas d’abord s’en rendre digne ! Est-ce le même homme qui se dit “dévasté par le r e m o r d s ” , dont ses amis affirment avec l’émotion contenue qui convient, qu’il serait bien capable d’en finir, et qui – le “temps de deuil” passé ? – se promène une heure durant sur le marché de Villeneuve, afin de tâter la température, et qui, en définitive, renonce à la législative, soi-disant pour ne pas susciter de climat de haine, mais oubliant de mentionner le maigre résultat que les sondages lui promettent ?

Interrogations sur l’éxécutif

Et que valent par ailleurs, du côté de ses “employeurs”, les condamnations indignées, la réprobation en termes énergiques et choisis, un peu tardive toutefois, quand la question reste posée de savoir si les supérieurs hiérarchiques n’étaient au courant de rien (irresponsabilité) ou fermaient les yeux (complicité) tant que le pot aux roses n’a pas été découvert, alors que dès 2008 le mémo Garnier posait des questions sur la situation fiscale de l’intéressé ?

Que vaut de leur part la “transparence” sur le patrimoine quand on reç oit sur internet des dénonciations vengeresses sur – encore une affaire d’iceb erg – la part ie émergée – décla rée – et “le reste” ?

Une pratique habituelle

Ne par lons pas des promesses non tenues, ni d’ailleurs de celle qui a été imposée à la société malgré elle, car si les Français étaient pour le mariage des homos, ils désapprouvaient l’adoption. Or, de même que le PACS, malgré toutes les assurances fournies en son temps, ouvrait bien la voie au mariage homo, la loi validant celui-ci est bien liée à l’adoption, et ouvre bien évidemment la voie – toujours au nom de l’égalité des droits ! – aux pratiques GPA et PMA, comme le proclame sans ambages un collectif LGBT : “Le plus dur est fait (mariage et adoption) ; le plus dur reste à faire” : pratiques “médicales” dont le compte-rendu de lecture publié dans le numéro précédent expose les tenants et aboutissants.

Et puis ne soyons pas naïfs, ce qui sous-tend tout cela, c’est le projet pervers d’imposer la tristement célèbre théorie du “gender” ontologiquement mensongère faudrait-il dire : là, comme déni de la réalité et violence faite aux psychismes en formation, on ne fait pas mieux. Merveilleuse falsification de la réalité anthropologique pour brouiller chez l’enfant les repères nécessaires à sa construction psycho-affective.

La santé mentale des Français, champions de la consommation de tranquillisants et autres substances, n’est déjà pas brillante. Gageons que ce “changement de civilisation” qui commence à ressembler au “Meilleur des mondes”, arrangera les choses. Dans ces conditions, la réserve émise par le Conseil Constitutionnel – dont le verdict ne faisait d’ailleurs pa s de doute – sur le droit DE l’enfant, es t une aimable ou plutôt une sinistre plaisanterie, car qui sesoucie de l’enfant là-dedans ? C’est sans doute cela plus que toute autre chose qui motivera “les troupes” pour la manif’ prévue pour le 26 mai.

Interrogations sur l’avenir

Il ne s’agit pas ici de régler ses comptes avec qui que ce soit (nous voici rendus très loin du cas individuel dont nous sommes partis), ni d’incriminer un parti politique plutôt qu’un autre, encore moins de chanter le refrain populiste du “tous pourris !”, ni évidemment d’homophobie, mais de constater une dérive inquiétante – celle de la manipulation et du mensonge comme pratiques “normales” du pouvoir en place – car elles ruinent la confiance des citoyens dans la classe politique aux commandes.

L’habileté de celle-ci est d’utiliser le cadre démocrat ique dont elle feint de respecter l’apparence, pour en vider de fait le contenu : violence qui se retournera contre les apprentis-sorciers jouant avec le feu. Tout cela joint à la crise économique, à des déficits effroyables, à une perte de confiance en une Europe en panne et à la ponction sur les revenus et les pensions, fait que, dans ces conditions, le débat pour ou contre l’instauration d’une VIe République est dérisoire : changer les structures ne ferait rien à l’affaire ; seul compte le service du bien commun – justice et vérité en sont le fondement – dont il semble que ce soit le dernier souci des “hautes sphères”.

Jusqu’à présent, qu’ils soient de droite ou de gauche, nos dirigeants mentaient en gouvernant ; on a désormais le sentiment qu’ils gouvernent en mentant !

Le fruit empoisonné de ces pratiques détestables est non seulement un grave désaveu mais aussi le clivage du pays (or n’était-ce pas un engagement du “moi président ” d’être un prés ident consensuel ?) et la montée des haines.

On aimerait se tromper sur l’est imation de la gravité de la situation. Et c’est sans plaisir que l’on écrit tout cela, car évoquer le spectre de la guerre civile n’est pas réjouissant, mais n’est-ce pas irresponsable de se fermer les yeux ?

Una nòta d’umor per acabar Quala es aquela Ciutat antica ont los ciutadans elegissián lors dirigents – o alara los tiravan a la palha corta – e los fasiá morir se donavan pas satifaccion ? Atal colhonavan lo pòble un còp, mas pas dos. Tot èra pas marrit dins aquelas civilisacions ancianas ! Per acabar, a la manièra d’un conte : A Vilanèva, lo caüs passa, l’Escòla Occitana e la pruna demòran. Tenètz-vos fièrs !

(Bernat Vernhièras)

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N°188 – Eléments de communication pour la promotion occitane

Juin 20, 2013

Quel statut pour les langue srégionales, quelles relations avec l ‘Islam, quel le identi té nationale promouvoir ?

Souv ent, du fait de l ‘atav isme jacobin et laïciste, ces enjeux culturels sont médiatisés négativement. Le nationalisme français se nourrit aussi de l’insuffisance des réponses apportées à ces questions.

Par quels recours symbol iques et pédagogiques est-il possible de les faire valoir auprès de l’opinion ?

L’emblématique des régions facteur d’identification

Les évolutions (inter)nationales ont fréquemment coïncidé avec la promotion de droits culturels et de prérogatives autonomes. En Espagne, l’instauration de la République de 1931 à 1936 a permis de valider, malgré son caractère éphémère, les principes d’un r enouveau anticentraliste, né au 19e siècle dans le contexte européen du « printemps des peuples ».

Ils furent concrétisés après l’ère franquiste ; sous le gouvernement Zapatero, les prérogatives des communautés autonomes ont été renforcées. En Fr ance, fut votée à la Libération (exactement en 1946) la départementalisation des territoires ultramarins alors colonisés, loi défendue par le poète et député Aimé Césaire. Sous le gouvernement de la gauche plurielle et suite au vote de la loi Taubira, les territoires ultramarins ont acquis un jour communautaire respectif pour commémorer l’abolition de l’esclavage : le 22 mai en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, le 20 déc emb re à la Réunion, le 10 mai étant le jour de commémoration en métropole. Ce travail de mémoire s’est renforcé des collaborations avec des peuples voisins des Caraïbes, d’Afrique et de l’océan indien. Durant l’année des Outre-mer (2011) animées par le poète Daniel Maximin, des Assises des langues des Dom-Tom ont eu lieu.

Le vote des lois Deferre (1981) sur la décentralisation régionale s’est inspiré des modèles européens. Le différentiel en matière d’autonomie — par exemple de par t et d’autre des Pyrénées —, est bien connu. Prenons l’exemple des symboles officiels ; ils sont de plusieurs ordres en Espagne : outre le drapeau, que les Conseils régionaux poss èdent aussi, un hymne, une date de fête communautaire, une figure historique voire un lieu emblématique… ont été adoptés.

Dans le cas des nationalités transfrontalières (Catalogne, pays basque), ces emblèmes proviennent surtout du c ôté espagnol de la f rontière : concernant les drapeaux, c’est le c as de la s e n y e r a (« bar res de s a n g ») et de l’ i k u r r i n a ou croix b asque. C’es t le ca s d’Els segadors/ Les faucheurs et de Gernikako Arbola/L’arbre de Guernica p o u r les hymnes. Le b ilan es t un peu amer : conjugué au jacobinisme, le laïcisme fermé est à l’origine d’une forte marginalisation des enjeux culturels et symboliques dans les régions françaises.

Emblématiques fédératrices

Dans le contexte de l’alternance politique, il serait intéressant de mobiliser sur une emblémat ique fédératrice, à laquelle s’identifier. La constitution de Blocs identitaires dans certaines régions historiques interpelle sur cette question : la sect ion implantée à Toulouse voulait faire du 9 juin une « journée de la fierté toulousaine » (le 9 juin 721, les armées arabes et berbères ont été vaincues lors d’une bataille dans cette ville).

Une manifestation réunissant plusieurs centaines de personnes en 2012 a préféré célébrer la diversité et le brassage des cultures ; comme les musiciens du groupe Zebda, qui se définissent à la fois comme Berbères et Occitans. Dans cette perspective (de positivation de cette quête identitaire), quels emblèmes pourraient être adoptés, outr e la croix occitane comme drapeau ? Par exemple, le Se Canta et La coupo santo ( h y m – nes actuellement officieux), la date du 16 mars à Montségur (comme jour historique et lieu de mémoire), les figures de Frédéric Mistral , Jean Jaurés (en tant que personnages emblématiques)… ?

Une perspective d’avenir : l’éducation à l’interculturel

Pour prendr e en compte les enjeux liés à la mondialisation, il serait pertinent aussi de renforcer la recherche-développement dans les domaines de l’anthropologie et de l’interculturel. Une telle programmation innoverait, le système national étant déficient en matière d’éduca tion à l’altérité ; d’où la dépendance de nomb reux jeunes occitans à la culture people d’obédience atlantiste ou à d’autres sousproduits de la cyber-culture.

Le cas de l’Andalousie, moins connu que ses voisines du nord de la péninsule, peut servir d’exemple. L’object if de promotion n’est pas dans ce cas d’ordre linguistique mais culturel : il s’agit de renouer avec la civilisat ion plurielle du Moyen Age, Al Andalus. Les composantes chrétienne, arabo-musulmane, juive…sont ainsi valorisées. Ces principes furent théorisés par Blas Infante (1885-1936), écrivain et principal soutien du nat iona – lisme andalou. As sas siné par les franquistes au début de la guerre civile, cet intellectuel représente le destin souffrant de sa communauté, et a été reconnu comme « Père de laPatrie Andalouse ». Le Parlement d’Andalousie approuva à l’unanimité en 1983 le Préambule pour le Statut d’Autonomie de cette communauté ; le 28 février, jour de cet événement, devint par la suite la « diada de Andalucía » .

Pour en revenir à l’Occitanie, le renforcement des collabora tions intra-culturelles (dans l’aire panoccitane) pourrait vivifier le sentiment d’appartenance à une communauté forte de la diversité de son patrimoine tout autant qu’ouverte sur l’extérieur. Si la langue est le ciment de l’unité, les déclinaisons ethniques, géo-historiques, religieuses… sont multiples. Sur ces bases, les emblèmes auxquels s’identifient Languedociens, Limousins, Provençaux, Gascons… diffèrent également.

À l’occ asion des marc hes annuelles pour la langue occitane entre autres, pourraient être exposés des travaux artistiques dans ces domaines. Une carte à jouer pour R&PS Un débat inter-régional serait pert inent aussi sur l’avancée du développement culturel et de la reconnaissance d’emblèmes dans les autres aires, sur l’intérêt aussi de nouvelles Assises des langues de France. En complément des comba ts pour l’inscription des droits dans la loi. Il y a là pour R&PS une carte à jouer.

Martine Boudet

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N°188 – L’aveniment dei Metropòlis

Juin 20, 2013

Lo projècte d’acte III de decentralizacion de Hollande s’inscriu dins drecha linha traçada per son
predecessor. La refòrma dei collectivitats marca l’aveniment dei Metropòlis, au detriment dei
Regions. Lei majoritats se seguisson mai en matèira d’organizacion territoriala, lei politicas de
l’UMP e aquelei dau PS demòran lei memas. Tenon coma dògma absolut lo centralisme.

 

Metropòlis contra Regions

Ambé lo desamor dei ciutadans per leis eleccions localas (cantonalas e regionalas), se disiám que la novèla majoritat presidenciala agiriá per clarificar lo milafuèlhas administratiu e afortiriá lo procèssus de decentralizacion.

Ambé la des-facha istorica de la drecha ai senatorialas e lo trebastament a gaucha, pensaviam que la votacion sanccion a la lei de refòrma dei collectivitats permetriá au PS de pausar una novèla arquitectura inst itucionala en rompedura ambé la lei Sarkozy. Ambé Euròpa, esperaviam que la r eg ion venguèss e lo c ap de rengueta de la decentralizacion. Nani !

Lo projècte d’acte III de decentrilazacion de Hollande s’inscriu dins la drecha linha traçada per son predecessor. La refòrma dei collectivitats marca l’aveniment dei Metropòlis, au detriment dei Regions.

Hollande e Sarkozy : una mema vesença de l’organizacion instucionala

Question.Quau diguèt : « Nous avons besoin de grandes Métropoles europé ennes. Et là encore, il faudra franchir un pas décisif. Il faudra doter ces grandes agglomérations, celles qui pèseront à l’échelle de l’Europe et du monde, d’un statut métropolitain simple et attractif, adapté à chacune des agg lomé rat ions, l eur pe rmett ant d’att eindre e n t ermes de compétences, de ressources, de moyens, leniveau requis à l’échelle de l’Europe » ?

Nicolas Sarkozy dau temps dau projècte de lei sus la refòrma dei collectivitats de 2009 ? Perdut ! Aquelei paraulas son aquelei dau François Hollande. Fuguèron prononciadas dins lo discors de Dijon, au moment de la campanha per l’elecc ion pr es idencia la , lo 3 de març de 2012. Lei majoritats se seguisson mai en matèira d’organizacion territoriala, lei politicas de l’UMP e aquelei dau PS demòran lei mema s. Tenon coma dògma a bs olut lo centralisme.

Après l’invencion per lei reis capecians dau concept de Capitala e de Província, lei Presidents Sarkozy e Hollande inventan aqueu dei Metropòlis e dei territòris. L’objectiu ambé lei Metropòlis es de tornar crear en region de « pichons París » qu’amolonarián lo mai de competéncias e tanben la poténcia financièra perfin de « mieux intégrer les villes françaises dans la compétition des villes européennes ».

L’exemple mai flagrant de la continuitat de la politica de Sarkozy per Hollande es la Metropòli de Niça. Maugrat l’incoeréncia de son perimètr e (lei pic hons vilatges montanhencs e frontalièrs de St Etienne de Tinée, Isola, St Martin Vésubie, etc. son jonchs ai grandeis vilas costièras de Niça, Canhas, Eze, etc.) e son gigantisme (1/3 de la susfàcia dau departament deis Aups maritimes es estat manjat), la Metr opòli de Niça, cr ea da per Nicolas Sarkozy, per contentar sonamic de l’UMP Christian Estrosi en decembre de 2009 es mantenguda ! Aquela que pòrta coma es cais « l’Estropole » es confirmada per Hollande…

Un pilotatge per l’Estat

Lei Metropòlis son un tipe novèu d’Establiment Public de Cooperacion Intercomunala (EPCI), « d e s – tinés à regrouper plusieurs commune s d’un se ul te nant et sans enclave » « qui forment un ensemble de plus de 400 000 habitants dans une aire urb aine (au se ns de l’INSEE) de plus de 50 0 0 00 habitants », « afin d’en améliorer la compétitivité », « disposant de larges compétences transférées par les communes et l’État, et bénéficiant également de transferts facultatifs de compétences départementales et de compétences régionales, par voie de convention ».

Au contra dei EPCI passats que fug uèron b ast its sus la b asi de l’adesion liura dei comunas, aquí es l’Esta t que, per decret, « fixe le nom, son périmètre, l’adresse de son siège, ses compétences ». A Marselha, totei lei comunautats de Comunas pertocadas per la Metropòli de Marselha (manca aquela de « Mars elha-Provença » qu’es per), au delài dei clivatges politics, an fach conóisser son oposicion au projècte. Gaire impòrta, París a decidit que lei fa liá integra r a Marselha ! La marcha forçada fa avans.

Un cas unic en Euròpa

Se lei promotors dei Metropòlis prenon coma exemple la capitada, sus la scèna internac ionala , de quauquei vilas europencas, pas una concentra tant de poders coma lei Metropòlis a venir dins l’Exagòna. L’Aglomera cion de Barcelona es organisada en sindicat mixte ambé de competéncias b en precisas e fòrça lemitadas (l’aiga e lei bordilhas). En Catalonha, es la Generalitat que ten lo poder, pa s Barc elona . E lei domenis c oma lo desv olopament economic o la politica dau foncièr son de competéncias de la Generalitat . E se Organizacion territoriala ~ Organizacion territoriala ~ Organizacion territoria quauquei vilas a lemandas coma Amborg, Breme o Berlin son tanben de Länder, es mai per de rasons istoricas que per de rasons tecnicas de nombre d’estatjants o d’infrastructuras.

Se òm agacha endacòm mai en mat ièra d’organizacion instituciona la çò que se fa, cons ta tam qu’enluèc de Metropòlis coma es previst en França son constituidas. Au contr a descuerb èm qu’es la regionalizacion qu’es l’exemple mai espandit en Euròpa. La region es coneguda per èstre mai eficienta per lo desvolopament economic, la coesion sociala e la lucha contra lo dereglament climatic. Barcelona es venguda aquela vila extraordinària que conoiss èm non pa s per que concentrava lei plens poders mai perque es la capitala de Catalonha !

Una ambicion per Marselha

Es l’ambicion que devèm aver per Marselha. Puslèu que de se replegar sus ela mema e s’agachar l’emboliga , fau que veng ue la « Capitala » de Provença , en coordinacion ambé leis autreis aires urbans de la region : Ais, Tolon, Niça.

Peire Costa

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N°188 – Ua lei istorica

Juin 20, 2013

Los deputats qu’an adoptat uei la lei sus la refondacion de l’escòla. En aquesta lei, peu prumèr còp desempuish 1951, quan estó votada la lei Deixonne, que trobam ua avançada en favor de las lengas ditas regionaus.

L’article 27 bis de la lei que reconeish l’ensenhament de las lengas regionaus e tanben l’ensenhament bilingüe. Qu’ei la legalizacion d’un sistèma qui ei estat desvolopat pauc a pauc desempuish un trentenat d’annadas per las escòlas associativas Calandreta e en seguida per l’Educacion Nacionau.

La reconeishença dens la lei de la possibilitat d’un ensenhament bilingüe que va perméter d’avançar mei rapidament dens lo desvolopament de l’auhèrta d’aquera fòrma d’ensenhament.

Lo partenariat qui s’ei hicat en plaça enter los rectorats, las regions e uns departaments a aqueth nivèu que’n sortirà ahortit.

Que’s cau felicitar deu tribalh hèit per senators e deputats de totas las regions pertocadas e de partits diferents entà har compréner au govèrn que calèva integrar aquera question en la lei.

Que cau saludar lo tribalh deus parlamentaris occitans ( deputats e senators) qui se son implicats en lo debat e qui l’an hèit víver.

Lo Partit Occitan que vòu tanben marcar lo ròtle important qu’a jogat lo deputat Paul Molac, deputat de Regions e Pòbles Solidaris, estacat au grop EELV.

Tot n’ei pas reglat de segur. Que demoran hòrt de causas a har entà aver ua vertadèra politica lingüistica publica en favor de las lengas ditas regionaus. Mes un tabó qu’ei cadut e un pas qu’ei estat hèit.

Monde associatiu, elegits locaus e parlamentaris qui’s senteishen pertocats qu’auràn enqüèra de’s mobilizar per d’autas iniciativas pertocant la preséncia de las lengas aus mèdias e en la vita publica.

David Grosclaude,

President del Partit Occitan

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Lo Cebier 133 – Quelle place pour les langues régionales dans le projet d’orientation et programmation pour la refondation de l’Ecole ?

Juin 18, 2013

Dans une lettre adressée aux sénatrices et sénateurs du territoire occitan, le Partit occitan en la personne de David Grosclaude, son président, a fait parvenir ses remarques et interrogations sur ce projet dont le débat va s’ouvrir au Sénat le 21 mai. Il s’inquiète notamment d’ajouts qui ont été faits : –Article 18 bis : « Les activités complémentaires [proposées par les collectivités] peuvent porter sur la connaissance des langues et des cultures régionales ». –Article 27 bis : « Après accord des représentants légaux des élèves ou des élèves eux-mêmes s’ils sont majeurs, les professeurs peuvent recourir aux langues régionales chaque fois qu’ils peuvent en tirer profit pour leur enseignement de la langue française.» -Références à l’enseignement des langues régionales dans l’annexe.

La rédaction de cet article 27 bis est dangereuse et constitue une réelle régression, en marquant un recul de plus de 50 ans en arrière ! Même la loi Deixonne, votée en 1951 était plus positive : « Les maîtres sont autorisés à recourir aux langues régionales dans les écoles primaires et maternelles chaque fois qu’ils peuvent en tirer profit pour leur enseignement, notamment pour l’étude de la langue française ». La consolidation des modalités d’enseignement des langues régionales dans la loi est d’autant plus important que, malgré un effort volontariste observé dans certaines collectivités territoriales, en particulier les Régions, l’UNESCO dans son « Atlas des langues en danger » considère que toutes les langues régionales de l’Hexagone sont menacées de disparition. S’il est vrai que certaines, notamment le basque parlé dans les Pyrénées Atlantiques et le catalan dans les Pyrénées Orientales s’en sortent mieux que d’autres, j’attire votre attention, Madame la Sénatrice / Monsieur le Sénateur, en votre qualité d’élu-e du territoire occitan, sur le fait que notre langue est répertoriée par l’UNESCO parmi les langues les plus fragilisées.(…) Malgré la dernière révision constitutionnelle de 2008 et la création de l’article 75-1 qui stipule que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France », les langues régionales souffrent toujours de l’absence de cadre juridique suffisant pour leur assurer une protection et organiser leur transmission. Il est donc primordial de leur apporter ce cadre au sein de cette loi sur la refondation de l’école. L’apprentissage Français – Langues régionales est une opportunité pour notre système scolaire et pour le développement et l’ouverture de nos enfants. »

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Lo Cebier 133 – L’electricitat sostenabla

Juin 18, 2013

Les avantages des installations exploitants l’énergie du soleil ou du vent sont assez évidents: un faible bilan carbone et également une faible production de déchets (bien que l’utilisation de silicium pose quelques problèmes malgré tout, ce qui me fait préférer l’adjectif soutenable à renouvelable). Pourtant ces installations industrielles suscitent bien souvent le rejet, pourquoi?

Quauquei fachs e desavenis

Leur limitation majeure réside dans l’intermittence de la production: les éoliennes et les panneaux photovoltaïques ont une  production efficace électrique 25% du temps seulement. Or le courant voyage mal et on en perd encore 10 à 20 % dans les lignes environ. Le réseau de distribution étant globalisé, ce qui est produit à un endroit peut  peut être majoritairement consommé à un endroit éloigné de plusieurs centaines de km. Au bout du compte on ne peut que  constater la faible efficacité de cette production électrique. Autre inconvénient  objectif: le niveau de bruit des aérogénérateurs.

Les causas de reget

Comment expliquer alors les nombreux mouvements de rejet de ces installations? En plus des inconvénients mesurables, il y a d’autres raisons, plus politiques, qui ne sont que très rarement évoquées. Il y a par exemple la question agricole: lorsque les parcs photovoltaïques sont installés sur des terres cultivables, on est en droit de se demander si c’est un choix raisonnable. Il y a également la question de l’aménagement du territoire: les habitants des zones rurales (les plus concernées) acceptent  de moins en moins de voir leur pays transformé en zone industrielle alors que ces installations ne produisent que pour les zones urbaines. Encore moins souvent évoqués, les agissements des promoteurs qui montent des projets en sous-marin avec la complicité de certains élus locaux: la population se trouve bien souvent mise devant le fait accompli en découvrant le pot aux roses au moment de l’enquête d’utilité publique (dont personne n’ignore la caractère purement formel). Et pour couronner le tout, les soupçons de conflit d’intérêt agitent nos campagnes (et souvent à juste titre). Plus grave encore, les montages opaques de ces projets impliquant des élus locaux, entrainent une discorde sociale ravageuse dans nos villages. Les îlots de résistance de la sociabilité provençale en prennent un sacré coup! Il y a enfin des raisons subjectives liées à la préservation du paysage sur lesquelles je ne m’étendrai pas.

La politica energetica d’encuei

Le déploiement des éoliennes industrielles et des parcs photovoltaïques est l’affaire de quelques sociétés qui sont toutes, peu ou prou, filiales d’EDF, Areva ou Total, tous groupes bien connus pour leur engagement de préservation de la planète! Il est clair qu’il ne s’agit là que d’opérations de marketing visant à verdir l’image de ces groupes. En aucun cas, ces installations ne participent d’une politique énergétique soutenable. Et pour cause! Nos gouvernants fonctionnent toujours comme au bon vieux temps de la révolution industrielle triomphante. Ils n’envisagent de production qu’à travers de grosses unités, d’où les parcs photovoltaïques et les « fermes éoliennes ». Ces gens-là ne veulent pas changer d’époque, ne sont pas capables de défier le lobby nucléaire et pétrolier afin de lancer une nouvelle période historique.

Le vocable de « transition énergétique » a le mérite d’avoir émergé mais il reste un habillage de façade pour nos gouvernants UMP et PS. Pour le cas de la France, la prédominance du nucléaire n’est pas remise en cause; de la même façon, nos gouvernants s’accrochent comme des arapèdes au modèle pétrolier finissant et plutôt que d’avoir le courage d’envisager autre chose, cherchent tous les moyens possibles de faire survivre ce modèle avec les gaz et huiles de schiste.

Quauques proposiciens

De plus en plus de monde est aujourd’hui convaincu que produire et consommer localement des produits alimentaires (bio de préférence) est la voie à suivre. De la même façon, il y a moyen de produire localement de l’électricité et de l’utiliser sur place. Au moins une commune picarde le fait déjà (Montdidier à travers une régie communale). Le réseau ne servant plus alors que de support d’équilibrage: quand vous ne produisez pas suffisamment, vous allez cherchez le surplus sur le réseau et à l’inverse, si vous surproduisez, vous mettez votre surplus à disposition sur le réseau. De cette façon, les pertes en transport sont minimisées. Par conséquent, le bon niveau administratif de gestion publique devrait être une intercommunalité (pays ou métropole ou communauté d’agglomération) en interconnectant ces intercommunalités ensemble puis les régions ensemble etc. Et bien entendu, une intercommunalité élue au suffrage universel direct appuyée sur une structure permettant la participation des citoyens. Il est en effet plus que temps de faire évoluer notre démocratie représentative vers plus de démocratie participative.

Une autre condition impérative à respecter est l’utilisation de terrains publics pour les unités de production importantes afin d’éviter la spéculation de certains. Par ailleurs, au moins pour le photovoltaïque, il est nécessaire de privilégier toutes les façades et toitures disponibles et donc de permettre au particulier de produire sa propre électricité. Mais tous ces changements resteraient vains si l’on n’abandonnait pas urgemment le concept de croissance à tout prix. Produire de l’électricité soutenable c’est bien, mais à condition d’en consommer moins et de façon de plus en plus raisonnable, ç’est-à-dire pour couvrir les besoins et pas plus. On ne peut donc pas isoler la question de la production; la question de la consommation est évidemment à prendre en compte et nous sommes là devant un choix de modèle de société et de modes de vie où nous serons contraints d’abandonner le tout achetable/tout jetable.

                                                                                          Pascau RECOTILLET

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